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ÉCONOMIE DOMESTIQUE

§ 7. — Conseils relatifs à. la profession.

S'agit-il d'embrasser une profession? les proverbes vous laissent tout l'embarras du choix. Le vulgaire semble animé d'un positivisme grossier, et n'avoir de préférence que pour le lucre.

Toas les métiers sont bons.

il faut toute sorte de gens pour faire un monde.

Il n'y a pas de sot métier ; il n*y a que de sottes gens.

Il n'y a de sot état que celui qui laisse son maître mourir de faim.

Enne bonne hoùlerie (fabrique d'huile) Vaut enne seigneurie.

Pourtant :

C'est un mauvais métier que celui qui fait honte ou peur à son msdtre,

conune la contrebande.

Achetez vigne plantée et maison bâtie.

La vigne paie le champ .

La vigne achète prés et champs.

Le voiturage n'enrichit pas les labom^eurs :

la -fpaîn manrvA Ia 4^i«ain

Le train mange le train

Charroi gagné Charroi dépensé.

Le maquignonnage non plus :

A courir foires et marchés, Un qui gagne et cent ruinés.

Bon marché n'emplit pas la bourse.

Douze métiers, treize misères.

C'est pour dire qu'on ne gagne pas à changer trop souvent de profession.

Il y a deux genres d'occupation que les paysans mépriseni tout particulièrement. Par exemple, ils ont en maigre estime tous ces artistes hâbleurs et un peu fripox&ft, qui font métier d'amuser la foule ; ils estiment m<:HnB encore les braconniers fainéants, dont les habitudes nocturaet leur sont à bon droit suspectes.

Qui bien chante et qui bien danse Fait un métier qui peu avance.

Courte chemise et long jupon, C'est la femme d'un joueur de violon.

Voilà ce qu'à la campagne on pense des premiers ; et voici ce qu'on dit des autres :

Chaissoux (chasseurs), pauchoux (pêcheurs), Haibits dreilloux (habits en loques).

Pauchoux (pêcheurs), Pouilloux (pouilleux); Ghaissoux (chasseurs), Dreilloax (guenilleux).

M faut sept chasseurs pour eu laisser mourir un de faim. A la porte d'un chasseur, il n'y a jamais grand fumier.

Qui va à la chasse Perd sa place ; (Ubiqu*.)

et finalement :

La chasse Amène la besace.

Pourtaat, j'ai entendu citer quèlquefoia des proverbes qui intéressent d'autres occupations que les agricoles. Ou dit:

Pèche de bise, chasse de rent.

Le vent engraisse le gibier.

La remise du perdreau Est la mort du levreau.

lit OÙ la perdrix se remise, U lièvre giW : leur pâturage est le même.

Veux-tii bien tirer?

Apprète-toi à priser,

c'est-à-dire ne te presse pas.

Beaucoup de poudre et peu de plomb Amènent le gibier à la maison.

Lièvre en cul, Perdrix en tète, plomb perdu.

Pour un pêcheur,

Il faut qu'il se gare du veut, du chien et de la langue d'une femme;

tout cela éloigne les poissons, qui ont louïe iine.

§ 8. — Précepte» ac^^ioales.

11 n'y a de proverbes vraiment nationaux que les proverbes agricoles. L'homme du pays, le paysan, seul est fixé au sol natal, dont il conserve et perpétue les traditions. Il y a en effet, dans les autres professions, un échange incessant et presque nécessaire d'idées et de sentiments ; et les maximes relatives à ces professions -là sont, on peut le

Ai lai Saittte-Ogothe (Sainte-Agathe) Leii o^ttté &i lai veignotte.

On peut tailler la vigne.

Taille loue, taille ta, N'y ai té taille que taille de ma (mars).

Quand tu vois la (auvette Sarcle ta navette.

Il faut passer trois fois son doigt autour d'un pied de turquie pour qu'il remplisse une écueîle.

11 faut sarcler le turquie avec soin et bien en dégager la

tige.

A la Saint-Barnabe La faulz au pré.

Ai lai Saint-Médâ Lai faulx au prâ.

Mois de juillet La faucille au poignet.

Passé la Saint- Laurent, Rentre tes regains, il est temps.

11 faut attendre que la Saint-Laurent ait mis lai poile (la peau) au chanvre pour Tarmeher.

Quand le soil (seigle) fleurit, Dans six semaines viens le quéri (chercher).

Quand du blé tu vois Tépi, Dan» six seuMÛGLeft viens i« ^uéid.

A la Sainte-Croix Cueille tes pommes^ abats tes noix.

Ai lai Saint-Renebâ (Renobert) La9 thb ai lai M (leà choux cout^fts).

Plante me toue, plante me ta, Devant mai i ne tresira (je ne pdiiMorai).

C'est la pomme de terre qui patte ww au Jionhomine. Trésir, c'est sortir de terre.

S 9, ^ UhF^v^trhtm mnéniAtoehiitqaes.

Beaucoup de proverbes n'ont pour but «n réalité que de

ûxer dans la mémoire, pai* le moyen d'mie mnémotechnie

facile, la coïncidence de certains faits bons à connaître. Il

font retenir des choses qu'on eût oubliées certainement

sans cela.

Il ne faut pas que février Laisse sans feuilles le groseiller.

Jamais février n'a passé Sans voir le groseiller feuille.

Le mois d*aivri Lasse le soil en épis (laisse le seigle en épis).

Nul aivri Sans épi.

Au mois d aivri Le blé est en épis ; Au mois de mai 11 est en lait;

A la Saint-Urbain (25 Kiai), 11 fait le grain ; A la Saint-Claude, Le froment ôte sai caule (son bonnet).

L'épi sort de sa gaine.

A la Saint-Jean Verjus pendant.

Tant que le raisin est en fleur, il se dresse comme un épi; il retombe en grappe, quand la fécondait»D «st faite : c'est du verjus.

A l'Ascension Les cerises sur le pont.

On répète tous les ans cela à Besançon.

Voici un présage qu'on dit dans toute la Franche-Comté et peut-être bien dans toute Tancienne Gaule.

Pentecoute, Trousse tai coutte, Prends tai coupe, Vai as frases rouges ; Et si tu n'en trouves, Vai t'en vé ton biâ (blé) ; ' Et si tu n'en vois pas d'apiâ, Vai t'en vé ton feu pieurâ. (Besançon.)

Pentecotte Trousse tai cotte, etc.

Vai t'en vé lai grenaie (seigle et colza), Et si tu n'en vois point de grenaie (en graine), Ç'à signe de mâchante annale. (Broye-les-Pesmes.)

Pentecostes, disait-on au xvi* siècle, frezes rouges ou le laboreux s'estonne, (Le Roux de Lincy, Prov. fr.)

Ghandelouset Crapelouset (temps à faire des crêpes.) (Vernierfontaine).

Les crêpes sont une pâtisserie faite dans la poêle, conune les beignets, au temps du carnaval.

C'est à la Saint-Joseph que les oiseaux s'accouplent.

On n*y entend pas malice 1

Entre mai et aivri Tout ousé fâ son nid.

Hormis caille et perdrix.

àivri, Quéque nids ; Ma (mai), Ë sont tout fâ ;

Jun,

Ë sont bin communs;

JuiUet,

Ê sont tout cudllet (cueilUt).

 la Saint-Jean, Tout oiseau perd son chant.

A la Saint-Georges, La caille dans l'orge.

A la Saint-Remy, Tous perdreaux sont perdrix.

Piolet au bois, bécasse au marais.

Le flolet, à Pontarlier, est une petite espèce de bécassine, grosse à peu près comme Talouette. Au pays bas, on l'appelle bécassine sourde.

Dans le Saugeais, on mentionne en un proverbe la durée de la gestation chez quelques animaux domestiques :

Rata (souris), iun (un mois); migna (chat), dô; Japp% (chien), tré; grougna (porc), quatrou.

La forme proverbiale sert à toutes fins.

Voici lai Saint-Simon, Mon gaichon; Aiprotte tai mangeotte.

Mai gaichotte.

A la Saint-Simon, les petits garçons fout aux petites filles des cadeaux de fruits , noix , pommes et noisettes qu'ils ont ramassés dans la saison.

La mangeotte est une petite manche d'étoffe fermée comme un sac et t)ù les enfants conservent leur provision de fruits. Par extension, c'est la provision elle-même.

Ai ché mois Venfant (à six mois) Doit se tenir su sai dan (sur sa nourrice).

Un enfant de six mois qui ne se tient pas assis sur sa nourrice est malade, étigue ou noué.

Dan ne se dit plus guère aujourd'hui que dans ce proverbe. On le voit fréquemment employé par Tauteur des Noëls de Besançon (xvni* siècle).

Un enfant A trois ans Est mi grand.

Il a atteint à cet âge à peu près moitié de la taille qu'il aura étant adulte.

S tO. ~ lie calendrier du vieux laboureur

Grâce à ces procédés de mnémotechnie facile , on savait jadis prévoir sans almanach Tarrivée des saisons.

A' la Saint- Valentin (14 février) Le printemps est prochain.

A la Saint-Michel (29 septembre) La chaleur monte au ciel.

A la Saint-Thomas (21 novembre) Commencement de Thivâ (lûver).

' Quand octobre prend sa Un La Toussaint est le matin.

Saint-André (30 novembre) Fà mois nouvé (nouveau) Trois jours et trois semaines devant Noué (Noël).

Ai lai Saint-Len (1" septembre) Lai lampe au quieu (clou).

On commence les veillées.

S^agisBêit'-il de fixer dans la mémoire l*époqaa des solstices? On se disait par à peu près :

Noël et la Saint- Jean (24 juin) Se partagent l'an.

 la Saint-Jean Les jours les plus grands.

Le plus grand jour de Tété Est le jour de Saint-Barnabe.

Voilà pour le solstice d'été.

Voici pour le solstice d'hiver :

Ai lai Saint-Thomas (21 noTembre) Les jours les plus bas.

Ai lai Saint-Thomas Jou et neu sont airatà (jour et nuit arrêtés);

Us n'augmentent ni ne diminuent.

AWoêl Le soleil Se réveille.

S'agissait-il d'indiquer par à peu près le temps des équinoxes ? On disait :

Ai mé ma (mi-mars) Las jou et la neu sont pâ (égaux) ;

Ëquinoxe du printemps.

Ai lai Saint-Matthieu Toujou fa lai neu (jour égal à la nuit);

Equinoxe d'automne.

Dés Noël à Carême entrant.

Ni Vigiles ni Quatre^-TempB,

Nunc est boudinandum, c'est le temps des ripailles franches I

C*est, comme on le voit, tout un almanach appris par cœur.

Ces proverbes tombent dans l'oubli; ils ne se disent presque plus. Aussi bien nous trouvons aujourd'hui dans les ménages les plus pauvres des calendriers imprimés qui indiquent bien exactement Tépoque des semaiDes, les lunes, les éclipses, etc. A quoi bon se bourrer la cervelle de ces vieilles rengaines du temps passé? Autrefois, à la bonne heure I On n'avait pas le moyen d'acheter des livres, et d'ailleurs on n'aurait su qu'en faire, personne au village ne sachant lire, excepté le curé et un peu son clerc.

Quoi qu'il en soit, ces proverbes avec des noms de saints avaient cela de bon qu'ils fixaient dans la mémoire d'utiles conseils par le moyen de l'association, de l'accouplement bizarre de quelques mots. Ils formaient en quelque sorte le recueil populaire des notions les plus indispensables au cultivateur, recueil qu'on apprenait sans savoir lire et qu'on n'oubliait plus jamais.

S 1 1 • — lies pdi^le» d'un bon marlaipe.

La principale affaire en économie domestique, c'est la femme.

Tant Tant la femme, tant vaut le ménage.

U faut que la poule aide à gratter au coq.

Le coq a beau aicampoillie ; si la poule ramasse , elle remplit le grenier.

Aicampoillie, acampourrer, éparpiller.

Petit gaspillage Ruine grand ménage.

Une femme peut faire sortir par la chatière ce ; qa'an homme ne pourrait pas faire entrer par la porte de grange.

Si tu te maries, prends un râteau, ne prends pas une fourche.

Le râteau sert à ramasser le foin ; la fourche sert à rétendre, n faut prendre une femme d'âge et d'expérience.

vaut mieux tète faite <pie tète à faire,

c'est-à-dire une vieille femme qu'une jeune. En français on aime mieux maison faite et femme à faire. (Dict. prov. par Caillot.)

C'est dans les vieux pots qu'on fait la meilleure soupe.

Jeune femme et pain chaud Sont des ruine-outau.

Jeime femme, bois vert et pain tendre Font bientôt maison à vendre.

leune femme et vieux chevaux Mènent l'homme au tombeau.

Pourtant, il y a mesure à tout.

Ne te marie avec une. fort vieille, car elle te déplairait; ni avec une belle, car elle te tromperait ; ni avec une riche, car elle te contrarierait ; ni avec une pauvre, car ta maison déclinerait.

Une fois mariés, soyez unis.

Battre sa femme, c'est battre sa bourse ^ .

* Tous les ans, au mois de mai, on régalait d'un charivari les hommes ^ avaient battu leurs femmes. — Pourquoi au mois de mai? — U est de tradition que Tautorité doit appartenir aux femmes pendant ce moislà. Donc, pendant huit jours, on les régalait d'un charivari, en faisant le soir, avec des pelles, des chaudrons en guise de tambours, et des tuyaux de poôle en guise de porle-voix, un vacarme odieux, inter-

En tout cas, ne la prenez ni trop belle ni trop jeune.

La beauté ne se mange pas à la cuillère.

Il n'y a si belle chaussure qu'elle ne devienne savate.

11 n'y a pas plus de belles filles sans amourettes que de beaux toupets (monticules) d'herbe sans merde de chien.

Il n'y a pas de samedi sans soleil, ni de belle fille sans amour, ni de vieille femme sans douleur.

Belle femme et gens dreilloux (en loques) Ne manquent pas de raicrechoux (objets qui raccrochent).

Quand on a une belle femme, on n'a pas de beaux cochons. — Pourquoi? — Parce que les cochons, au lieu de manger, s'amusent à la regarder.

La beauté, les agréments, tout passe, et le vice reste.

Au fond, c*est une affaire d^intérêt. L'intérêt prime toute autre considération. La preuve ?

Il vaut mieux dire : laide, allons souper, que de dire : belle, qu'avons nous à souper.

Chez un peuple pareil, la femme n'est plus un ornement. Elle n'est pas même nécessaire au maintien d'un beau type.

 peute (laide) chatte, beaux minons.

Peut trontcho (tronc), bé djachon (beaux rejets).

Et c'est vrai : la femme importe moins qu'on ne le suppose à la beauté d'une race^ laquelle se maintient physique ment belle surtout par les mâles. On a, en Franche-Comté, l'intuition de cette vérité physiologique.

rompu par ces clameurs: Charivari! *- Pour qui? — Pour Jean Vieux f qui a battu sa femme.,. Et le vacarme recommençait. En récompense de cette exécution, les faiseurs de charivaris faisaient la quête par le village, où ils recueillaient des œufs, du vin, du lard.

Terre marie merde et l'argent marie peutes gen». On ne marie jamais de pauvres gens.

Chacun âe fait riche à ce moment-Ià.

Chacpie mariage Chaipie ménage.

H y a écrit sous la queue du chien Que jamais bru ne fera bien.

Il y a écrit sous la <pieue du loup Que jamais gendre ne fera prou.

Tout genre (gendre) et tout bru Sont das gens d'autru (étrangers).

Morte est ma fille, plus rien ne m'est mon gendre.

File, ma bru, Six semaines au même lu (fuseau)!

On dit d'une personne qui coupe le pain d'une main avare qu'elle le coupe comme une belle -mère, qu'elle fait des briques de belle-mère.

Les sentiments, paralt-il, sont réciproques entre alliés :

Amitié de gendre, soleil d'hiver.

Il y a de par le monde des créatures qui vous ont la rage de marier les gens. On les appelle en Franche-Comté des traîne-malheurs.

Quant à l'institution du mariage, voici ce qu'en pensent les pauvres diables :

Qu'est ce que le mariage?

— C'est un sacrement pattu, dreillu, Montrant son cul.

Mendiant son pain Et crevant de faim f

Pattu, de pattes, chiffons. Pattier, chiffonnier : il crie ctmme un pattier.

DreiUu, guenilleux, du mot celtique druil, chifib».

Et pourtaût on se marie toi^ours.

Le mariage?

^ C'est du toutié (gâteau) froillie das deux coûtés, . . ^ Chacun en veut goûté !

Froillie, de froïer, frotter. Vieux français.

La froillie est un mélange d'œufs, de lait, de bemret etc., qu*on étend sur le gâteau au moment de le mettre au four.

On est plutôt marié que bien logé.

Marie toi, ne te marie pas, Pour sûr tu t'en repentiras.

Le populaire est comme Tarlequin, il dit bien des vérités en riant.

C*est après tout la meilleure manière de les dire.

S fit. — Soin» de ménai^ef d'écurie et de baeee oour.

Levain rechû, Levain perdu.

Pâte étendue, PAte perdue.

A la Sainte-Catherine, Autant de levain que de farine ; Ai lai Saint-Médâ (Médard), Toujou aissà (toujours assez).

Il n'y a point de bonne bue Que le cul ne lui pue.

Merde embué (mise en lessive), Merde enguê (multiplie).

Enguër, s'enguër, se propager, dans un mauvais sens. Cette maladie s'engue. (Besançon.) '— D*où peut-Atre en-

geance. — On donne ailleurs à enguër le sens de sentir mauvais. (Broye-les-Pesmes.)

Quand les vignes commencent de varie (varier), On ne peat plus faire de bonne beailiie (lessivage).

Coillot bien lavé, Fumier frisé bien relevé, Indiquent fille à marier.

Le coilloi ou couloir est un ustensile destiné à passer le lait. On met le coillot sécher au grand air, hors de la maison et à la vue des passants.

Le fumier aussi est une enseigne. Il indique si, dans une famille, il y a des filles à marier. C*est pourquoi on Taligne vaniteusement devant sa maison, en le couvrant d*épines pour empêcher les poules d*y gratter.

Quand la béte emporte avec elle le lien, elle emporte le bonheur de la maison.

Yendez-la, mais que ce soit pom* la remplacer.

Autant de pattes, autant de mille,

c'est-à-dire qu'il faut au fermier, pour nourrir son bétail pendant Thiver, autant de mille livres de fourrage qii*il y a de pattes à son écurie.

Ai lai Saint-Ogothe (Agathe), Moitié de ton foin et de lai peillotte (pailler

Pour le deux février, 11 faut avoir moitié de son fourrage au grenier.

Ai lai Saint-Maichie (Michel), I^ mercie (repas de quatre heures) Monte au cie (au ciel).

Les journées devenant courtes, on cesse de donner ce repas au bétail.

Celui qui vend une voiture de fumier Enlève un mille de paille à son grenier.

Petit fumier) Petit grenier.

Beaux chats et gros fumier Dénotent bon fermier.

Longs bœufs et courts cheraux C'est le gain de l'outau.

Ce ne sont pas les grands chevaux Qui labourent les grands journaux.

Jamais cheval jarretier N'a laissé son maître dans le bourbier.

La force d'un cheval est dans son garrot, Et la force du bœuf est dans son jarret.

Le mauvais foin saigne les chevaux, tond les moutons et tire les vaches (les trait).

Faut que vaiche et bue (bœuf) Sint libres dans leut eue (leur cuir).

Quand la queue de la vache dépasse le jarret, Elle donne abondance de lait.

Celui qui veut du mal à son voisin Lui fait acheter un gouri de la Saint-Martin.

Les gouris (petits cochons) d'hiver sont difficiles à élever; ils sont frileux.

Il en est ainsi des agneaux.

Las aigniés du veillin (de l'automne) sont toijgou couélos

(malingres).

Couélo, culot, le dernier du nid, le moins dru, celui qui chie au nid, le chie-^id.

Essaim de mai Vaut vache à lait.

Un essaim de mai Vaut un veau de l'annaie, (Faucognej.)

Lm poules pondent par le bec ;

c'est pour dire qu'il faut bien les nourrir, si Ton veut les faire pondre. Les Espagnols s'expriment ainsi : Serre-lui le poing, et elle te serrera le cul.

Les poussins du mois d'avri (d'avril) Sur la gerbe fout le nid.

Les poussins du mois d'août ' N'ont jamais le darré qniou (derrière clos).

D'autre part^ on dit que :

Les poussins du mois d'aivri Sont toigours rabougris.

S 18. — lie péfl^ime du paysan*

La pauvreté des paysans les rendait jadis parcimonieux et regardants. S'ils cultivaient du froment, c'était pour le vendre, hélas ! et non pom* le manger. Ils laissaient au citadin et au bourgeois le pain de blé, ce pain blanc si bon, qu'on disait de quelqu'im qui tombe d'un état d'aisance dans la misère, qu'il a mangé son pain blanc le premier. Us faisaient usage, pour leur consommation personnelle, d'un mauvais pain noir, lourd et amer, qu'on servait rassis, afin d'en manger moins. Et encore, pour ménager davantage la miche, faisait-on des potées de gros légumes, de gaudes, etc.

On disait aux enfants qui émiettaient par gourmandise du pain dans leurs gaudes, que lepai?i dans les gaudes donne des poux.

On dii^ encore à ceux qui grattaient la croûte du pain

pour en détacher les cendres, qu'il faut avoir mangé trois pénaux de cendres pour aller en paradis, (Le pénal est une ancienne mesure du pays.)

Et quand la fournée avait eu un coup de feu, on la mangeait quand même, parce que le pain brûlé fait chanter clair.

Puis, comme on savait que la jeune femme et le pain chaud sont la ruine d'une maison, on voulait que le pain mis sur la table fût rassis, sous prétexte que

Le pain nouvé Remplit lai pé (la peau).

Quelle plaisante formule I

On nlgnorait pas cependant que le pain doit être léger et troué. Et, disait-on, quand le couteau est nourri ^ le maître ne l'est guère; ce qui signifie qu'un pain glutineux, quessi, qui empâte les couteaux, est un pain mauvais.

Mais autant ces pauvres gens voulaient pour leur bétail des aliments de bonne qualité, autant ils semblaient y tenir peu pour eux-mêmes.

A la faim Tout bon pain.

On n'estimait pas ces estomacs de papier mâché qui se soulèvent pour un rien, pour quelques cheveux dans la soupe.

On ne meurt pas de manger salement.

Pour vivre longtemps, Il faut manger salement.

On n*engraisse pas les cochons avec de Teau claire.

Jamais poil de bique n*a étranglé loup.

Jamais mûrie (charogne) n'a empoisonné loup.

Tottt fait Ventre, Pourvu que ça y entre.

£t dire que malgré cela les Franc-Comtois sont enclins à la bomie chère I

En 1560, un médecin de Lyon, Cbampier, écrivait : (< Estant les autres nations de la Gaule endinées à soy tenir » proprement et bragardement, et user de beaux et riches » habits, les Bourguignons seuls usent de fort modeste n estât et de peu de pompes. Au reste. Ton les dit avoir )> ventre de velotu's, pour raison de bonnes chères. »

Mon Dieu, oui : ces Bourguignons, réputés ventre de velours et si peu enclins à se vêtir bragardement, sont nos dignes aïeux. Car la vanité des Eduens, qui nous ont pris jusqu'à notre nom patronymique, ne saurait se reconnaître à tout cela. On a beau se serrer le ventre, comme on dit, pai* raison d'économie, et ne vivre que de maïs et de miUet, le naturel est là qui survit et qui reparaîtra à la première occasion.

La race comtoise (lisez bourguignonne), énergique et frugale, aime bien la bonne chère.

Pour le ÏQie de la lotte L'homme vend sa culotte.

Pour la moitié d'une lotte La femme trousse sa cotte,

disent les Picards. « Quelque friand que soit ce morceau, ajoute Crapelet, ce proverbe semble le mettre à trop haut prix. » {Priïo. et dict.popuL, p. 119.)

Epu gras meu vire.

Plus la cuisine est grasse, mieux elle descend. Par allusion aux roues d'un char qui tournent (virent) mieux quand elles sont graissées.

Il faut qu'un fou mette de la graisse dans la soupe et qu'un sage y mette du sel.

On a toiyours un boyau de vide pour ses amis.

n faut qu'un soulé (grenier) soit bien plein pour qu'il ne puisse pas y entrer une gerbe.

Lai bonne boute (bôtellerie) fà lou bon souda (soldat);

c'est-à-dire, un homme bien nourri en vaut deux pour le travail t

Une des grandes jouissances du campagnard, c'est de manger. Il mange avec appétit et presque sans relâche trois ou quatre heures de suite. Et quand il entend des citadins dodus lui envier, à lui qui est maigre, sa soupe aux choux, il s'étonne et dit tout bas : En voilà pourtant qui ne sont pas gras de lécher les murs ! C'est qu'il ne croit pas à la tempérance ni à la frugalité des gens riches.

Quand il se rend à la fête, à un boudin, il affûte son couteau. Le couteau d'un gourmand, dit-on, coupe toujours bien. Sans couteau on est très-embarrassé à table. On demandait un jour à un de ces villageois qui avait été d'une noce et qui avait oublié d'apporter son couteau! Ehl laude (Claude), fesà-te bon ai lai noûce? — Mais ouéy pou

ce qu'aivint lote coûté I (Oui, pour ceu^ qui avaient leur

couteau,)

Comme on mange on travaille.

Té bête, té campahie.

Telle bête, telle clochette. On doit proportionner la pitance au travail.

Fort à manger, fort à travailler.

Qui tire bien au râtelier, tire bien à la charrue.

iaima bon bue N'^ rongie ai lu chairinie.

On ne doit pas manger en travaillant.

\ La bonne cuisine est délectable : par malheur, elle coûte bien cher.

Quand la cuisine est trop grasse, le testament sera maigre.

A grasse cuisine Pauvreté est yoisine.

Et pois :

Morceau avalé n'a plus de goût.

\ C est pourquoi, sensuels par tempérament et portés à la bonne chère, nous savons en Comté nous priver par

esprit de conduite et de sage économie Mais c*est de la

vertu, cela I

§ 14. — La maisoo et les habite.

La vanité n'est pas le péché mignon des Franc-Comtois. On dit en France : Propre foyer vaut de l'or. Nos paysans n'ont pas l'air de s'en douter.

Lai remesse (balai) et le tourcbon Ne rapportent pas de pain à la maison.

Vaut mieux bonne panse que belle manche.

Voila le Bourguignon du médecin Champier . On se moque en Comté des personnes mises avec trop de recherche et de luxe, ou logées trop somptueusement.

Ç'o chi Jean Frein, Tout y relu (reluit).

Jean Frelu, d'où freluqicet, est une tête de linotte.

Il est babillé en renard : la peau vaut mieux que la béte. Habits d'or et ventre de son.

S'il se fait si beau, la poues le mégerant (les poux ou les

[porcs le mangeront).

Les anciens Comtois ont dû étayer par de nombreuses maximes, oubliées aujourd'hui, leur saleté traditionnelle. J'ai entendu comparer dans le temps leurs maisons aux cahutes de la Basse-Bretagne, qui ne sont ni moins obscures, ni moins basses, ni moins infectes.

Passe encore d'être sales I mais se moquer des autres !

Aax filles de bonne maison, La chemise passe le cotillon.

On retrouve dans le Ponthieu une variante de ce quolibet :

Al ersane à ches femmes ed cambron, Leu kemise al dépasse leur cotron. (Prov, ptcards.}

Il y a eu nécessairement de nombreux rapports entre la Franche-Comté et la Picardie sous les ducs de Bourgogne, souverains de ces deux provinces.

Il faut ce qu'il faut, mais encore !

Mieux tant court vêtu Que montrer son cul I

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