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Assez peut pleurer qui n'a rien pour l'apaiser.
C'est dans les grandes douleurs que Ton sent l'invincible besoin d'ouvrir son cœur, de verser ses larmes dans le sein d'un ami. Le trop plein de la douleur trouve alors une sorte d'épanchement naturel qui soulage et amène bientôt l'apaisement. Mais quand nul cœur ne s'ouvre devant le nôtre, et que l'on se voit forcé de dévorer sa douleur, sans que rien ne vienne la modérer, le cœur se gonfle à en être brisé. C'est comme une mer montante qui submerge l'âme et menace de Tengloutir.
Dans ses tragédies, Sophocle a tiré des effets' éminemment dramatiques de cet isolement dans la douleur : Philoctète blessé et abandonné dans l'île de Lemnos, jette sa plainte aux rochers du rivage, aux oiseaux du ciel, aux arbres des forêts.
Electre exhale la sienne à l'astre du jour :
« ft fuoç otyvov, xfti yiiç
IvOfJitVOÇ . . . )
Pure lumière, ciel qui environnes la terre, témoins assidus de mes gémissements, combien
de fois avez-vous entendu les coups dont j'ai frappé mon sein ensanglanté 1 Vous n*avez vu que les restes de mes cruelles nuits, car durant les ténèbres, ma triste couche, seule dépositaire de mes maux, a déjà vu couler mes larmes I . . .