DEMAIN
Certes on entend monter des troupeanx de l'altruisme, de l'humanisme et du socialisme des bêlements sincères. Plus d'une jeunesse est une puérilité qui continue. Tel cerveau banalement réceptif croit qu'on peut accepter du dehors et distribuer au dehors vérité et bonheur. Tel animal généreux veut pour les autres comme pour lui les joies de porc bien nourri seules sensibles au bon ventre humanitaire qui est son être total. Il rêve, en pleurant de tendresse, d'une société bien faite et noblement circulaire où chacun restituerait en engrais matériel et moral les bonnes choses avalées par la bouche et par l'oreille. A ceux-ci comme à ceuxlà, il n'y a rien à dire : ventre affamé et ventre généreux n'ont pas le temps d'entendre.
N'y a't-il donc dans la jeunesse actuelle, qu'âpres arrivistes et naïf bétail social ? Il me semble que non.
Je crois apercevoir — avec quelle émotion fraternelle, ai-je besoin de le dire? — un mouvement individualiste qui commence. Dans un livre écrit avant la vingtième année et dont la langue est d'une beauté précoce et sûre, Léon Vannoz hésite entre différentes noblesses apprises. Depuis il marche vers un idéalisme de
plus en plus courageux. Il a dit quelque part : « Chaque âme individuelle est une formule énergique qui contient l'Univers. » Il est peut-être à la veille de savoir que nous ne devons songer qu'à notre propre harmonie intérieure et que le reste nous sera donné par surcroît. Un journal d'étudiants, Le Cri du quartier, a publié sous diverses signatures — particulièrement S0U3 les signatures de mes amis Yves Michel et Edouard Guerber — de fières et conscientes déclarations.
Notre individualisme n'est pas l'infâme égotisme qui devait conduire un Barrés à toutes les prostitutions y compris celles du mariage riche et celles de la politique. Ce n'est pas non plus l'avidité agressive et conquérante d'un Nietzsche ou la vulgarité rugueuse et prêcheuse d'un Ibsen.
La rapidité du geste dont j'écarte ces trois hommes ne trompera pas mes lecteurs. Ils ont vu plus haut que je ne confonds point Barrés, cette ordure, et Nietzsche, cette noblesse insuffisante. La vulgarité d'Ibsen, elle aussi, est relative ; elle disparaît si on la compare aux bassesses d'aujourd'hui. Mais on la sentira comme une blessure si on rapproche son gros-