ACTE II
KME tableau qu'à l'acte précédent.
Quand le rideau se lève, on voit ME- NÉ LAS étendu sur le rivage et dormant, tenant dans sa main la main d' HÉLÈNE voilée et assise. A gauche sur le proscenium, appuyé sur une canne à bout de caoutchouc, se tient le SATYRE-
jy[AJOR, écoutant l'orchestre. — A l'orchestre. BACCHANALE NOCTURNE
pianissimo.
LE SATYRE-MAJOR à l'orchestre. — Tout beau, Messieurs ! tout doux ! Plus bas ! Plus bas ! Plus bas ! S'il s'agissait de faire du bruit, nous n'aurions pas besoin de musique.
C'est le silence qu'il s'agit de faire entendre. Chhh !
// bat la mesure. La musique, déjà faible,
devient presque imperceptible.
Ça va mieux ! Sss ! plus bas encore ! que diable ! ce n'est pas pour des chaudronniers que vous jouez ! Mais pour des demi-dieux dont l'oreille farouche se termine en une pointe aussi fine qu'un seul poil. Et vous allez réveiller ce brave homme qui a pris Troie et terrassé un phoque et qui est bien fatigué. Et Hélène même peut-être. Plus bas !
L'orchestre Joue à vide, les violons retournés,
les cymbales disjointes, les cuivres bouchés. Très bien ! Vous m'avez compris ! voilà la musique comme je l'aime.
Le ronflement des tambours, le claquement des mains, la grêle des crotales, nous Parviennent comme de l'autre côté de la lune. Le torrent des sabots et des pieds nus qui suivent Bacchus
N'arrive pas plus à l'oreille que le grouillement au fond d'un fleuve des écrevisses cuirassées.
Ces cris désespérés
Ne sont pas plus pour nous que la froide archerie de
Diane,
Quand par un radieux minuit dans les campagnes du
Rhône elle prend un large mûrier pour cible !
Et la trompette elle-même quand elle sonne, aussi
faible qu'un sifflet de verre.
Faible musique.
La nuit est aux dieux.
Coups très doucement sur la grosse caisse. N'est-ce pas ! Elle est trop belle ! c'est trop beau, ce milieu de l'année !
C'est pour cela que Bacchus est venu.
Afin de délivrer les campagnes et les déserts et les énormes replis de la terre tout remplis de forêts De cette marche en triomphe et de ce pas irrésistible au milieu des cris de désespoir, imposant le délice et la terreur !
Malheur à celui qui sur les feuilles mouillées à minuit Verra le reflet du dieu blanc, pareil à un soleil de lait ! Malheur au cerf qui parmi ses biches inquiètes exhaussant sa tête arborescente,
Regarde l'étrange armée cependant qu'elle passe le gué montagnard en tumulte parmi les pierres roulantes. Et le dieu déjà n'est plus là et les précède, et l'on ne voit qu'un gros homme ivre sur son âne ! Nul à cet appel n'est plus un homme tout à fait ! Car l'homme pour bondir prend les jarrets d'une chèvre.
Et la chèvre pour happer l'aigre poignée de vigne
qu'on lui tend
Se met debout et devient une fille au front cornu !
Silence !
La musique cesse peu à peu.
Salut, Ménélas !
Silence.
Il dort ! ce n'est pas en vain qu'il a regardé dans les
prunelles du dieu de la Mer !
Tout pour lui est changé et je vais lui apparaître
comme la plus adorable des Nymphes.
Salut, libérateur !
jyLKNÉLAS ouvre les yeux sans se réveiller. — Le SATYRE-MAJOR lui fait d'horribles grimaces. — JVLÉNÉLAS le regarde avec hébétement et imite ses grimaces. — Puis d'un bond il se relève et saute sur son arc, mais peu à peu comme frappé d'étonnement il le laisse se débander.