‹ Protection des forêts au Canada, 1912Chapitre 20 sur 42 · HOUPPE D'ÉPINETTE NON E3RANCHEE · texte numérisé non relu

HOUPPE D'ÉPINETTE NON E3RANCHEE

feti***.

HOUPPE BIEN ÉBRANCHÉE. ABATAGE RÉCENT. PARC DE BRANDRETH, RÉSERVE DES ADIRONDACKS

Loi de TEbranchage des Houppes dans les Adirondacks

Cette discussion est insérée dans ce rapport parce qu'elle a beaucoup de rapprochement avec la destruction des branchages dans l'est du Canada.

Après les désastreux incendies, qui ont ravagé les montagnes des Adirondacks, en 1908, l'opinion publique était beaucoup agitée dans l'état de New York, et l'on conclut que les lois relatives à la protection des forêts contre l'incendie n'étaient pas suffisamment efficaces. En conséquence, le Commissaire Whipple, de la State Forest, Fish and Game Commission, convoqua une conférence des différents propriétaires fonciers, exploitants de bois et autres qui s'intéressent aux Adirondacks, pour étudier ce problème.

Les exploitants de bois ne retirent de la région des Adirondacks qu'un faible pourcentage de ce que vaut pour le public le bois d'œuvre qu'elle produit. La quantité de bois que l'exploitant forestier vend un dollar, rapporte, peut-être, à ceux qui en fabriquent divers objets, de dix à vingt dollars. Il est donc clair que la conservation et la perpétuation de la forêt est pour le public d'un intérêt dix fois supérieur à celui de l'exploitant de bois.

Il est probable aussi que la région des Adirondacks est plus recherchée pour fins de récréation et de santé, par un plus grand nombre de personnes, que toute autre partie d'égale étendue au Canada ou aux Etats-Unis. Les instances de ces grandes et puissantes influences, appuyées des désirs de ceux qui ne s'y intéressent qu'au point de vue commercial, rendent indispensable un changement radical.

Dès l'origine, on s'est rendu compte que non seulement plusieurs incendies ont pris naissance dans les vieilles coupes, mais on a trouvé qu'il est également beaucoup plus difficile de les éteindre, vu l'accumulation des débris, que ceux qui commencent dans la forêt vierge. La présence, chaque année, d'un grand nombre de chasseurs, pêcheurs et autres, qui se rendent en cette région pour leur plaisir ou leur santé, fait que l'existence d'une grande quantité de matières inflammables dans les bois est beaucoup plus dangereuse que dans les circonstances ordinaires.

Bien que le brûlage des débris qui proviennent de la coupe du bois d'œuvre ou de celle du bois de pâte à papier soit faisable et très désirable, quand les coupes sont encombrées de branchages, et qu'il existe un plus grand danger d'incendie, les frais qu'entraînent ces brûlages ont été trouvés excessifs par les propriétaires particuliers de terres à bois.

On a tenu compte aussi du danger de brûler l'humus de la surface, en plus de la destruction des jeunes rejetons et des arbres arrivés à maturité. On abat pendant l'été, c'est pour cela que le brûlage des branchages est rendu tout à fait impossible. Le seul moyen à prendre, si les dépenses d'opération n'étaient pas un obstacle, consisterait à empiler les branches à une certaine distance des arbres sur pied, et à les brûler en automne, après une chute de pluie au de neige ; mais il a fallu abandonner cette méthode par trop dispendieuse.

Après une longue discussion, le comité nommé par la conférence décida que l'ébranchage des houppes des conifères était ce qu'il y avait de mieux à faire, pour diminuer le danger d'incendie dans les futures coupes. Donc, le comité, où étaient fortement représentés les intérêts des exploitants de bois, recommanda l'adoption d'une loi qui fut sanctionnée au commencement de l'année 1909, et dont voici la teneur :

"Chaque personne qui, dans les comtés des réserves forestières de l'Etat, abat ou fait abattre, ou permet d'abattre des conifères pour vente ou autres objets, sera tenue de couper ou de faire couper ou d'ébrancher toutes les branches grandes et petites, à moins que ces arbres ne soient abattus pour être vendus et utilisés avec leurs branches."

Pendant les quatre étés écoulés depuis l'adoption de cette loi, les conditions atmosphériques ont été telles que le danger d'incendie à été beaucoup moindre qu'en 1908. En outre, les sévères leçons de 1 908 et des années antérieures ont contribué à établir une organisation de protection plus efficace contre l'incendie, sous forme de patrouilles spéciales, et d'un système de postes de surveillance dans les montagnes. Le nombre et l'efficacité des postes de surveillance ont été augmentés par la coopération du gouvernement fédéral, en vertu des dispositions de la loi intitulée "Weeks Law" qui prévoit à la coopération avec les états pour la prévention des incendies de forêt dans les bassins des cours d'eau navigables.

Le danger d'incendie a été réduit de beaucoup par l'émission, en 1907, d'une ordonnance par la Public Service Commission de l'état de York, qui exige des locomotives à pétrole pour le service à travers les Adarondacks pendant le jour, entre le 15 avril et le 1er novembre de chaque année. Naturellement, les pires coupes et les plus considérables dans Les Adirondacks se trouvent le long des chemins de fer, ou seulement à quelques milles de distance, puisque les facilités de la sortit «le L'expédition duboi ; »< >i ni s les plus importants pour déterminer

rement parlant, l'exploitation peut être entreprise. Les étincelles qi ippent des locomotives à charbon rendent ces

cou: vu la facilité avec laquelle elles prennent

feu. L'usage de pare-étincelles et d'autres appareils protecteurs contre l'incendie n'a pas donné une protection efficace dans les cas difficiles. C'est pourquoi, l'émission de cette ordonnance par la Public Service Commission a fait disparaître presque totalement la plus grande source de dangers d'incendie dans la région des Adirondacks.

Cependant, bien que le danger d'incendie ait diminué sous ce rapport, et que l'impression de la sévère leçon de 1908 se soit effacée avec le temps, et que le public ait cessé de réclamer des réformes efficaces, les exploitants ont gémi sous le poids des nouvelles dépenses que leur impose la loi. Ils ont souffert aussi des inconvénients des exigences des nouvelles méthodes d'exploitation que leur imposent les règlements de l'Etat. Un tel état de choses a eu pour effet de soulever graduellement des protestations contre la loi, de la part de plusieurs de ceux qui l'avaient acceptée sans murmurer, en 1909, de peur de mesures plus rigoureuses, vu l'exaspération du public en ce moment-là. Il est possible aussi que le mécontentement des propriétaires de coupes de bois se soit accentué par la crainte que la loi de l'ébranchage des houppes ne fût un premier pas vers des règlements plus restrictifs, de la part de l'état, sur l'industrie de l'exploitation forestière.

A la suite de l'opposition à la loi et des récriminations formulées contre sa mise en vigueur, trois audiences furent tenues pendant la semaine du 30 septembre 191 2, par le Surintendant des forêts de l'Etat, qui représentait la Commission de la Conservation de l'Etat. Ces audiences eurent lieu à Watertown, au lac Saranac et à Glens Falls, N. Y. ; et des discussions roulèrent sur toutes les phases de la situation. Elles ont donné l'occasion de constater qu'il existait une grande diversité d'opinions sur le mérite de la loi et sur la solidité de la théorie fondamentale qui lui sert de base. On s'est aperçu aussi que plusieurs exploitants s'opposaient beaucoup à la loi, au point de vue théorique et pratique, que d'autres la défendaient énergiquement, et qu'une autre partie soutenait que la loi n'avait pas encore été en vigueur assez longtemps pour donner lieu de l'abroger ou de la modifier, et qu'il importait de la maintenir en opération plus longtemps, avant qu'aucune action adverse n'eût été justifiable.

A ces audiences, on a remarqué que plusieurs des arguments avancés pour ou contre la loi reposaient sur des opinions personnelles, et que leurs auteurs ne s'étaient pas donné la peine de porter assez d'attention aux résultats sur place. En conséquence, on prit les dispositions voulues pour effectuer une investigation sur les lieux pas le Forestier de l'Etat, F. A. Gaylord, accompagné d'un certain nombre des principaux exploitants de bois ou de leurs représentants. Grâce à la bienveillance de C. R. Pettis, surintendant des forêts de l'Etat, l'auteur de ce rapport fut invité à accompagner les investigatures, en sa qualité de représentant

de la Commission de la Conservation du Canada. En outre, T. W. Dwight accompagnait les investigateurs en sa qualité de représentant de la division Forestière du ministère de l'Intérieur. Il me fait plaisir d'exprimer ici ma reconnaissance envers Messieurs Gaylord et Dwight, et W. C. Bagg, forestier de Finch, Pruyn and Company, qui exploitent le bois de pulpe dans les Adirondacks, pour les opinions émises et discutées et pour les recommandations faites par eux, et dont j'où tiré partie en préparant ce rapport.

Les investigateurs consacrèrent la semaine du 28 octobre à examiner attentivement les résultats de l'ébranchage des houppes sur un certain nombre de coupes de bois, en différents endroits des Adirondacks. Ces résultats seront discutés plus loin en ce rapport. Il convient de se rappeler que l'ébranchage effectué avant 1909 était entièrement volontaire, en partie pour diminuer le danger d'incendie, et en partie pour, améliorer l'apparence de la forêt et faciliter sa transformation en parcs Les examens qui ont été faits ont porté sur les parties des Adirondack qui sont couvertes d'épinettes. Au cours des dernières années, ce sont surtout des épinettes et des baumiers qui ont été abattus. Les pins blancs primitifs de cette partie ont été coupés, en grande partie, depuis plusieurs années, et les jeunes, laissés lors des premiers abatages, ont été glanés à différentes reprises au cours des années dernières. Les investigateurs n'ont pas examiné la région des pins blancs qui couvrent le versant de l'est des Adirondacks. Toutefois, on ne s'attend pas à beaucoup d'objections à l'ébranchage des houppes en cette région. Ce sont les exploitants d'épinettes et de baumiers qui s'opposent le plus à l'ébranchage des houppes. On dit, par ailleurs, que les plus fortes oppositions sont formulées plutôt par les exploitants de bois de pulpe que par ceux qui abattent le bois de sciage. Il ne faut pas non plus conclure que tous ceux-ci sont opposés à la loi, car tel n'est pas le cas.

Afin de rendre compréhensible toute la situation, on a résumé ci-après les principales objections soulevées par tous ceux qui s'opposent à la loi, et ce n'est pas nécessairement un exposé de l'opinion d'un particulier quelconque.

Résumé des Objections. — Les incendies des houppes ébranchées brûlent plus profondément, avec plus de force et plus vite que ceux qui larent dans les houppes non ébranchées ; l'ébranchage ne favorise pas sensiblement la décomposition des débris, et, en conséquence, il n'a aucune efficacité comme mesure préventive contre l'incendie. L'ébranchage nuit plus à la croissance des jeunes arbres présents ou futurs, et à ce qui r ieux arbres, que les houppes non ébranchées,

et les profits qui en dérivent ne sont pas proportionnés aux dépenses encourues par les exploitants et les propriétaires fonciers.

Résumé des Conclusions. — Un sommaire des conclusions est donné ci-après, avant l'exposé de la discussion :

i. L'augmentation du prix du bois d'œuvre rend indispensable la protection des forêts contre l'incendie, au point de vue du marchand de bois. A mesure que la réserve de bois diminue, cette protection devient encore plus essentielle au public et surtout aux personnes et aux hommes d'affaires qui dépendent directement de la fabrication des produits forestiers.

2. Les débris de l'abatage constituent le plus grave danger d'incendie.

3 . La destruction des branchages est un mode pratique et faisable de diminuer le danger d'incendie ; néanmoins, il ne vient qu'après la patrouille.

4. La méthode de destruction des branchages à suivre, en certains cas particuliers, ne peut être déterminée que par une considération spéciale de toutes les conditions environnantes. Il importe que les administrateurs jouissent d'une certaine latitude dans l'exercice de leurs fonctions.

5. Le moyen le plus efficace de réduire le danger d'incendie est de brûler les branchages, quand ce procédé est faisable au point de vue des dépenses et de la sylviculture.

6. Lorsque le brûlage des houppes ne peut se faire, pour une raison quelconque, l'ébranchage des houppes devrait être pratiqué. Une fois ce travail effectué, les moyens financiers et les considérations sylvicoles devront être examinés, pour savoir s'il faudra empiler ou éparpiller les branches, ou les laisser telles qu'elles sont. Il peut être quelquefois possible de remplacer l'ébranchage par quelques autres mesures préventives, telles que la construction de lignes garde-feux, etc.

7. L'ébranchage des houppes augmente de beaucoup la quantité des débris qui reposent sur le sol ou forment des piles absorbant et retenant l'humidité ; le temps de la décomposition est ainsi diminué d'un tiers à une moitié. Ce procédé de décomposition réduit le danger d'incendie, provenant des débris, en raison direct de sa rapidité et de son degré de perfection. Après l'ébranchage, il faudrait empiler ou éparpiller les branches, mais, par suite des dépenses qu'entraîne ce travail, la chose est considérée impraticable dans les Adirondacks. Le même obstacle se rencontre dans une grande partie de l'est du Canada, avec cette différence que le permis accordé par le gouvernement exige la destruction des branches, et qu'une réduction est donnée sur les droits à payer.

8. Une utilisation plus complète du bois diminue l'efficacité de l'ébranchage des houppes comme mesure protectrice contre l'incendie. En d'autres mots, l'ébranchage est beaucoup plus nécessaire dans une exploitation de haute futaie, car elle y réduira plus le danger d'incendie que dans les exploitations de bois de pulpe, dans lesquelles une plus grande quantité des branches sera mise en contact avec le sol.

9. Les avantages qui découlent de l'ébranchage des houppes excèdent de beaucoup les dommages subis par le sol, la reproduction ou les vieux arbres.

10. L'ébranchage des houppes jusqu'à un diamètre de trois pouces diminue le coût de ce travail ; cette modification a sa raison d'être dans les sections où le danger d'incendie n'est pas très sérieux, et où les dépenses sont une des raisons déterminantes.*

11. Au Canada, la question de la destruction des branches et des mesures préventives contre l'incendie, devrait être prise plus au sérieux que dans le passé, par tous ceux qui y sont intéressés. On devrait en tenir compte lors de l'émission des nouveaux permis par les gouvernements fédéral et provinciaux, et au temps du renouvellement des permis en existence.

12. La patrouille est l'élément le plus important dans tout plan de protection contre l'incendie. Elle est indispensable, quelles que soient les autres méthodes adoptées. Pour qu'une patrouille puisse être efficace, il faut couper dans la forêt des routes, des sentiers, y installer des téléphones, des postes de surveillance, et d'autres améliorations permanentes d'un caractère semblable.

Discussion

Les raisons pour et contre la loi de l'ébranchage des houppes, et les conclusions qui découlent de l'inspection sur place, mentionnées plus haut, peuvent être discutées ensemble avec le plus d'avantage. Comme question de commodité, cette discussion sur l'effet de la loi de l'ébranchage fies houppes peut être divisée en quatre parties générales, savoir :

* Depuis la préparation de ce rapport, la Législature «le l'Etat de New York a modifié la loi de lï-l>ninchage des houppes, in ce qui regarde la limite des trois pouces <1<' diamètre, ainsi qu'il suit :

'Toute personne «pii, dans l'une quelconque des villes énumérées à l'article 97 de ce chapitre, sauf en la manière indiquée ci-après, abat <m fait abattre, ou permet d'abattre des arbres toujours verts pour vente ou autres fins, tenue d'ébrancher ou <1<' faire ébrancher des lits arbres et de leur cimes, au temps de l'abat *e de ces arbres on au temps que fixera la commission, en la manière prescrite ci-après, toutes les branches, jusqu'à un point où le tronc ou la branche a \<- plus long diamètre qui c'ezoède pas trois poue -. i moins que Ledit arbre ne soit abattu pour être vendu e1 utili<; avec les branches y attachées, ou pour usage avec ses branchi

RESTES DE DEUX GRANDES HOUPPES D'EPINETTE, DIX ANS APRES L'ÉBRANCHAGE La plupart des houppes de cette coupe ont entièrement disparu. Park de Nehasame, Adirondacks Obligeance de la N.Y. Public Service Commission.)

HOUPPBS NON KBKA-.' III I- l'I III LAC TUPPER, COUPE DE WHITNEY, RÉ-

I RVÏ DBS ADIRONDACKS

Le feu passa sur ces houppes, dévora les branches supérieures et atteignit les baumiers

debout :<vniMnant.

(i) Danger d'Incendie (a) Prévention (6) Extinction

(2) Effet sur la Future Foret

(a) Reproductions présente et future

(3) Effet sur le Reste de la Vieille Foret

(4) Effet sur le Côut de l'Exploitation.

(1) Effet quant au Danger d'Incendie

Ceux qui s'opposent à la loi soutiennent que l'ébranchage augmente le danger d'incendie au lieu de le diminuer, au moins pendant les premières années, et qu'un incendie des houppes ébranchées brûle avec plus de force et de rapidité, et qu'il est plus difficile à combattre qu'un incendie de houppes non ébranchées. Quelques-uns ont même prétendu sérieusement que les houppes non ébranchées se décomposent plus rapidement que les autres, puisque les branches suspendues en l'air sont plus exposées à l'action des intempéries que celles étendues sur le sol.

(i-a) Prévention d'Incendie

En ce qui regarde la prévention et l'extinction de l'incendie, la rapidité relative de la décomposition des débris est fondamentale. Toute la théorie des lois ou des règlements qui exigent l'ébranchage des houppes se base sur le fait que les débris sont mis en contact plus intime avec le sol, ce qui facilitera leur décomposition en réduisant à une période de temps beaucoup plus courte l'existence de cette partie du danger d'incendie provenant des coupes.

Reste à savoir si l'ébranchage met en contact avec le sol plus de débris qu'autrement. Quelques-uns des adversaires de la loi soutiennent le contraire sur ce point, tout en admettant que les branches se décomposeront plus vite sur la terre que dans l'air. Naturellement, si l'on peut soutenir cette opinion, la dépense qu'entraîne la mise en vigueur de la loi ne serait pas justifiée, et cette loi devrait être ou abrogée ou modifiée de manière à la rendre efficace.

Rapidité de la Décomposition. — Quant à la rapidité relative de la décomposition toute l'expérience et la théorie démontrent que les branches se décomposent plus rapidement sur le sol que dans l'air. Il s'ensuit qu'en autant que l'ébranchage tend à mettre les débris en contact plus immédiat avec le sol, la décomposition sera plus rapide que si les houppes eussent été laissées avec leurs branches et soutenues au-dessus de terre par les branches inférieures. Il est également vrai que les dépenses qu'entraînent l'ébranchage des houppes sont en partie

perdues, si on laisse des branches soutenues au-dessus de terre par des pierres, ou des souches ou des troncs. Ceci arrive souvent, lorsque, pour construire les chemins du glissage, on jette de côté les branches sans tenir compte de la théorie de la loi de l'ébranchage, ou sans désir intelligent de retirer le plus grand profit possible des dépenses qu'exige l'observance de la loi.

On peut constater l'inefficacité partielle de l'ébranchage des houppes par suite de cette négligence pour les branches individuelles dont on fait des piles. Lorsque des pierres, des souches ou des troncs empêchent ces branches de toucher au sol, elles ne se décomposent pas plus vite que lorsqu'elles restent attachées au tronc.

D'un autre côté, les grands tas de branches, bien que ne touchant pas au sol, parce qu'elles ont été empilées sur des pierres, des souches des troncs d'arbres ou d'autres objets, se massent peu à peu par le poids des neiges répétées, et finissent par devenir si compacts qu'ils retiennent l'humidité qui aide à la décomposition. Cette pourriture s'opère plus rapidement dans une forêt mixte que dans une forêt d'épinettes et de baumiers seulement, puisque les feuilles qui tombent des essences dures ou à large feuilles couvrent bientôt le dessus de de ces piles et empêchent la neige de pénétrer à travers les branches. De cette façon, le poids de la neige est de beaucoup plus grand, et il force les branches plus menues de l'intérieur des piles à se resserrer, de manière à retenir une partie de l'humidité qui s'infiltre nécessairement du sommet de ces piles. C'est ainsi que pénètre à l'intérieur l'élément qui, aidé de la chaleur et de l'air, est indispensable à la naissance des champignons qui favorisent grandement la décomposition. Lorsque ces tas de branches reposent directement sur le sol, l'humidité y entre par en bas et par en haut ; il s'ensuit que la décomposition avance plus vite.

Tout le monde admet, d'un autre côté, que les éléments essentiels à la décomposition — la chaleur, l'humidité et l'air— s'allient plus facilement à la surface du sol qu'au-dessus de la terre. Les piquets de clôture et les poteaux de télégraphe pourrissent rapidement au point où ils sont plantés en terre. Les bois de chauffage, de pulpe, de billes de sciage, sont toujours soulevés de terre par des patins pour les empêcher de pourrir, s'ils doivent rester quelque temps dans les bois. Les exploitants de bois ont toujours soin d'empêcher leurs traîneaux de toucher au sol, pendant la saison de l'année où ils ne sont pas en usage, afin de les préserver de la décomposition. Le même principe s'applique avec autant de justesse à la destruction des branches qu'à autre chose, et il est certes difficile de croire que l'on ait sérieusement fait objection à la loi de l'ébranchage des houppes.

Donc l'ébranchage des houppes met en contact avec le sol une plus grande partie des débris que l'absence d'ébranchage, dans l'exploitation ordinaire des forêts, où l'on n'utilise pas une grande partie des houppes, on ne pourrait en douter, car la différence sautera aux yeux du premier venu. Cependant, il faut se rappeler que dans les Adirondacks une grande partie des exploitations forestières consiste dans l'abatage du bois de pulpe et que l'on utilise les houppes jusqu'à un diamètre de quatre à cinq pouces en moyenne. De cette manière, les cimes au lieu d'être laissées dans le bois jusqu'à un diamètre de huit à dix pouces, comme la chose se pratique dans l'exploitation des bois d'œuvre, sont ébranchées jusqu'à 75 à 90 pour cent comme partie nécessaire à la sortie de ce bois. Il ne reste donc, sujets à la loi de l'ébranchage, dans les Adirondacks, à l'exception des arbres inserviables et des petits, ébranchées pour les besoins des chemins et des passages des glissoirs, que les houppes au-dessous d'un diamètre de quatre à cinq pouces. On voit par là qu'une loi de l'ébranchage des houppes est moins nécessaire dans une exploitation de bois de pulpe que dans l'abatage du bois d'œuvre, car on utilise une plus grande partie de celui-là. Le danger d'incendie, qui a été la cause de la loi de l'ébranchage des houppes, provenait probablement, en grande partie des débris de l'exploitation du bois de construction, plutôt que de celle du bois de pulpe. C'est ce qui explique pour quelle raison les exploitants de bois de pulpe n'aiment guère la loi.

Si les houppes ne sont pas ébranchées, la masse des débris ne peut se mettre en contact avec le sol, sauf par accident, et lorsque les cimes se brisent en tombant, ou quand un autre arbre tombe par-dessus. La décomposition s'effectuera ainsi d'une manière relativement lente, puisque seules les extrémités des branches inférieures toucheront au sol, et puisqu'il faut plusieurs années pour que les branches inférieures d'une houppe pourrissent assez pour laisser tomber le tronc à terre ou la décomposition sera facilitée. Les branches supérieures et celles de côté résistent jusqu'à la chute de la houppe sur le sol, surtout parmi les grandes cimes dont les branches sont plus fortes. Les houppes plus petites que laissent en arrière les méthodes d'exploitation moderne contiennent un plus grand pourcentage de sève, et se décomposeront, en conséquence, plus rapidement, soit dans l'air, soit sur le sol, que celles plus grandes, sous les mêmes conditions.

D'ailleurs, lorsque les houppes sont ébranchées, les branches doivent être détruites de la même manière que celles de la partie utilisée du tronc. A cette fin, en emploiera ordinairement tantôt l'empilement et tantôt l'éparpillement. Dans l'opération ordinaire, la plupart des branches séparées de la partie utilisée du tronc tombent soit directe-

74 CO M M ISS 10 N DE L A C O X s E 1IVATI0N

ment à terre, soit en piles qui reposent sur le sol. Ce n'est que la plus petite portion qui restera suspendue en l'air, séparément ou en tas, par les pierres, les souches, ou les troncs. On n'a pas raison de supposer que le pourcentage des branches enlevées des arbres qui ne reposent pas sur le sol, ou des piles qui reposent sur la terre sera plus élevé que celui des branches ôtées de la partie inférieure de l'arbre utilisée pour bois d'oeuvre ou de pulpe. C'est plutôt le contraire qui à lieu. Toutefois, il est évident que l'ébranchage de la houppe aura pour résultat d'augmenter sensiblement la somme des branches qui tomberont à terre ou sur les piles reposant sur le sol, et ainsi le danger d'incendie sera diminué par une disparition plus rapide de cette classe de débris.

Tel que mentionné précédemment, il faut aussi reconnaître qu'il y a différents degrés d'efficacité d'ébranchage, comme mesure préventive contre l'incendie ; cela dépend du montant de débris mis en lieu de recevoir l'humidité du sol. La rapidité de la décomposition est aussi déterminée par le montant de l'abatage et l'obscurité après l'exploitation. Lorsque le bois est serré, il y aura une plus grande somme de branches qui formeront plus de piles, celles-ci seront plus hautes et un plus grand nombre de branches resteront en l'air, jetées sur des pierres, des souches ou des troncs, lorsqu'il a fallu tracer des chemins et des passages pour le glissage. D'un autre côté, lorsque l'abatage est moins accentué, c'est le contraire qui a lieu, et en outre, les autres arbres laissés sur pied abriteront le sol, et l'aideront à retenir l'humidité et par là hâteront la décomposition.

Cet effet s'observe surtout, lorsque le bois de pulpe est abattu dans une forêt composée de bois durs et d'épinettes. Les bois durs et les plus petites épinettes restent sur pied et fournissent une plus grande somme d'ombrage, et l'humidité du sol est protégée contre l'évaporation rapide. La même chose a lieu dans un bois d'épinettes dont on n'enlève que les plus gros arbres, et où il reste assez de sujets pour empêcher les renversements par le vent et pour ombrager la terre. Lorsque l'abatage est dru, les rejetons repoussent serrés et fournissent de l'ombre qui aide à la décomposition. Quand l'abatage est dru et que les arbres restés debout ne donnent que peu d'ombrage, le sol se dessèche rapidement, et la décomposition s'opère plus lentement.

Zones Visitées. — Les observations nombreuses faites sur les zones visitées corroborent pleinement ces conclusions.

Partout où il y avait de vieilles houppes ébranchées, les branches du côté du sol étaient plus décomposées et les rameaux moins nombreux que du n haut. On a constaté le même effet sur les piles de

branches ; là aussi les I anches du côté de la terre disparaissent

plus rapidement que celles < à l'action desséchante du soleil et

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RESULTAT D'UN INCENDIE LE 20 MAI 191 1, DANS LES HOUPPES ÉBRANCHÉES, ABATAGE

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