‹ ProtéeChapitre 1 sur 11 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

ILK de Naxos, que pour la commodité de l'action on supposera placée entre la Grèce et l'Egypte. On la voit tout entière au milieu de la scène comme un grand gâteau de mariage anglais en sucre

blanc ou comme le couvercle d'une soupière rococo.

C'est un assemblage assez prétentieux de rocailles

pittoresques péniblement terminé au sommet par une espèce de boucle ou de volute. Le rivage est représenté par des toiles d'emballage bordées pour écume d'une ruche blanche froncée et la mer par une grande étendue de linoléum.

Le fond de la scène est caché par des bandes d'étoffe grise.

LA NYMPHE BRINDOSIER.— Satyres chèvrepieds, triste brigade, écoutez-moi ! de ceux que Protée, le vieillard absurde de dessous la vague, A ramassés un par un comme on pique les grains mûrs d'une grappe,

Quand ils riboulaient de l'un de nos bateaux, car ces bêtes n'ont pas le pied marin, et vous pensez si nous nous amusions à les ramasser !

Et ce n'est pas une fois ni deux que le Fils de Zeus a traversé et retraversé avec furie d'un bord à l'autre cette mer si bleue qu'il n'y a que le sang qui soit plus rouge !

Soit qu'il se porte vers l'Inde, soit qu'il ait envie de la Thessalie, car ce n'est pas la raison ni aucun ordre qui conduit le dieu du vin !

Et quand le chef même titube,

A quel fil voulez-vous que se rattache un pauvre Satyre, quand la mer et le bateau dansent à qui mieux mieux,

Et que tout au hasard monte et descend, et vous direz que c'est nous qui sommes ivres !

Et que la voilà quand elle s'apaise toute paonnante au soleil de grandes fleurs de pive dans le grésillement de 1 écume !

— M'entendez-vous, petits frères?

LES SATYRES, faiblement, derrière la scène (Chœur polyphonique.) — M é é é é !

BRINDOSIER. — Quelle triste voix ! Mais je vous le dis, bientôt vos douleurs prennent fin, Et l'étroite prison de cette œuvre d'art que Protée appelle son île, et le régime absurde, et l'esclavage du vieillard !

Bientôt le vaste monde à nouveau nous est ouvert ! Ah, qu'il y fait bon mener son train alors que tout est désert encore.

Et qui reprocherait à un dieu dans sa joie de prendre la forme d'une bête, s'il ne peut s'en empêcher. Une fois qu'il a pris l'odeur de la terre, plus forte que celle d'un lion ou de troupeaux fumants. Alors que c'est le matin, et que tout est libre encore, et qu'il n'y a pas une Face-pâle à voir, et que le monde est à nous !

Sus, durs paysans ! que d'autres de vos frères partent à la recherche des métaux sous la terre ! mais nous, c'est de son sang vivant que nous voulons tâter !

A nous de reconnaître la longue et brûlante colline sous les prunelliers pour y mettre la vigne comme un fausset tortueux et le pépin de feu entre les durs silex !

Ce soir nous serons partis, mes compagnons !

LES SATYRES (Chœur polyphonique.) —

Méééé! Méééé! Méééé!

BRINDOSIER. — Méé ! Méé ! Oui, vous pouvez

bêler ! bêtes à laine ! bêtes à chagrin ! demi-bêtes et

demi-dieux ! Notre salut est proche !

Nous pillerons la grappe encore ! Frais vallon, nous

couperons d'un jus rouge encore l'eau rapide et glacée

de ton artère !

Et je déterrerai pour vous ce pot que j'ai enfoui jadis

entre les pieds du dieu Chronos, empli d'un dur

nectar qui est aussi brun que la giroflée !

A la fête des vendaliges quand on flambe les vieilles

queues avec une mèche de soufre.

Vous me verrez danser encore pour vous sur la tonne

roulante, une torche dans chaque main !

Aussi vrai que mon nom est Brindosier, et la chèvre

montagnarde qui m'a conçue

M'a nommée ainsi à cause de la manière dont je

sais prendre le poignet d'un homme et le ficeler tout

à coup comme une couleuvre.

Comme ces longs rubans que le vigneron porte au

cordon de son tablier !

Et seul le vieillard Protée a su un jour me prendre et

me capturer, avec ses perles idiotes ! (mais je lui

revaudrai ce tour).

Car j'ai regardé dans ses phylactères prophétiques

où lui-même ne comprend rien, archives du Futur,

et j'y ai vu des choses qu'il ne sait pas.

Notre délivrance approche !

Voici que le divin Ménélas, le fils d'Atrée, le gendre de Jupiter,

Approche sur un navire aussi fou que son maître, Et à chaque vague le fier cheval à la crinière de chevilles qui sans voile et sans gouvernail entraîne la nef cabriolante

Pique du nez dans la plume et le relève incontinent vers le ciel comme une cocotte qui boit. Il arrive ! Il débarque !

LES SATYRES (Chœur polyphonique — interrompu.) — Méé ! Méé !

(Une flèche, puis une autre, vole au travers de la scène. Fuite éperdue des Satyres.) MENELAS, derrière la scène. — Maintenant j'ai les deux pieds à terre et je défie les dieux ! BRINDOSIER. — Il est sauf et, bien sûr, la première chose à faire est de blasphémer.

Elle se retire à l'écart.

Entre jyLENELAS, l'arc au dos, tenant de la main droite une épée et de la main gauche la main d'une femme voilée, HELENE.

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