SCÈNE I
MÉNÉLAS. — Dieux ! ce n'est donc pas assez d'avoir déchaîné tous les éléments ensemble contre
moi,
Et si ce coup de foudre par le travers de Syra, qui a fait de mon mât une écharde, ne nous a pas coupés en deux, c'est pas la faute de celui qui l'a ajusté ! Il faut encore vous moquer de moi !
Ce matin voilà le bateau contre le vent sans rames ni gouvernail qui se met à marcher tout seul comme quelqu'un qui sait où il va,
Et voilà la terre, c'est bien. Mais la première chose que je vois sur un rocher, qui me regarde avec ses gros yeux,
C'est un sauvage avec de grandes cornes de bélier qui lui sortaient de la tête, qui me regardait en me tirant la langue.
J'ajuste le monstre, je tire, il fuit.
Et fuyant à petits sauts il me montre des cuisses et un derrière tout couverts de long poil comme celui d'un bouc !
Que me veut cet être biscornu ? Alors ce n'est pas assez de me poursuivre, il faut encore m'insulter ! Car les choses que je ne comprends pas sont pour moi comme une insulte personnelle.
Un homme avec un cul de bouc, j'en ai le rouge au front !
C'est bien, je vous défie tous, là-haut, toute la séquelle dans l'Ouranos !
Et toi-même, le beau-père ! Qu'est-ce que tu faisais pendant que Paris m'enlevait ta fille?
C'est alors qu'il fallait brandir tes pétards et ta machine à tonner !
Mais c'est bien. Sans toi je suis allé la reprendre où elle était.
Et je ramènerai à Sparte avec moi celle-ci que j'ai épousée et qui est ma propriété.
Que tu le veuilles ou non, malgré le vent et la
tempête, et toutes ces choses que l'on ne comprend
pas !
L'épée du moins est une chose que l'on comprend
et le bel Alexandre, là-bas, en a tâté, ce cher Paris !
Viens, Hélène, tiens bien ma main, je ne te lâcherai
pas.
Et je ne puis dire que je tire de toi grand plaisir.
Mais enfin, telle quelle, c'est toi, et je te tiens, et tous
te reconnaîtront, et je te ramènerai dans Sparte.
Entre BRINDOSIER.
Qui va là ?
// la met en joue, BRINDOSIER. — Salut, héros !