‹ Proverbes de la Franche-Comté; études historiques et critiquesChapitre 2 sur 12 · PRÉSAGES OU PROVERBES ASTROLOGIQUES · texte numérisé non relu

PRÉSAGES OU PROVERBES ASTROLOGIQUES

§ t*'. — Présaipe» tiré» de la marche de» «alaon».

Année de bise, Année de prise.

Année de bise, Année de guise (de chance).

Annaie de b\je, Annaie de grije (blé sarrasin).

C'est une variante usitée dans le pays de Faucogney, où

Ton cultive beaucoup de san^asin ou blé noir» connu sous

le nom de grije. Ce nom de grije ou griese (de Tallemand

grûze, gruau), se donne par extension à une semoule très-

agréable faite de ce blé noir. On en éocisomme beaucoup, notamment dans l'arrondissement de Belfort.

Année de gelée, Année de blé.

Anna de van (vent), Anna de ran (rien).

C'est du vent du midi qu'il est ici question. En Franche- -•Cpgité, 1^ bise n'çsf pas un vent. Un vent sec du midi y est "îappelé vmt 'jùmiiljM, par opposition, une bise pluvieuse y .'• : 'j^^'^e'à'i^eTioir^. h&^ deux ne valent pas grand'chose.

Les vents dû nord' sont bons en général. Exceptons-en certain vent du nord-ouest, qui engendre « le grésil, les pluies froides, le rhume et la vermine*. » On appelle ce vent détesté Vair ou Voûre de pique-blauches (pique-prunes), parce qu'il fait périr au printemps les fleiu'S du prunier. Il occasionne des gelées tardives, qui détruisent dans une nuit lès espérances de toute une récolte. C'est pourquoi nos vieux Comtois disent encore quelquefois, en montrant du poing le Bassigny et aussi Paris, le cœur de la France, que

Jaimâ bons vents ne bonnes gens Ne sont venus de c'te sens (de ce côté).

Evidemment, c'était exagéré. A la France, ce vent

britannique rappelait d'anciens désastres. Aussi disait-on

que

Jamais, de l'Angleterre, Ne vint bon vent ni bonne guerre.

Le mot sens, que nous reverrons dans plus d'un pro-

^ Guide de l'étranger à Besançon, par MM. Castan et Delacroix, p. 6.

verbe, signifie la direction ; eomme on dit en français, dans ce sens, à contresens.

Tout événement météorologique qui n*est pas régulier, qui parait être une atteinte à la marche bien ordonnée des saisons, a quelque chose d'inquiétant.

Quand il pleut de la bise, 11 en tombe à sa guise.

Quand il gèle de vent, Tout fend.

Vent qui gèle, Bise qui dégèle Et femme qui parle latin.

Ne causent qu'ennui et chagrin.

Année pluvieuse.

Année cbancreuse.

La sécheresse fait bonne année, S'il n'vient point d'paille, il vient du blé,

De la Toussaint à la fm de TAvent, Jamais trop de pluie ni de vent.

L'hiver, qui est par trop beau, Nous promet Tété tout en eau.

Té nâ (tel nez), Té coue (telle queue).

Quand Thiver a une longue tête, il a une longue queue.

(Aîmanachs de Montbéliard^,)

Plus il gèle avant la Toussaint, plus il gèle après Pâques.

Année tardive Ne fut jamais oisive.

* Sous ce nom d^A Imanachs de Montbéliard, je comprends le Grand Messager boiteux de France, le Patriarche de Va^riculture française, le Messager boiteux d'Antoine Souci, etc., tous imprimés chez Decker, à Montbéliard, de 1815 à 1835.

Il faut que l'hiver se fasse.

S'il n'a pas une grosse tète, il a une longue queue.

(Alm, de Montb.) An neigeux,

An fructueux.

La neige au blé est tel bénéfice , Comme au vieillard bonne pelisse,

dit un proverbe français. Pendant Thiver de 1708 à 1709, le froid fut si excessif en Franche-Comté que tous les arbres y périrent, à l'exception des cerisiers. Tous les blés aussi furent perdus, à part ceux que recouvraient des menées de neige.

Quéque moncé de nouéges Que lai bise aiva jeties Pa canton su las finaiges Qae consarvet das tresies.

{Vieux Noéh bisontins, page 154.)

Les eaux ne débordent pas deux fois dans la même année.

Jamais le Doubs n'a gelé deux fois dans la même année.

Quand il tonne beaucoup dès Pâques à la Saint-Jean, il ne tonne plus guère après.

Si les pluies de la Saint-Jean ne se font pas avant, elle) se font après.

Gomme on sème, on récolte.

C'est une croyance assez bizarre en Franche-Comté, que le temps des moissons sera pareil au temps des semailles

Bonnes semailles, bonnes récoltes. (Ann. du Dùubs, i863.]

La saison Amène la moisson.

Janvier so et bé ( sec et beau) Remplit cave et soulé (grenier).

Quand sec est le mois de janvier, Ne doit se plaindre le fermier. (Ahn, Montb.)

Si beaucoup d*eau tombe en ce mois, Lors peu de vin croiti^e tu vois. {Alm. Montb,)

Poussière en jantier, Abondance au grenier. (I6td.)

Janvier d'eau cbiche Fait le paysan riche. [Annuaire de Gray, 1864.)

Vaut meu yoûre in loup enraigie Q'en houme en ch'mise au mois d'janvie.

« Il vaudrait mieux, dit l'abbé Amoult, rencontrer en » son chemin trois loups qu'un homme en chemise au mois » de janvier. » {Traité de la Prudence, p. 405.) Ce traité anonyme, tout composé de dictons et de sentences, fut imprimé à Besançon en 1733. C'est un ramassis volumineux de proverbes de tous les pays et de tous les temps, et qui sont arrangés avec beaucoup de goût pour constituer des

chapitres de bonne moi'ale.

Jauyie Breule devant, geôle darie.

En janvier, auprès du feu, on brûle devant, on gèle derrière. (Traité de la Prtidence, p. 104.)

Si février était à la place de janvier, il ferait geler les enfants dans le ventre de leur mère.

Pluie en février Vaut du fumier. (Alm, Montb.)

La neige que donne février Met peu de blé dans le grenier. * (Ibid.)

Neige de février Vaut du fumier. (Ann. du Doubs, 1863.)

Ces deux proverbes n'ont pas évidemment une origine commune. L'un s'applique aux pays de plaine, où la végétation est plus avancée ; l'autre, aux pays de montagne.

Chaque pays doit garder ses proverbes, dont le sens ne

saurait être ni vrai ni bien compris ailleurs. Par exemple, on dit dans le Poitou :

A la Madeleine (22 juillet) Les noix sont pleines ; Â la Saint-Laurent (10 août), On fouille dedans.

Allez donc rapporter ce proverbe poitevin dans nos villages, où les noix ne sont mûres qu'en septembre, et vous verrez

si Ton vous y croira?

Quand é tonne en fevré (quand il tonne en février), Faut pouthiâ là brousse au soulé (il faut remonter les

brousses au grenier.

Les brousses, c'est le foin qui tombe du râtelier et que les bêtes ne veulent pas manger.

Février est de tous les mois Le plus coiui; et le moins courtois.

Février, le plus court, est le pii'e de tous. [Alm, Montb.^

Janvier et février Comblent ou vident le grenier. {Ibid,)

Février remplit les biefs, mai*s les vide.

Mars pluvieux An disetteux. {Ami, de Gi^ay.)

Quand il tonne en mars, les vaches sont tirées (Faucogney).

Quand il tonne en avril.

Le laboureur se réjouit ; Quand il tonne en ma (mars), Il peut dire : hélas !

Quand en mars beaucoup il tonne, Apprête cuves et tonnes. {Alm, Montb.)

Ce proverbe appartient à des régions plus tempérées que la nôtre ; comme le suivant, qui se dit dans le canton de Sirod (Jura) :

Toinne en meù (tonne en mars), Poitche là fritâ à tzeu (porte les fruits à la Toiture); Toinne en aiyri, Poitche là frità à paigni (à panier).

Quand mars fâ Taivri Aivri fâ le mars.

Faire Vaivriy être ai Vaivri^ daas le patois de Comté, c'est être bien à Tabri du vent, au repos et au soleil. Ce dicton renferme donc un jeu de mots qu'il est impossible de reproduire en français. Mars est un mois souffleur (les Irises de mars); il ne doit conséguemment pas faire Faivri, mais souffler crânement. S'il oublie sa tache, comme la nature à ses lois, avril sera tenu d'agiter l'atmosphère.

Quand mars fait avhl, dit Mathieu Laénsberg, avril fait mars.

Le jeu de mots n'existe plus.

Les anciens n'aimaient que cela, le gros sel, les équivoques et les calembourgs. Beaucoup de leiu*s dictons n'ont été goûtés qu'à cause de cet assaisonnement-là. Exemples : Les avares boivent le bon vin, car ils n'aiment pas la dépense. La dépense ou piquette est un vin mêlé d'eau. — // a mis sa cidotte de tremble : il a peur. — Judas a vendu le Fils de l'homme^ et les tisserands vendent le fil de la femme, etc. La plupart des sentences et devises héraldiques du moyen âge renfermaient un jeu de mots : A petite cloche grand son ! (Armes de Granson.) — Tôt ou tard Vienne I A bien tout Vienne! (Armes de Vienne.) — Souffleter quelqu'un, c'était lui appliquer les armes de Pesmes sur la figure, palme en champ de gueules, etc.

Cette manière d'équivoquer dans la pensée et dans l'expression rend la lecture de beaucoup d'anciens auteurs particulièrement désagréable.

L'ot Tierge et Tôt mère (elle est rierge et mère); Son feu ot son père, etc. (son fils est son père). C'ot lai mère de quiata (de clarté) Que lou soulet aidoura (que le soleil adora).

[Noèls anciens, passim.)

Et ce marchand d*alliimettes soufrées, qui parcourait nos rues de Besançon en 1840, en criant niaisement : Elles sont

soufrées des deux bouts Elle est bien malheureuse, ma

femme; elle soufre pour tout le monde I Ce mot avait rendu cet homme populaire, parce que le peuple aime toujours les mots à double sens , et qu'ici, comme à Paris, comme à Athènes, il préfère Aristophane à Ménandre, le mot bouffon à la pensée comique. Il en est resté, sous ce rapport, à Tenfance de Fart, et Ton peut dire qu'il perpétue la bonhomie traditionnelle de nos premiers écrivains.

Les preuves de cela abonderont dans la suite de ce travail.

Jamais mois d'avril ne fut si beau Qu'il n'y eût de la neige à plein chapeau.

L*aipairue du mois d'aivri (les apparences d'avril) N'entre pas dans lou bari.

Jaimà bourgeon d'aivri N'o aivu ne bé jû ne bé ri (n'a eu ni beau jeu ni beau ris).

Las chevris (gi'ésil) d'aivri Ç'o di femé (du fumier) de bi'ebis.

Rosée d'avril et de mai Rend août et septembre gais. (Alm. Montb.)

Du mois de mai la chaleur De tout Tan fait la valeur. {Rid,)

En mai, Blé et vin naît.

Dieu nous garde de la poussière de mai.

Bourbes en mai, épis en août.

Hàle de mars, pluie d'avril, rosée de mai, Amènent la pâte à la maie (le pétrin).

Mars ayide, Avril humide,

Mai le gai, tenant de tons deux, Présagent un an plantureux.

Aivri (avril), Pieugeni (un peu pluvieux) ; Ma (mai),

Sans cessa (sans cesse) ; Jun (juin),

De dou jou Fun (de deux jours l'un) ; Juillet,

Quéquefouet (quelquefois) ; (août), In tant set pô (un tant soit peu).

Jaimâ Saivoyà (Savoyard), Bise de ma (bise de mars), Chevri d'aivri (grésil d'avril), N'aimenant Taibondance au pays. (Pesmes.)

Juin pluvieux vide celliers et greniers.

Quand il pleut en août, U pleut miel et bon moût. (A/m. Monta,)

De la pluie eu août, il tt^en faut pas du tout.

Le mois d'août Trompe les fous; 11 n'a jamais fait grandir le Doubs.

Le temps demeure noir et accablant, et la pluie ne vient point. C'est un temps monté, un temps d'août, comme on dit.

s s. — Présaupes tirés des fêtes et des saints

du calendrier.

Certains saints et fêtes sont pris évidemment pour répoque à laquelle on les chôme, époque critique, comme le changement des saisons, les équinoxes, le temps des solstices.

D'autres fois, ils sont mis en avant probablement pour faire servii* au bien général ou particulier les croyances superstitieuses du vulgaire.

D'autres fois, enfin, l'intervention de ces saints est inexplicable.

Quand le verglas scintille aux arbres, dans le mois de

décembre, et qu'un givre brillant argenté leurs rameaux.

on dit :

Nous aurons une abondance de fruits.

Car les avents de Noël sont fleuris.

C'est un jeu de mots : Vavent, époque qui précède Noël. est aussi en Comté un osier franc qu'on cultive pour liens.

Evan so (avent sec) Bié no (blés nets).

Si secs sont les avents, Le froment sera abondant. (Aîm» Montb.)

Nocl herbeux, Pâques neigeux. {Ann, du Doubs.)

Noël herbeux, Pâques teigneux.

Une mouche à la Saint-Simon (28 octobre) Vaut un pigeon.

Enne mouche ai noué (Noël) Vaut in vé (un veau).

Claires Matines, Rares javelles.

Quand il fait beau le soir des Rois, 11 vient du chanvre par- dessus les toits.

Chandelouse, chandeloûre, S'i plout, vente et loûre * (s'il pleut), L'hiva o freloure (l'hiver est perdu).

Chandeiouse, chandelére.

Deuxième jou de fevré Premè jou de Tété.

Chandelouse, chandeleure, Bonjour, bon œuvre.

Ces proverbes sont débités par manière de salut le 2 février, dans les villages. Pourquoi? C'est un reste d'anciennes pratiques religieuses qui sont aujourd'hui tombées en désuétude. Le jour de la Chandeleur, les chefs de famille rentraient de la messe à la maison avec leur cierge allumé, et ils en bénissaient leurs enfants agenouillés en leiu* souhaitant bon œuvre, (Voyez § 5.)

Quand l'ours met ce jour-là sa patte à la fenêtre, il la retire pour quarante jours.

Ai lai chandelouset, Laivou lou sereillo beilleret (où le soleil donnera) Se senangna aipré (six semaines après) Lai pousse (le mauvais temps) passeret. (Veruierfontaine.)

Quand las bos chantant (les crapauds chantent) Ou que las miale floutant (les merles sifQent) Ai vaut lai Notre-Daime, É se recaichant Chè semene de temps.

* Loûre y suivant M. l'abbé Dartois, aura, vent doux.

Ai se tena qui ai Toùre [Noëh anc.)

Qui vai lai? — Ç'o lou vent, lai bise et loûre. (îbid.)

Suivant M. Tissot (Patois des Fourga), ojîp©?, vent doux.

Pâques pieugenou (pluvieux) Pâques fromentou (fructueux).

Quand il pleut à la Saint-Râchet (4 juillet), Pu tu Yai as yeigu' et moins é y ai.

Plus tu vas aux vignes, moins il y a. Saint Rachet, c*est saint Martin le petit. Un racket est un enfant malingre et chétif, rabougri, comme celui qui a été atteint de rdche, de teigne, dans son bas âge.

Ces noms de saints mis en avant et accolés pour ainsi dire à des observations météorologiques, les gravent mieux dans la mémoire. C'est une association qui perpétue les unes par les autres.

Eau à la Saint-Jean ôte le vin Et ne donne pas de pain.

De Saint-Jean la pluie Fait noisettes pourries.

Plaie à la Saint-Jean Enlève noisettes et glands.

Saint Jacques (25 juillet) pluvieux Les glands malheureux.

A la Sainte-Pétronille (3i mai), s'il fait beau temps, Les vignerons sont contents.

Geoiu'geot (saint Georges), Marquot (saint Marc), Philippot (saint Philippe), Crousot (Sainte-Croix) Et Jeannot (saint Jean)

Sont cinq mailins gaichenots (malins garçons) Que cassant souvent noues goubelots (cassent nos verres).

11 j a cinq chevaliers fort à craindre, Georget, Marquet, Philippet, Croiset et Jeannet. [Trait, prud,)

A la Saint-Urbain (25 mai) 11 ne gèle plus ni pain ni vin.

La Sainte-Catherine (25 novembre) Amène to^jours la vouélhiae.

« C*est, dit M. Le Roux de Lincy, dans le patois de Franche- Comté, les frimas, la neige. » {Prov, fr., t. I, p. 119.) Je n*ai connaissance ni du dicton ni du mot.

A la Saint-Vincent (22 janyier)

L'hiver se rompt ou se reprend

Tout dégèle ou tout fend

L'hiyer perd ses dents Ou il les reprend

Saint Mathias (24 féyrier) s'il troiiye de la glaee, il la casse; s'il n'en trouve pas, il en fait.

En Picardie, on dit :

Saint Mathiache Casse la glache. (Prov. picarde.)

Ailleiirs, c*est saint Julien :

Saint Julien brise glace ; S'il ne la brise, il l'embrasse. {Prov. fr., t. I, p. 123.)

Quand il pleut le premier dimanche du Carême, il pleut tous les dimanches de Tannée. (Pesmes.)

Quand il pleut à la Trinité, il pleut tous les dimanches de l'année. (Besançon.)

Quand le vent court le dimanche du Piconé C'est le vent toute Tannée.

C'est toujours du vent du midi qu'il est ici question ; ia bise en Franche-Comté n'étant pas un vent, mais un air,

auret.

Ou airait toute Tannaie

L'ouret d'aivant Maitenaie.

On aura toute Tannée Pair qu'il fait avant les Matines.

Le dimanche du Piconé ou des Piquerez était jadis un fameux dimanche coiu'onnant dignement la série des jours carnavalesques. Après vêpres, on brûlait solennellement et

avec des plears Tefâgie du père Mardi-Gras, symbole des joies mondaines ; puis, la nuit venue, on se rendait, après boire dans le bal qu'étaient tenus de donner au public, sous peine de charivari, tous ceux gui s'étaient mariés dans Tannée. Les anciens n'estimaient guère la tempérance; ils se souciaient peu de ménager les transitions et passaient brusquement des orgies du carnaval aux macérations et aux jeûnes du Carême.

S'il pleut le jour de Saint-Médard (8 juin),

Le tiers des biens est au hasard

Il pleuvra quarante jours plus tard ; A moins que la Saint-Bamabé Ne vienne à lui couper le nez.

Car

S'il fait beau à l'heure où saint Barnabe s'est noyé, ce que saint Médard a fait, saint Barnabe le défait.

Ou bien encore :

S'il fait beau à la Saint-GeiTais (49 juin), Le temps se remet.

La cause de la popularité de ces saints défunts n'est pas toujours facile à découvrir. En raison du goût bien prononcé des anciens pour les jeux de mots, j'ai cru qu'on avait proclamé saint Médard l'apôtre de la pluie, parce qu'il disait souvent Noyon dans ses prières, étant évêque de cette ville. On raconte au village la légende qui donna lieu à ce proverbe tout français.

Médard, avant d'être évêque et saint, était un faucheur de profession.

Un jour il s'en vint à Taube pour faucher un pré si grand, si grand , qu'un bon faucheur ordinaire ne l'aurait pas fauché dans une semaine.

Le maître du pré raccompagnait.

« Nous n'avons que ça, bourgeois, dit Médard, à faucher pour aujourd'hui?

» Non, répond l'autre. Tiens au fait, quand tu auras fini, tu faucheras encore la belle chénevière que voilà, ajouta-til en haussant les épaules.

» C'est-bien 1 »

Quand la seiTante vint au pré, pour apporter le déjeuner du faucheur, elle le vit assis qui embaitait mélancoliquement sa faulx. « Oh! oh! pensa-t-elle, voilà un étrange ouvrier qui passe ainsi quatre heures à marteler son outil. S'il en perd autant pour l'aiguiser, la besogne n'ira pas vite I »

A midi^ comme elle apportait au faucheur son repas, elle le vit debout qui commençait d'aiguiser sa faulx.

Elle revint encore vers les quatre heures, avec le maitre. Je crois que Médard allait mettre la faulx au pré.

« Ah! gueux, cria le maitre avec colère I triple gueux!

» Calmez-vous, répondit Médard, l'herbe est certes plus facile à faucher qu'à bien récolter. »

Et le soir, en effet, à l'heure de souper, Médard avait fini sa tâche, ayant fauché la prairie et la belle chénevière du maitre par-dessus. Puis il advint que la pluie dès ce moment ne cessa de tomber pendant six semaines, et que l'herbe fauchée pourrit sur place.

Et voilà comment les pluies de la Saint-Médard arrivent de temps en temps pour nous apprendre qu'il est plus facile de faucher l'herbe que de la faire sécher.

Le temps du premier jour des Rogations sera celui des foins ; le temps du deuxième, des moissons ; le temps du troisième, des yendanges.

Quand il pleut à TAscension, 11 manque d'eau à la saison.

Pentecôte humide, Noël splendide.

Sainte-Ânne (26 juillet) tous les ans fait ses orrales.

Orvale, orvaKum, mot de la basse latinité gui parait appartenir à la province de Franche-Comté. C'est un ouragan.

Il a beau pleuvoir, l'été de la Saint-Martin se fait toujours.

Saint Martin fait toujours du foin pour son âne.

Explique qui pourra les présages qui vont suivre :

11 n'y a pas plus de dimanches sans chaud Que de dimanches sans Credo,

Le vendredi aimerait mieux crever Qu'aux autres jours ressembler.

Il n'y a si peut (si laid) samedi Qui n'ait son soleil à midi.

Celui qui a le pain bénit à Pâques doit une âme à Dieu ou une brebis au loup.

n faut ôter le fumier de l'écurie la veiUe de Noél pour que les bétes ne soient pas boiteuses de Tannée.

il faut nettoyer les poules à carnaval , pour qu'elles n'aient pas de vermine.

Il faut danser â carnaval , pour faire venir du grand chanvre.

Quand on travaille le jour de carnaval, les rats mangent l'ouvrage, parce qu'il est gras. [Traité de la pnid., p. 323.]

Cela se dit encore aujourd'hui.

Celui qui fait la bue (lessive) aux Rogations, Sera au lit pour les moissons.

Si on fait la lessive dans la grande semaine (la semaine sainte), on doit un luminaire au curé ou une brebis au loup.

Si l'on fait la lessive dans la semaine de la Toussaint, on bue (lessive) son suaire.

Quand Noël tombe un vendredi, il y a beaucoup de chiens enragés dans Tannée.

Si tu vas chez ton voisin à Noël, ton écuelle se fendra.

C'était au bon temps des écuelles de bois ornées d'anses.

Ceux qui ne filent pas leurs étoupes à Noël, s'en repentent après,

parce que, à partir de Noël, les soirées vont diminuant,

et qu'on n'a plus le temps de filer.

Ceux qui sèment le chanvre aux Rogations Le tirent aicreboton (accroupis),

tant il est petit.

Si tu sèmes à la Saint-Bruno (6 octobre), Ton blé sera abruné (charbonné).

Le brun est une maladie charbonneuse du grain.

Quand on sème à la Saint-Léger (2 octobre), Le blé est léger.

Sème au jour de la Saint-François (4 octobre), Et ton blé aura du poids.

Ne sème pas au jour de saint Léger, Si tu ne veux du blé léger; Mais sème au jour de saint François, n te viendra grain qui aura du poids.

(Ann. Soc. hi$t, de Francef 1847.)

§ 3. — Présaii^efii Uvém des animaux.

On suppose assez volontiers dans le peuple que les bêtes sont douées d'un naturel prophétique qui les avise de bien des choses.

Sans doute la Providence n*a pas voulu priver de la rai-

— i8 — son ces pauvres créatures, sans les doter d'instincts particuliers qui leur en pussent tenir lieu. Si elle ne leur a pas donné dlnventer des baromètres ni de s'en servir, par contre elle leur a fait des sens d'une délicatesse trèsgrande.

Les animaux ont tous, par exemple, plus ou moins le pressentiment des variations atmosphériques. Et on a fondé chez nous, là-dessus, des baromètres peu coûteux et de facile confection. On met dans un bocal à demi plein d'eau une espèce de raine ou grenouille, rana arborea^ une reneuselle, avec une petite échelle; et cet amphibie, cent fois plus intéressant que les petits poissons rouges dont il partage le triste sort, monte ou descend les échelons de son bocal, suivant qu'il doit faire beau ou mauvais temps.

Si la pluie est prochaine, si le temps veut changer, comme on dit en Comté, on voit la courtilière sortir de terre et vaguer hors de son trou ; les abeiUes, de grand matin, se pressent à la cueillette, sortant et rentrant avec précipitation et en tumulte ; l'araignée raffermit les attaches de son filet ; l'hirondelle, dans son vol, rase la terre ou la surface de l'eau ; la volaille se gratte ; le canard se baigne et s'éclabousse avec des cris ; les moutons bondissent comme

des collines.

Tous ces faits, étant journaliers, n'ont pas besoin d'être formulés en proverbes pour qu'on s'en souvienne.

Abeille. Quand las mouchottes pouthiant envie EUes s'en vant de pidie.

Si on médit d'elles, si on les regarde de travers, elles dépérissent. On les fait bénir aux Rogations par le prêtre ; on les met en deuil quand il est mort quelqu'un de la maison, etc.

Araignée. Araignée du matin, Chagrin; Araignée du soir, Espoir;

Araignée du midi, Souci;

Araignée de la nuit, Profit.

Caille, Autant de fois la caille chante.

Autant de francs vaudra le froment.

Autant de fois la caille chante, autant de gerbes pour une mesure de blé.

Chat La mort d'un chat présage la décadence de la maison.

Chouette. Quand on entend lai choue (chouette), Ç'o signe de moue (mort);

aussi on la tue sans pitié et on vous la doue aux portes. Le corps de la chouette ainsi clouée écarte les fâcheux présages.

Coccinelle. Vole, vole, mairichô (coccinelle ou bête du bon Dieu), Va dire au bon Dieu qu'il fasse chaud.

Vole, vole, marichô, du côté où je me marierai.

Et la direction de son vol indigue celle du lieu où Ton doit chercher sa moitié.

Coq. Quand le coq pleure, c'est signe de mort dans la maison.

Quand une poule chante le coq, elle chante sa mort ou celle de son maître.

On la tue pour conjurer le présage.

Poule qui chante et coq qui danse Méritent la potence.

Ces proverbes pourraient bien être une altération de ce proverbe parabolique très-ancien : Quand la poule chante

pltis haut que le coq il faut la mettre au pot; ce qui veut dire que, quand une femme parle trop, il faut la mettre à la raison.

CwndlU. Compare Laviron,

Las couneils sont sa loa mont \ Eiran le bec yirie su le Doubs, Compare, i airan du moû.

Si elles regardent la rivière, c'est signe de pluie.

Le retour du coucou dans nos bois nous annonce Tavènement de la belle saison : c'est le moment du patchi fouBj du partir dehors.

On dit à la dernière neige :

Comou. C'est la neige du coucou.

Entre mars et aivri (avril) Chante, coucou, si t*é vi (si tu vis).

S'il ne chante pas au premè d'aivri, El a moue ou el a pris (il est mort ou pris).

Le coucou n'apparaît qu'à la fin d'avril dans les Alpes et le haut Jura.

Celui qui entend le coucou chanter pour la première fois et qui n'a pas d'argent dans sa poche, n'en n*aura pas de toute l'année.

Cela se dit aussi dans le canton de Genève. {Alm, de Genève, 1861.) En effet, la saison d'été est la saison exclusive du travail. Au printemps, on doit avoir réalisé la vente de toutes ses denrées et tenir ses écus en poche.

Pour n'avoir pas mal au dos dans Tannée, il faut se rouler quand on entend le coucou chanter pour la première fois.

Quand le coucou chante et que le soleil lu (luit), Las chemins sont toue rassu (sont bientôt secs).

Les enfants récrient joyeusement le coucou quand ils Taperçoivent de loin.

Coucou Bolottou ;

Coucou bâta (bâtard), Coucou das pras (des prés), Coucou des vignes, coucou des champs, Combien veux-je encore vivre d'ans.

Regarde voir en ton grand livre Combien d'ans j'ai encore à vivre.

On rappelle bolottou parce que, comme la belette, il mange les œufs dans les nids ; et bâta (bâtard) parce qu'il est couvé, non par ses parents, mais par des fauvettes.

Un coucou, dit-on, ne peut pas couver, parce que les battements de son cœur Ten empêchent.

Une fois que l'avoine est épiée (en épis), Tu n'entends plus le coucou chanter.

Couriiliére. Dans une vigne, il faut lever sept fois son crochet pour la laisser passer, la courtilière; et, dans un champ, on doit arrêter sept fois sa charrue pour la tuer.

Quand on voit enne herté (courtilière) dans un champ, elle airate quaitre bue (elle arrête quatre bœufs).

(Lisle- sur-le-Doubs.)

Hirondelle. Quand l'hirondelle fait son nid, Ne cherchons plus d'abri.

Pie. Quand vous commettez un délit dans une forêt, si une pie

vous apparaît, le garde vous prendra.

La pie crie quand elle voit quelqu'un dans un fourré, et elle attire le garde par ses cris.

Y ai enne aiguesse (pie) Qu'à su lai rèche (qui est sur la roche) , Que crie : brécu, frécu I Lève lai queusse et t'en fu (lève la cuisse et te sauve).

§ 5. — Les sifl^nes do temps.

On a inventé des instruments de physique pour indiquer les mutations du temps ; et, comme ces instruments sont à la portée de toutes les bourses, chacun peut les consulter le matin en s'habillant pour sortir. C'est sans doute à cause de cela qu'on négUge tant, à l'heure qu'il est, l'étude des signes par lesquels la nature nous annonce les variations atmosphériques. Le baromètre a passé dans nos mœurs : il nous a positivement déshabitués d'observer.

L'homme des champs est muni d'une quantité de bonnes remarques dont l'application journaUère l'édaire aussi sûrement que toutes nos machines d'opticien, sans compter une foule de vieilles maximes que je voudrais savoii' toutes.

Rougeu du maitin (matin) Fan virie las melin (font tourner les moulins). Las rougeu du souet (soir) Fan soichie las touets (font sécher les toits).

Arc-en-ciel du matin.

Plaie sans fin ; Arc-en-ciel du soir, U faut voir.

Il faut voir, en effet, car en Franche-Comté nous avons à cet égard deux opinions radicalement opposées.

I/arc-en-ciel du souet (soir) Rassue las gouillets* (dessèche les flaques). (Besançon.)

* On appeUe gouilleU, en Comté, les flaques des grands chemins, d'où quelques-uns font dériver le mot de gouiUandj gouillander, qu'on y applique aux ivrognes, aux gens qui se vautrent/Suivant M. Dartois

Çon-dé ^ lou souet (arc-en-ciel le soir) Lou maitin lai goutte au touet (an toit). (Faucoguey.)

Après la gelée La lavée.

La mère manquerait plutôt à son enfant Que la plaie au gi-blanc (à la gelée blanche).

On retrouve dans un vieux proverbe français une variante de rétrange comparaison employée dans notre dicton franc-coiHtois.

La gelée ne faut au grésil Non plus que le père au fils.

Tonnerre du matin se répète le soir.

Au commencement ou à la fin La lune rousse a du poison et venin.

Quand elle vient comme un lion , elle s'en retourne comme un mouton ; quand elle vient comme un mouton, elle s'en retourne comme un lion.

La pluie du matin N'arrête pas le pèleiin. (Ubique.)

Pluie du matin n'est pas journée.

Pluie de midi finit journée.

Grand vent, grande pluie.

(Mém. acad. de Bes.J, le mot gouilland viendrait de goliardus, bouffon, ou du limousin gooûlan, fainéant. Quant au mot de gouillet lui-môme, M. Dartois le rattache au bas breton poull, poulled. M. Charles Toubin, Mém. Soc, d'ém. du Doubs, 1868, p. 185), croit, et je suis de son avis, que gouillet est un diminutif de gour, gorge, gurges,

1 Çon-dé est un mot composé singulièrement altéré. L'arc- en-ciel est dit, dans certains pays, couronne ou roue de saint Bernard ; ailleurs, dans Tarrondissement de Lure, arc ou arçon de saint Del. Saint Del était un abbé de Lure. On dit donc : ouaichon saint Del, ochon saint Dé, ouaichon-dé, ouchon-dé, ochon^é, chondé et çon-dé d'un village à Tautre. (Dartois, Mém, ac€ui, de Bes.)

fond d'un tiroir, d'où il n'est tiré que dans les circonstances les plus graves. On Tallume pour en bénir les fiancés avant la cérémonie du mariage religieux; on l'allume pour éclairer l'administration des derniers sacrements aux moribonds ; on l'allume encore quand il s'agit de conjiirer la tempête, d'éloigner un orage ou d'introduire du gros bétail à l'écurie. Le cierge est donc le symbole du respect qu'on a pour les traditions pieuses de la famille.

Après la cérémonie nuptiale, le père de famille portant, le cierge, en bénissait les jeunes mariés, auxquels il disait pour leur porter bonheur :

Multipliez comme les oiseaux dans l'air, Ou comme les poissons dans la mer.

Et, comme nous l'avons dit plus haut (§ 2), le jour de la Chandeleur les parents en bénissaient lem*s enfants et leurs domestiques après la messe, d'où chacun tenait à rapporter son cierge tout allumé à la maison, car l'oracle dit :

Celui qui le rapporte allumé our sûr ne meurt pas dans l'année.

Pour sûr ne

A la campagne, chaque ménage tient à son cierge. Quand il est usé, on en rachète un plus lourd, afin de conjmer le présage et d'éviter la décadence de son.ow/aw.

Il serait trop long et trop fastidieux surtout de recueillir les naille superstitions des villages ou du vieux temps. Ce sont au reste cmiosités dont on rit maintenant. Je me contenterai de rapporter les plus remarquables, celles qui ont cours à peu près dans toute la Franche-Comté.

Si quelqu'un boit dans ton verre, il connaîtra tes secrets.

Celui qui renverse du sel sera obligé de le venir ramasser avec une fourche après sa mort.

Si une fille remue la salade, chaque feuille qui tombe retarde sod mariage d'une année.

Quand un ménage bâtit, il perd un de ses membres dans l'année.

Quand un avare devient prodigue (ou réciproquement), c'est que la mort le charroie (le mène).

Quand las sales faisant lai bue (lessive), Le ciel tramue * (se couvre) ; Et quand las autres lai laivant, E fa bé temps, (Broye-les-Pesmes, Uaute*Saône.)

Vieux qui veille et jeune qui dort C'est signe de mort. (Ubique.)

Le jeune en dormant se guérit Et le vieux finit. (Oudin, Prot). espaçpMls, p. 72.)

Celui des mariés qui monte au Ut le premier mourra aussi le premier. (Pin-l'Emagny.)

Quaad vous voyez un klà (feu follet), c'est une âme du purgatoire qui demande une répai^tion.

On croit en Comté que c'est Tâme d'un défunt qui, de son vivant, a déplacé les bornes d'un héritage. Cette ftme expie sa faute jusqu^à ce que le méfait ait été réparé, et elle revient pour inviter ses proches et ses amis à faire la réparation au plus vite.

Si vous lui criez :

Klâlklâl (oukeulâî) AkeulG ou ékeule moi, i t'akeulerâ (je t'écraserai),

VOUS l'irritez, et le feu follet vous poursuit et vous brûle. Si vous lui criez au contraire :

Klâ I klâ !

Merque (marque), i boûnerâ (je bornerai).

1 Je ne connnais ce mot patois que par notre proverbe.

c*est*à-dire Je reporterai les bornes où tu marqueras, vous rendez cette âme heureuse.

On ne croit pas à ces choses^ mais on les raconte aux veillées, pour faire peur aux enfants. On n'y croit pas plus qu'au fameux oracle de Sornay.

Sornay, sur TOgnon, possède une petite chapelle un peu écartée du village et dédiée à la Vierge-Mère. C'est cette bonne Vierge, dont l'image apparaît au fond ornée des couleiu*s nationales les plus vives, que les amoureux du pays viennent consulter le soir, entre chien et loup, en récitant cette antique formule :

Sainte Vierge Mairie, Aussi bianche que du paipie (papier), Aussi douce que du mie (miel), Faut-te le prenre ou le lassie (faut-il le prendre ou le laisser)?

Et la madone répond, dit-on, par un hochement de tête qu'on interprète ad libitum.

On raconte que d'aucuns jadis ont falsifié l'orade, comme ce marmouset qui s'était un jour faufilé sous l'autel , derrière la nappe, au moment où une pauvre vieille de Montagney faisait sa prière. Comme cette vieille avait mangé de bons pois au lard avec une écttellotte de vin sucré qui l'avait toute ragaillardie, elle disait :

Sainte Mairie, beillà me quéquefouet (quelquefois) Du là, das ppuets (du lard, des pois), Du Yin tous las jous (du vin tous les jours) ;

et comme elle entendit l'enfant qui lui répondait :

Tu aire quéquefouet Du là, das pouetS) Mais du vin, jaimâ (jamais);

elle répUgtia soudain : Coise-te, naiquâ^l lasse pailâ tai

mère y qu'o pu veille que toi Tais-toi, morveux; laissé

parler ta mère, qui est plus vieille que toi.

Cette anecdote est racontée plus au long dans VAlmanach provençal. Mais elle est si populaire ehez nous que j*ai cru pouvoir la relater dans ce petit recueil.

C'est qu'il entend la cloche de saint Médard, dit-on d*un gueux qui est triste.

Saint Médard avait une belle vache que des voisins lui dérobèrent pendant la nuit. Mais cette vache portait au cou, ce que les voleurs ne savaient pas, une petite cloche fée qui tintait sans cesse. Contrariés par le bruit de cette clochette, nos voleurs Tarrachent et la brisent. Le tintement n'en continue pas moins de se faire entendre jusqu'à ce que les voleurs aient restitué la vache et obtenu de saint Médard leur pardon.

Ce fait est rapporté un peu différemment dans les Fleurs des Vies des Saints, par le R. P. Ribadéneira, de la Compagnie de Jésus, tournées de l'espagnol en français par René Gauthier, angevin, 4609. Ouvrage curieux.

Cette clochette était fée , c'est-à-dire qu'une bonne fée s'était logée dedans.

Les bonnes fées se font entendre comme cela dans plus d'une circonstance.

^ « Quant au parlement, si bientôt on ne lui donne un président qui » sache lui tenir la bride qui convient, la plupart de ceux qui le corn- » posent deTiendront une troupe de fiaquets et de vade-^ecum. ]^

(Papiers de Granvelle.J

Naquet, homme de peu d'importance. Littéralement, morveux,

Naiquâ, ou naquai, ou nagu4, veut dire celui qui a la morve au tiet : Mouche-te, naiqud /...

Naique ou naque, morve.

Nd, nez ; ndrie^ flairer ; rendre, fin, qui a du flair.

A cent pas de la hauteur de Palente, en descendant sur Chalezeule, on voit dans un pré qui avoisine la route une grande pierre plate, presque couchée au ras du sol. Cette pierre est toujours d*une propreté admirable. Elle ne garde point la souillure du pied des passants; la boue et la poussière ne s'y attachent jamais, et la mousse n'y peut pas croître. C'est qu'une main de fée invisible l'essuie tous les jours.

Cette pierre immense recouvre le palais souterrain des fées de la Roche : c'est la pierre aux fées, bien connue à Besancon.

Un jour le père Ramelot, de Palente, labourait un champ voisin avec un petit valet de chaiTue, qui fouettait les bœufs. Il crut entendre qu'on pétrissait dans la grotte aux fées. Puis, il ne tarda pas à humer la bonne odeur du gâteau à la fou\e. Il arrête un moment sa charrue poiu* venir crier par trois fois devant la roche, en ôtant sa caule :

Belle dame, bonne et blanche, Donnez -nous de votre offrande.

Qu'on juge de sa surprise. Quand ils eurent terminé leur sillon, nos deux laboreiirs aperçoivent sur la pierre aux fées une belle nappe blanche, avec un beau gâteau doré et im petit couteau d'argent dessus.

Ils s'empressent de faire honneur au goûter qui leur est servi. Et, le repas fini, ils se remettent à la besogne.

Mais voilà que la roue gauche de leur charrue se mit à gémir d'une étrange façon. A chaque tour qu'elle faisait, elle semblait dire : Rends ce que dois! rends ce que dois! rends ce que dois! Valet, demande le Ramelot, aurais-tu pris quelque chose à ces bonnes fées?— Non, maître, je ne leur ai rien pris.

Pourtant la petite roue ne discontinua sa plainte que lorsque le valet eut avoué son vol et rendu aux bonnes rées le petit couteau d'argent.

On raconte aussi qu*un maraudeur de Thise se rendait dans im champ, avec sa brouette, pour y voler des raves. Il marchait sans avoir Tair de rien, s*écoutant marcher, quand peu à peu la brouette se mit à chanter et à dire trèsdistinctement : Te seré pris! te seré pris! (tu seras prisi). Cette menace n'arrêta pas notre homme, mais elle le rendit plus circonspect. Et ce fut bien heureux pour lui vraiment ; car, comme il était sur le point de charger sa brouette, il vit venir de loin messieurs les gardes et put décamper à temps sans être aperçu. Il s'en revenait, comme bien vous pouvez croire, plus vite qu'il n'était allé. Et sa brouette endiablée criait plus fort, et lui disait : / te Vaivoue dit, que tu seroue pris! i te Vaivoue dit, que tu seroue pris!

Je lisais cette malice dans l'Union franc-comtoise du 11 octobre 1875. Une petite fille passait avec sa mère devant le local occupé par une société révolutionnaire en 179S. « Qu'est-ce donc, mère, que dit cette cloche : Gredin! gredin! gredin! --Ma fille, c'est l'appel nominal. » Ce n'est point ici à coup sûr la voix d'une bonne fée. Une bonne fée n'est entendue que de ceux qu'elle veut corriger et point des autres. Les bonnes fées ne hantent pas les sacristies : ce sont des divinités quasi-païennes.

Quand un pauTre homme s'enrichit dans un village, on dit qu'il baise le cul du bouquin blanc ou qu'il a ime poule noire.

I On n'y connaît que les spéculations occultes. C'est une réminiscence des cérémonies du sabbat, l'homme qui s'enrichit a des relations avec le diable, lequel

— aile paie en maniiaie des soumissions viles qa'il m reçeii

Puisque j*en suis sur le chapitre des croyances supcrsti lieuses, je vais dire les plus répandues en Franche-Comte

On rencontre parfois sui' son chemin un esprit décevant mystifiateur, qu'on connaît dans certaines régions du Midi sous le nom de drap : il faut s'en garer. Il est connu et Franche-Comté sous le nom à' esprit du lieu où il apparaît sous celui de Dame verte ou blanche, etc.

Une légende vous apprendra ce que c'est mieux que \ phraséologie la plus savante.

Par une belle nuit d'automne, le fermier Bernard, le grand père de ceux d'aujourd'hui, s'en revenait de Besançon, oùî avait été vendre ses denrées. Le valet avait ramené la voi ture, et Bernard s'était un peu attardé à causer à table avw des amis. Il faisait un beau clair de lune. En tournant at coin du Pileau, près des Ormes *, Bernard vit sur rherk comme un corps noir immobile. <( Que diantre est-ce qus )) cela, lit-il? On croirait un gros paquet de guenilles » tiens I tiens I c'est un mouton 1 Et c'en est voir un beaul » mai... mai... mai...; » et il s'approche ainsi de la béteei douceur , et vous l'empoignant vivement par les pattes, i la charge sur ses épaules.

Ce mouton était lourd en diable. Et, chose sing-ulîère, mesure que Bernard approchait du village, son fardcai lui semblait plus pesant. Lui, Bernard, qui vo.us auri porté un bœuf comme de rien faire> avait de ce mouton tai

^ Les Ormes, c'est un passage, autrefois très-dangereux, à cinq ou s kilomètres de Besançon, vers Roche. On risquait fort jadis, en y p* sant la nuit^ ^y faire une mauvaise rencontre, aussi l>ittn qu'ai: RqjXQ^nières ou au Tordcol, qu'aux com]t>ea d'Huche, ^u Paiar, dJ Miserere, des Conôtemini, des Sanglots , etc., tous lieux fameux e Franche-Comté et remplis d^histoires dramatiques.

qu'il pouvait porter. Quand il fut près de là croix qui eêt avant â*arriver aux premières maisons \ il n'en pouvait déjà plus. Il était en nage ; ses reins pliaient. Brisé, ii vous lance à terre la maudite bête : a Diale sés^e (diable sois^tu, » juron familier du paysan), dit-il ; tu es trop lourd pour » un mouton ! — Et qui t'a si bien dit mon nom, Ût en se » sauvant le mouton noir ? »

C'était le diable en personne.

Un dimanche soir le tisserand Jean Paulet revenait de Roche avec un gros paquet de fil d'étoupes au bout de son bâton. Il avait bu avec des pratiques un peu plus tard quil ne fallait, et il n'était sorti du village qu'à la nuit noire. Comme il marchait en causant tout seul, suivant sa coutume, surtout quand il a bu, il entendit une voix plaintive qui semblait l'appeler : Eh! Jean Paulet! Jean Paulet!

Le tisserand s'arrêta ; puis, croyant avoir mal entendu, il se remit en route, car il avait hâte de rentrer chez lui. Mais la même voix reprit encore : Jean Paulet! Jean Paulet! Jean Paulet quitte alors le grand chemin et se dirige où l'on appelle. Le voilà qui va tratelant (titubant) cahin caha, trébuchant à toutes les mottes et le fll dansant au bout de son bâton, comme il fallait voir. S'il s'arrêtait, la voix plaintive redisait encore : Eh! Jean Paulet! Jean Paulet! Si bien que le tieserand impatienté lui crie : A la fin, braillard maudit ^ que me veux-tu ? — Jean Paulet! Jean Poulet! Et le pauvre Jean Paulet marcha tant que la nuit fut longue, égart par cet esprit qu'il ne put ni joindre ni seulement apercevoir. Le lundi matin,* un laboureur de

^ Chaque avenue d^un village avait une croix qui servait de bdrne ou de bftwièpe ai village.

Roche rencontra dans les champs de la Yaivre mon Jean Paulet qui dormait comme un bienheureux, la tête sur son paquet d*étoupes.

Ce crieur invisible, c'est la Dame verte.

Le diable le plus populaire de nos pays, c'est le foultot, fouloutot ou chauche-vieille^.

Je ne veux rien savoir de ce qu'ont dit du foultot Nodier et d'autres écrivains francs-comtois, plus inventeurs que réalistes. Conteurs charmants, ils ont voulu enjoliver leurs créations, pour plaire au lecteur. Moi, je veux rester populaire, trivial, si Ton veut, mais vrai.

Voyez-vous d'ici un petit lutin freguille-poussot , à la mine éveillée, sautillant et vif comme un écureuil, g^and comme rien, gros à l'avenant, la tête, une vraie tête d'enfant, ornée plutôt que couverte, d'un petit colurot rouge : c'est l'enfant fée, c'est le farfadet, c'est le foultot. Il saute par les trous du grenier; il grimpe et descend par les cheminées ; il entre par les chattières ; il se glisse par des fissm'es incroyablement petites : il passe partout, quoi. Il court la nuit sur les râteliers et les crèches ; il fouille dans le coffre à serrer l'avoine, dont il régale à foison ses bêtes favorites, qui sont grasses et qui ont le poil luisant, pendant qu'il en prive les autres. Il noue la crinière ou la queue des chevaux, pour s'y faire des balançoires. Il perd ou cache la courgie (le fouet), embrouille les rênes, égare les harnais, etc., pour faire endêver (enrager) les paysans.

Il n'est pas de sottise que ce lutin n'imagine pour tourmenter la nuit les pauvres diables qu'il prend en grippe,

^ Chaucher, c'est oppresser, serrer la poitrine, cauchemarder.

particulièrement les gens qui n'ont pas de tête ou qui boivent un coup.

Pourtant, quand on se montre résolu, on finit par le mettre à la raison.

Il chauchait tous les soirs le père Clairet, Dieu le mette en paix dans son saint paradis ! Le père Clairet imagina donc, au respect que je vous dois, d'embrener son loquet et la chattière par laquelle le diablotin passait. Pouih! Pouihl fit le foultot sm* le seuil. Il entra quand même et chaucha le vieux bonhomme ce soir là comme d'habitude

Le père Clairet résolut de faire coucher à ses côtés son bon chien Pille-Pille. Et quand Pille-Pille entendit greviller, excité par son maître, il gronda d'abord ; puis, sautant à bas du lit, il se lança crânement sur le lutin chauchem', qui disparut sans demander son rçste

Le jour d'après, le foultot revint encore, mettant la tête à la chattière : Ton clan Pille-Pille o té iqui (est-il ici)? demanda-t-il au vieux Clairet. — Voué; viens t'y faire mordre, Qsi! Pille-Pille, attrape? le foultot disparut. — Et ce fut fini. Le père Clairet nous l'a racontée cent fois, Dieu le mette en paix !

Quelquefois, le folâtre garnement tourbillonne à travers les champs de blé, culbute les paniers, bouscule et renverse les meules (gerbes empilées), éparpille les javelles. On s'en amuse ; et quand il fait touffe * et que les moissonneuses voient venir à elles le petit troubillot (pour tourbillot) ondulant les guérets, elles l'appellent et lui crient gaiement :

Air (zéphir) des moissons, Fourre-toi sous mes cotillons !

il fait si chaud I * Le vieux mot français touffeur serait précieux à conserver.

Quoi qu'il en soit, il ne faut pa» trop rir^ de ce uabod si guilleret. Il tient du diable, à n'en pas douter, conun^ on

va vous en donner la preuve.

La Jâquotte Prenant, gui est morte depuis l)ieii des années, s*en allait un jour au moulin porter sa mouture. On allait ainsi au moulin dans le vieux temps , pour y faire moudre ime mesure : les meuniers étaient si voleurs! A deux pas de son chemin, elle aperçut à gauche, sous les branches d'un buisson à'itserolle^ un linge avec un petit enfant dessus. « Bien sûr,'pensa-t-elle, c'est une gaupe à » soldats qui aura déposé là cette poûre angeotte! » La bonne femme posa donc son sachot de mouture par terre, derrière le buisson ; et, après avoir roulé l'enfant dans son tablier, elle rentra dans sa çadaule. La pauvre petite créature du bon Dieu devait avoir faim. La Jâquotte, dajus un vire-main^ eut fait réchauffer le paipai ^ dans une écuelle. Puis, au moment de donner la première becquée, avec la petite cuillère de buis, en bonne chrétienne qu'elle était,

elle fit un signe de croix Patatras 1 le fouitot, car c'était

lui, s'élance comme un chat eflarouché par le manteau de la cheminée, et, se posant debout sur un quartier de lard, il crie à la Jâquotte avec un ricanement de colère :

^ Le paipai était uue l^ouiUie de farine et de lait, mêlée à du millet (meillot ou pW). Ce mets était très-estimé autrefois en Franche-Comté, où le millet était très-cultiré. Les gamins, en jouant, pilent le millet dans nos rues en se renversant alternativement dos contre dos et en disant :

Pilez les grus, Je n'en peux plus.

Pilez le plâ, Je n*en peux ma (maia) !

Te le maingeré, ton paipouiot (fou écuelle de paipai), Porte-fouloutot (porte -foultot, terme injurieux) Laisse-saichot!

Avec un signe de croix, on évite les sui'prises du diable. Une autre croyanod, c'eàt que

il faut mettre au moulin à la lune ronde pour que le

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