‹ Proverbes de la Franche-Comté; études historiques et critiquesChapitre 8 sur 12 · IT · texte numérisé non relu

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« Le surnom de salés, dît Lamonnoye, n'ayant été donné D aux Bourguignons que par injure, je croirais avec plus » de vraisemblance que ce serait par rapport à la garnison » bourguignonne que les habitants d'Aigues-Mortes, fidèles » à Charles VII, passèrent au fil de Tépée en 1421, et sa- M lèrent de peur d'infection. » Jean de Serres dit que de son temps, on montrait encore à Aigues-Mortes une grande cuve de pierre où Ton avait salé les Bom*guignons. Amelot de la Houssaye parle aussi de la cuve de pierre qui se voit à Aigues-Mortes et où les soldats bourguignons furent salés par les habitants de cette ville.

Le fait parait être vrai, mais il aura sans doute été inspiré par le proverbe dont les bourgeois d'Aigues-Mortes auront voulu faire une plaisante application, puisque, suivant Peignot, on voit au Thrésor des Chartes, des lettres d'abolition de l'an 1410, où ce proverbe est déjà rapporté. Le passage est ainsi conçu : Le suppliant dit qu'il avait plus chier estre bastard que Bourguignon salé.

Le docteur Yalot, un autre Dgonnais, donne comme con-

jecture que les Bourguignons venant des bords de la Saale, on a pu, par un jeu de mots, les appeler salés.

Evidemment tous ces quolibets nationaux sont dits en vue de vexer ceux à qui on les adresse ; ils n'ont même de valeur que s'ils blessent ou s'ils font rire par quelque finesse cachée. Or, quelle injure plaisante était-ce que d'appeler nos vieux Séquanais baptisés, gens des salines, enfants de la Saale, etc.? La troisième explication et la qua- .trième surtout pourraient être vraisemblables. Mais le passage cité du Thrésor des Chartes met à néant les suppositions de Lamonnoye. Puis, il y a gros à parier que les brocards imaginés par le populaire n'ont pas une origine très-savante ni très-relevée. Le vulgaire ne va pas ordinairement chercher très-haut ses inspirations ; il aime au contraire les choses triviales et les idées très-communes, qui sont à sa portée, à la portée de tout le monde.

Voici donc, puisées dans cet ordre d'idées et de choses, des particularités qui poiuront élucider ce problème et nous aider à saisir le sens, jusqu'ici voilé, de notre proverbe national. J'ose soumettre mon explication particulière à la sagacité des lecteurs, qui l'apprécieront.

Et d'abord, quelle est la signification qui se rattache le plus ordinairement au mot salé? On sale les porcs, n'estce pas ? On dit même souvent, à cause de cela, d'un homme immoral, qu'il coûterait moins de le saler que de l'enterrer; qu'il vaudrait mieux le 5«Zer ..../ pour exprimer honnêtement ce qu'il était.

Puis, ne sait-on pas que jadis nos salaisons, nos jambons et nos saucissons avaient ime réputation très-étendue, réputation qu'elles méritent encore à tous égards mieux que celles d'Allemagne, qui sont trichinées I Ex Sequanis optimè suilla salsamenta Romam perferuntur, dit Strabon.

Enfln, qu*on lise avec attention nos inaximes franccomtoises sur la propreté de la table, de la maison et des habits, et après cela qu'on prononce.

Et remarquez, je vous prie, cette autre particularité, qui me parait tout-à-fait concluante, et qui confirme mon interprétation. On appelle, dans le bassin du Rhôae, en fiauphiné, à Romans, par exemple, un porc, un Bourguignon ; comme nous disons, nous, par euphémisme, un habillé de mie. Ils disent donc : Au respect que je vous dois, fai deux Bourguignons à saigner; je vais saigner mon Bourguignon. Bourguignon, dans la Drôme, est donc synonyme de cochon! On n'a pas même besoin d'ajouter salé pour être compris ; cela va tout seul. Et cette synonymie me semble découler évidemment du vieux quolibet.

Vous objecterez qu'on appelle aussi quelquefois un porc,

en Franche-Comté ou ailleurs, le Bressan, le Tonquin —

Oui, parce que le Bressan et le Tonquin représentent des espèces porcines ; tandis que jamais^ parmi ces espèces, ne fut connue la bourguignonne.

On huait donc nos pères par goguenarderie, à l'époque odieuse où ils ne pouvaient entendre la corne d'Uri sans se débander ; on les huait en leur criant cette drôlerie rimée :

Bourguignon salé, L'épée au côté,

La mule ou les mules * au talon, Sauve, Bourguignon I

Et quand ils étaient pris en guerre, j'ai ouï conter qu'on les pendait aux créneaux, en leiu: disant facétieusement à l'oreille :

^ UûUi, engelures au talon.

Bongoàgiini salé^ L'épée au côté, La barbe au menton, Saute, Bourguignon I

tn était peu pitoyable, dans lé bon vieui temps, à cMx qu'on pendait I On n'aurait pas voulu peûdre un Fra&^ Comtois sans lui dire qu'il n'était qu'im porc f

To&à mon explication.

Bretigney, La gueuserie de Bretignej.

Les gueux de Bretigney avaient une recette pour se couvrir le corps de plaies et d'ulcères, au moyen desquels iU émouvaient le peuple à compassion et se procuraient d'abondantes aumônes. On dit qu'ils se servaient à cette un de la racine d'une espèce de renoncule. « Ces gueux, malheu- » reux et meschants, s'en frottaient les bras, jambes ou » cuisses pour se les exulcérel*, aûn d'exciter la pitié des » passants. »

jft^tdwtîdre {La). Qtand on iitfÉi itt voleitf^ tout leMoode w j«nit I...

Bulk. Bulle, Bannain (Bannaii^),

Larivière, Bouyerain (Bdttvenais),

Ghaffoy, Dommartin,

Sont des charreires (chemins) de coquins.

Calabre Battre la Galabre ; perdre la Calabre.

C'est être dans le délire. Un malade bat la Calabre.

La comté de Bourgogae a eu beaucoup de npports avec l'Italie méridionale, qui fut, comme «die, M{)^¥Mitieuse et ennemie des Yaudots. Nos pères ont fait les campagnes de Naples sous Gonzalve de Cordoue, et» comme Granvelle fut ensuite vice-roi de ce beau pays, beaucoup de ses compatriotes ont rêvé seigneurie en Calabre.

Y a-t-il aussi intention de jeu de mots : Calabre, celabro (ital.), cerveau?

Omàft^. CmX aa« vache da Gendray, fille n'a point de pé (pis).

lU», CÉflrgufmoiit, «tc« Les maAlies m môiies de Gkalèee^ ete.

Mangeurs de gaudes ou mdies. Les gauétes sont teiteft iSe farine de mais ou blé de Turquie , cuite dans i*eau et le lait, et assaisonnée de beurre et de sel. C'est un de nos mets de prédilection.

^mgliUe. Les ânes de Champlitte.

Une bonne femme de Champlitte refusait un jour de loger un grenadier à cheval, disaal qu'elle ne le pouvait point Le militaire, qui était porteur d'un billet de Thôtel dd tille, ne se souciant guère du refus de la vieille, descend de cheval. Tiens, tiens, fait la bonne chanitoise, jt m savais point que cela se dimontaitl » Elle avait cru que cheval et cavalier ne faisaient qu'une seule bête. En quoi elle se trompait.

On raconte encore qu'un homme de Champlitte fit hisser son taureau au-dessus du dôdier pottr lui fait« manger un peu d'herbe qui y avait cru.

(( Un autre^ voulant accoutumer «on cheval à ne manger » point, ne lui donna plus ni foin ni avoine; et son cheval » étant mort enfin, il dit: Que je suis malheureux! fat » perdu mon cheval dans le temps qu'il avait déjà appris à » ne manger plus I » Ceci est extrait des contes plaisants du philosophe Hiéroclès. Comme on peut v>oir, ils eont bien vieux, tous ces contes-là I (Yoy. Preàn, Totcenay.)

Chanans, Las cr6 (les corbeaux) de ChÂnans.

Charmauvillers» GhermauTelà

Las culs breulâ (les culs brûlés).

Dans ce village, on fait beaucoup de brûlées. La brûlée est

un mode de culture pour la pomme de terre et Torge. On brûle des branchages de sapin, ainsi que Therbe de la terre déplanchée^ et, dans ce terrain mêlé de cendres, on sème sans fumier.

Che\)roz, Chevroz sur TOgnon,

Petite yille et grand renom.

Petit village. La maison princière de Chevroz était une branche de celle de Vienne.

Chissey, Les fous de Ghissey.

On enfermait autrefois dans la tour du clocher, en la chambre des fous, les malheureux aliénés qui venaient invoquer saint Christophe à Chissey. {Ann, du Jura, 1840, page 64.)

11 y avait à Chissey la noble famille des Fols. (Pyot, Statistique du Jura, p. 194.)

Comtois. Voyez Bourguignons.

Je mentionne ici ces quoUbets parce qu'ils intéressent notre patrie franc-comtoise.

ils sont larges, les Comtois, mais c'est des épaules I

Ouvrez la fenêtre, que monsieur se rafraîchisse I

Monsieur le curé, maman vous envoie des ponmies, nos cochons n'en veulent plus I

Comtois, Tête de bois I

— Comtois, rends-toi 1 — Nenni, ma foi I

Cubry et CubriaL De Cubry ai Cubriau, Le diable n'a fait qu'un saut.

Ces deux villages sont à une portée de fusil Tun de Tautre.

Devecey. Gomme le curé de DeTecey

Que ne voyaige que pa lou bé (ne voyage que par le beau

temps.)

hoU. Jamais homme ne pourra faire ni lance de jonc, ni bons

gens d'armes de Dole. (Le Roux de Linct, 1. 1, p. -343.)

Les francs d'Ârans.

Quartier de la ville de Dole où habitait la noblesse. Les autres parties de la ville n'étaient pas franches. Elles durent leur liberté à la comtesse palatine Alix, en 1274. (GoUut, à la note page 1270.)

Etrabofme, Les loups d'Etrabonne.

Voici rétymologie du nom de ce village :

Les trois rois mages, dont on va visiter la chapelle à Etrabonne, passant \m jour en ce lieu pour se rendre dans la Judée, à Bethléem, avaient bien soif. L'un d'eux frappa la terre de son bâton et en fit jaillir une source. Ehl eh! dit-il, après y avoir goûté, é tra bonne, elle est très-bonne. Aussi Teau d'Etrabonne est-elle encore très-bonne et réputée pour les maladies des yeux et pour beaucoup d'autres maladies qu'il serait inutile d'énumérer.

Mray. Las renaichie (les sournois) d'Etray.

hii Fourg$. Les bouris des Fourgs

La république des Fourgs.

Sous une apparence de naiveté, le bouri cache une grande finesse.

Un père disait à son fils gui s'en allait au loin chercher

fortune :

Ne fà tô ai nun (ne fait tort à nul), Poi d'yant quéqu'un (par^ievant quelqu'un).

Ne £à pas mau poi d'vant las gensi

Dans cet heureux pays des Fouies, on n'a garde de s'entre-dévorer. Un huissier de Pontarlier fut bâtonné à la porte de l'église des Fourgs, au sortir de la grand'messe. Le juge entendit tous ceux gui avaient été présents à la scène. — Vous étiez là? — Oui, monsieur le juge. — Qu'aveZ'Vous vu? — Ran, mon bon juge, i aivô lou dos virie ! Tous avaient le dos tourné pendant qu'on bâtonnait l'huissier.

Sous le premier empire, les Fourgs, dit-on, n'ont pas donné beaucoup de recrues à nos armées. Les pères de famille s'en allaient en Suisse louer des écloppés de vingt ans, gambis, manchots ou bossus, qui passaient au conseil sous les noms des inscrits, et étaient reconnus impropres au service.

Framhouhans, Les poèlies de Frambouhans.

On y recueillait autrefois beaucoup de poix des sapins, poix dont on se sert dans les lessives pour parfumer le linge et le préserver des mites et des souris.

Goxmois, Quand les prunes ont manqué :

D'où êtes- vous? — De Goumois, las moil

Quand elles sont en abondance :

D'où ôtes-vous? — De Goumois, fôtrel

QravelineB. Dieu nous garde de la famine Et de la garnison de Gravelines.

M. Charles Toubin se demande quel souvenir historique peut bien rappeler à nos gens la garnison de Gravelines, et si quelque troupe flamande, brabançonne ou espagnole, venue de Gravelines, se sera conduite chez nous comme en pays ennemi. {Mém, de la Soc. d'ém., 1868, p. 292.) Je ne

sache pas que les troupes du dehors soient jamais venues \ tenir garnison dans nos villes. Je crois simplement que

DOS soldats, occupés dans les Flandres, auront exagéré Tin- I salubrité de Gravelines, pays en réalité malsain et où les ^ fièvres intermittentes régnent à la fin de chaque été, lors

du dessèchement des marais. (Daignan, de Calais, Recueil \ d'observ. de méd. des hôpit, milit., t. II, pag. 369 et suiv.)

Gy, OUa, veni (allez, venez),

N'y ai té que Gy (il n'y a tel que Gy).

I On dit par malice, n'y ai pé que Gy, il n'est pire pays. UéricouTi. Tralne-sacs d'Héricourt.

f On raconte par moquerie que les gens d'Héricourt étaient venus assiéger MontbéUard, munis de sacs pour en rap-

I porter les dépouilles. Ils furent battus et repoussés, et l6iu*s sacs ballants ont fait rire. A. Corret^ dans son Histoire de Belfort (p. 69), dit que cela s'est passé en 1792, lors de

I Tannexion de Montbéliard à la France.

lahergemenUdU'Naiioy» Pain de Labergement, ! Vin d'Omans,

Foin de la Vèze, I Gens de Quingey,

Libéra nos, Domine.

La Malachère. C'est un village que le diable a chié en courant.

Les maisons en sont espacées le long de la route.

IMoremioni. Lidfomonti Llttfayâ,

Lou diaibou las busse tous à yâ (le diable les poussa 4 bat).

Us s'expatrient vers les pays de plaine.

Lmont. C'est du beurre de Lomont,

n n'y en a guère, mais c'est du bon.

— iie —

Lomouénies (gens de Lomont) Tro couenies (trois fois les cornes) I Traîne mûrie (charogne) Âivau les vies (en aval des chemins).

Ce quolibet nous rappelle certains détails des mœurs villageoises.

Quand un paysan a sa vache ou son bœuf atteint d'une maladie très-grave, ou trop longue et incurable, il les fait abattre. La viande en est débitée à bas prix, de porte en porte, et de cette façon le propriétaire de Tanimal ne perd pas tout ; ses voisins croient faire un bon marché tout en lui rendant service.

Le surnom de traîne-mûrie s'applique à ceux qui ont abusé de cet usage en vendant des bêtes trop corrompues.

Mandeure, L'ancienne Epomanduodurum.

En patois Maindeure, On n'a pas manqué de rire de l'antiquité de ce village, comme on rit de tout. C'est César qui l'a dénommé Maindeure. Comment cela? César voulant corriger sa femme, lui dit : Attends, i m'en vais te faire ai vor s'i ai lai main deûre (si j'ai la main dure) I

Mamay, Ailla, virie, tounâ,

N'y ai té (ou pé) que Manâ. (Voy. Gy.)

Mercey, Tempiots de Mercey.

Templiers, c'est-à-dire buveiu^, intempérants. Jeu de mots, tu femples, tu te remplis. C'est peut-être ce mot à double sens qui a donné lieu à ce dicton : Boire comme un Templier ?

Montagnons, Las cenelles (fruits de l'aubépine), Las penelles (fruits de l'épine noire).

Et las guilleriboutons (gratte-culs), Ç'o lai vendange das montaignons.

On dit cela par moquerie dans le vignoble.

On y récite aussi cette prière d'un curé du Sarrageois :

N'oublions pas dans nos prières Les menus fruits de la terre, Les mûres et les pimprenelles, Les prunelles et les brimbelles.

Les poirottes et les gratterais...

Quand ils manquent, c'est un grand butin de perdu!

Ceux de la rive droite du Dessoubre disent avec mépris de ceux de la rive opposée, qu'ils appellent des gens du pays bas, que ce sont des ragots. Ragot signifie petit bœuf.

Montbéliard. Les cbirs de Montbéliard.

Les habitants de Montbéliard sont ainsi nommés avec une crainte respectueuse par les paysans des environs, lesquels sont tributaires pour la plupart de ces sires prêteurs d'argent.

Montboucon. C'est du rin de Montboucon, 11 n'y en a guère, mais il est bon.

Mcntfort, Sorciers de Montfort, Taquins de Mesmay, Fous de Lombard, Mange-mûrie de BufiSeird.

Montjoie, Les mauvais payeurs paient en monnaie de Monijoie.

« Le 18 juillet 1554, Tempereur Charles V défendit de )> recevoir dans le comté de Bourgogne la monnaie de » Montjoie, comme n'étant pas de poids ni d'aloi ; ce qui a » donné lieu à ce proverbe, encore répété de nos jours. » (Hist. de la maison de Montjoie, par M. Tabbé Richard, p. 19, à la note.)

Montrond. Grille-besèches de Montrond,

Qui font sonner là besace, qui font parade de leur gueuserie.

— lis —

MonÉêeugny. La capitale de la misère. Let poules y cièrent de fùzn au temps des moissons.

Aujourd'hui ce village est transformé par tes progrès d*uiie culture intelligente.

Morvan, Dans le Morvan,

Trois francs le journal de terre et un lièvre dedans!

Ce proverbe nous est venu de la Bourgogne.

My<m. Les loups de Myon.

Noiron, C'est comme le maréchal de Noiron, Quand il a du fer, il n'a point d'charbon.

Onans, Onans les loups,

Que fan lai fête aivant lou jou.

Ils font la fête avant le jour. C'est un jeu de mots. Ds célèbrent le patron de leur paroisse le dimanche qui précède immédiatement le quantième du saint, ce qui n'est pas admis dans les habitudes du pays.

Omans. Musique d'Omans.

Se dit d'une cacophonie détestable.

Badiants d'Omans (happechards).

Cougnardies d'Omans.

Autrefois on faisait à Ornans beaucoup de confitures de cerises noires, dites cougnardes, pour la vente au dehors. Aujourd'hui on y distille ces fruits pour la fabrication d'un assez bon kîrch.

Ougney-les-Balançon, Les culs fouettés d'Ougney.

Si l'on en croit la tradition, les habitants de ce village refusèrent d'ouvrir leurs portes à un capitaine français qui passait par là. Retirés dans leur château, dont quelques

vieux pans de murs et une tourelle sont encore debout, ils soutinrent avec courage un siège de quelques jours. Le vainqueur irrité les fit ignominieusement battre de verges.

Palise. Bounes gens de Palise, Fous de Venise, Tosse-brebis De Gromary, Tripe-bouse De Pérouse, Toquâ de Vieilley, Gosses de Bounà (Bonnaj), RenouiUie de Devecey, Fierobrâ de Vourâ (Voray), Ai Souran (Sorans) Ran n'y vaut ran, Breurey, ç'o enco pé, Velâ (Villers), Aivouâ (Avouay), ne m'en pailâ pas I

Ce sont les mendiants qui débitent aux portes ces rengaines pour faire rire et amuser les gens.

Perrigny, Parné (Perrigny) devant ; Pontailler darré (derrière).

Ils tirent vanité de ce que, par ordre alphabétique, leur village précède le chef-lieu de canton.

Pesmes. Vinum pessimum (vin de Pesmes).

Le vin de Pesmes a quatre qualités : !• il gratte, 2* il mouille; 3^ il gonfle; 4? il fait pisser.

La vérité est que le vin de Pesmes est léger et trèsagréable. On joue tout simplement avec le nom de Pesmes latinisé.

Pontarlier. On o bé virie, deverie,

On ne voit ran de té que Pontalie.

Das Pontelie, das Vaudahon, das Vaché (de Vercel), Libéra nos, Domine.

— iîO — Ce sont des montagnons, il faut s'en méfier.

Pr^in. Académie de Pretin.

est allé se faire graduer à Pretin.

Les ftnes de Pretin.

A racadémie de Pretin^ on posait aux récipiendaires des questions comme celle-ci : Que fait un âne sur la montagne au lever du soleil? — // fait de l'ombre.

Pusey. Pusey, Pusy,

Gharmoille, Gratery,

Les quatre greniers du pays.

Quingey. Une fille de Quingey en Quingeois Accouche au terme de trois mois.

Seulement pour la première fois.

On dit cela en Picardie des filles de Bulles en Bullois. Voici comment la fille de Quingey fait son compte explicatif.

Ma (mars) Golibre ma, Aivri, Golaivri, Mai,

Golibre mai.

Le mois qui sont dedans, Le mois qu'o passa Et le mois qui van entra, Ge qui ne fà-te pas neuf mois, groue bétÀ,

dit-elle à son homme?

Passa louBra^ Ne t'y froute pas I Près de Quingey, Ç'o enco pè (pis).

Le Bra, côte à Test de Quingey, dans la direction de Pontarlier.

— iU —

Bantechaux. 01 pique b6 Pendu à bô De Rantechô f Rsdcheta pâ les Vanquians, Châtrai pà les Chanans !

Bonchaux. Ronchaux, Montfoû, Poinvelà,

Tré velaigeou qu'méritant d'être breulâ.

On a fait dans- ces villages beaucoup d'exécutions de sorciers.

^uffey. Vandales de Ruffey.

L'évêque de Besançon saint Antide y fut mis à mort par les Vandales.

Sarraz. Les sangliers de Sarraz.

Saugeais. Quand le Sadget feré bein.

Les lirou (lièvres) prendront lé tchein (chiens).

Baisse, Faire Suisse, c'est boire tout seul.

Suisse, mangeons ton pain.

— Je n'ai pas &im.

— Mangeons le mien.

— Je le veux bien !

la Tenise Porte bateaux à deux lieues de sa source.

La Tenise est un tout petit ruisseau qui tombe dans la Saône, à Emoulin, à deux lieues de Cugney, où elle prend sa source.

Valdahon. Si tu n'es pas volé en passant au Valdahon, tu le seras pour sûr à Vercel, quand même tu y passerais tout nu.

Vandoulans. C'est comme les ânes de Vandoulans,

C'est toujours nous qui les nourrissan (nourrissons).

S'applique aux maraudeurs qui vivent sur le bien commun.

Vandelans-kS'Cirey. C'est comme les poules de Vandoulans, Toigou ell' van et jaimà elle n'airivan.

En disant : Aillan, aillan (allons) !

Elles ont mangé le champ de froment.

S'applique aux personnes qui ne sont jamais prêtes.

Vantoiix. Vive mon pays aivan tout ! Mauvais jeu de mots.

Vemier fontaine. Vemier-fontané, Traine-mitané.

Ceux qui avaient la lèpre ou la gratelle portaient des mitaines.

Vieilley, Les fous de Vieilley.

Quand on veut laisser à entendre à quelqu'un qu'il est fou, on lui dit qu'iV vient de la côte, c'est-à-dire des pays où sont situés Vieilley, Bonnay et Méreyi (Besançon.)

VilkrS'leS'Luxeuil. Quanquadie (hannetons) de Velà (Villers),

Vérets (verrats) de Bequoi, Pieumotte d'Âhnn, Fô (fous) de Merquoi, Les braves ou vivent les Baudonquois.

Les mendiants récitent ces quolibets à la porte des maisons. Ils finissent toujours par le village où ils se trouvent, en disant : Vivent ceux qui m'entendent, ce qui leur attire une meilleure aumône.

Voray, Après Voray, Pans ; après Paris, Mamay !

S 9S. — Ifardons et parodies.

BambôII BambôII!

Qu'est-ce qui est mô? (Qui est mort?) — Jean d'iai Vaiche. — Bin, guille de pôl (fiente de porc).

Ce sont les cloches qui demandent naturellement pour qui elles vont sonner ; et quand elles savent que c'est pour un vacher, elles ne s'en émeuvent guère. Tantum valent (les défunts) quantum sonant, tant plus elles sonnent.

Les sonneurs de la vieille roche divisent les morts en deux catégories : les bons et les mauvais. Ils appeUent les bons morts ceux qui laissent de quoi; les autres, sans en médire, ne méritent pas les honneurs du carillon.

BambôII BambôIII Qui est-ce qu'o mô? — Ç*o Jean du Bô. — Laivou vai-t-on l'enterra? — Derri lou bô de lai crâ. — Daivou quoi vo-t-on Tbochie? — Aivou des guilles de brebis. (Lisle-sur-le-Doubs.)

Quand le défunt a de quoi, non-seulement les cloches sonnent à vous fendre les oreilles, mais celui qui célèbre Tofflce des morts chante aussi de sa voix la plus grave et semble dire, en précédant le corps à pas lents :

Libéra ... â ... à ... â ...

u paiera ••. a ••• a ..• a ...

Bien mes pas ... â ... â ... â ...

Tandis que si c'est un Jean du Bois ou un Jean de la Vache qu'on porte en terre, l'officiant récite en courant ses oremus et bredouille :

Oremus.

Mes pas sont perdus...

Et bien perdus I...

Beaucoup de ces quolibets irrévérencieux ont trait aux choses ou aux personnes de TEglise. Ceci conflmie Tadage

ancien que

La dévotion des Bourguignons (lisez Comtois) Ne valait pas un bouchon.

Est-ce bien étonnant, quand on songe que nous avons vécu en Franche-Comté jusqu'à la fin du xvii* siècle, sous le régime de la sainte inquisition; heureux certes de ce régime, mais cependant empressés de nous y soustraire, comme la femme à Denys, de Montfaucon :

Tin-te, mai min 1 (tiens-toi, ma mie I) Si t'baitais d'ainquin, Ç'o pou ton bin.

Si je te bats ainsi, c'est pour ton bien, lui disait-il en la coiTigeant. Les moines qui étranglaient don Carlos disaient de même : « Taisez-vous, Monseigneur, taisez-vous, tout » ce que Ton fait est pour votre bien, o (A. de la Houssaye, Mém. histor., 1. 1, p. 204.)

Il y a deux cents ans à peine qu'en Franche-Comté, sur on mot d'un inquisiteur, on vous empoignait de pauvres fous qui se croyaient possédés du diable ou qui faisaient, par des maléfices, tourner dans le pis le lait des vaches. On les fourrait, pour des mois, dans les prisons de Sa Majesté, où on achevait de les abrutir par des interrogats captieux. Puis, après une série de procédures interminables, on les soumettait à la question pour leur faire confesser le nom, la couleur et la forme du démon qui les possédait. Et finalement on les brûlait, après les avoir étranglés au préalable. La foule, qui croyait bêtement aux diableries, laissait faire.

Pourtant, cette rengaine idiote finit par lasser, non les bourreaux instruits, mais le peuple illettré, qui fut pris de pitié I Brûler de pauvres fous pour les rendre heureux dans un autre monde, cela parut tellement absurde que MM. les inquisiteurs de la foi Simard et son vicaire Chifflet, furent obligés, à leur grand regret"^ y de renoncer aux exécutions de sorciers dans la Franche-Comté.

On se mit donc, dans le peuple, à trouver grotesques ces singuliers bourreaux, qui affectaient des sentiments de commisération pour ceux qu'ils assassinaient ; qui disaient les aimer en Jésus-Christ ; qui les bénissaient en les torturant, et qui croyaient les rendre heureux en leur passant \ la corde au cou. Et l'on inventa Denys disant à sa femme :

Tin-te, Denyse, mai min; SI te boitais, ç'o pou ton bin I

Un autre oremus •

Ego sum turlugoguet... Toute chemise qui ne passe pas le trou du cul n'embarrasse pas les fesses.

Toute chemise qui descend plus bas que le cul, c'est de la toile perdue.

Excusez, mes chers paroissiens, Si je n'ai point de poils dans mon engin, n y en aura dimanche malin.

^ CoTresponàaxkce du ?arUmenX, archives du Douhs, année 1660, lettre du 30 août.

La Franche-Comté était un pays d'inquisition, de foi impitoyable et forcée, dont on riait par-delà la SaOne. Mais, en somme, elle valait mieux que la réputation qui lui était faite en France.

C'est la patrie des esprits placides, plutôt positifs et réfléchis qu'extravagants. On y a donc réagi très-fortement, par le simple eflfet du bon sens populaire, contre Tintolérance du clergé, au point de décourager le fanatisme des inquisiteurs et des jésuites.

Le curé s*excuse de ce que son goupillon n*a plus de poils pour absorber Feau bénite.

Te rogamus, audi nos, Que le poisson est bon dans la sauce!

On dit en dépliant sa serviette :

Benedicite, Domine,

Fermez la porte, nous sommes assez.

Benedicite de France, Domine de Provence, Si les rois savaient jouer de la lance Gomme les curés de la panse.

Jamais il n'y aurait de guerre en France.

Et quand on a fini :

Deo gratias, le bon repas !

Qu'un autre ne tarde pas.

Quand V Angélus tinte, on débite, le soir surtout, cette antienne rimée :

Ângelus, Toque (écrase) tes puces ; Ecce ancilla.

Ne les manque pas ; Et Verbum caro, Mets-les au chaud I

Après avoir togué la puce, il faut la brûler pour être bien sûr qu'elle n'en reviendra p«s. Car^ dit-elle.

Si te me tue, Tem'ennue; Si te me noille, Te m'évoille ; Si te me mets é fue, 1 80 (je suis) ne puce perdue I

Qui me noie, me baigne ; Qui me roule, m'endort; '

Qui me toque, me saigne ; Le feu, c'est mon sort (ou ma mort).

Les cérémonies religieuses sont souvent parodiées par le vulgaire avec plus ou moins de bonne humeur et d'entrain. Que voulez-vous? Cette langue morte, que les paysans ne comprennent pas» leur suggère quelquefois, par une simple consonnanee, les idées les plus saugrenues. Par exemple, quand le prêtre, en leur présentant la relique à baiser, leur dit pax tecum, ils entendent dose (baise) tecum, Tecum pour eux, c'est la relique. Et si im mauvais plaisant, par farce, vous passe sur la figure quelque chose de désagréable, il ne manque pas de vous crier : base tecum!

Voici ce qu'on chante aux Rogations, pendant que la procession parcoiui; lentement le flnage :

De ch'qui qu*o ce prai lai (De qui ce pré là)? — Ç'o cetu d'Nicolas Verguet. — Te rogamus audi nos I

Benissâ noues champs, noues pras, noues aivoùnes,

Noues trequets, que nous beillant tant de poûnes

Et peu mai meillotère aitout (et mon champ de millet aussi)!

dit la vieille femme qui chante en à parte ses rogations et qui n'entend pas être oubhée dans la prière.

A Pâques :

Alléluia, Les choux sont gras.

Quand on y met bin du là (lard).

A Noël :

Consurge, Gens d'Âubigney, Lachà voues aignés I

Gonsolamini, Gens de Montseugny Lachà voues brehis I

Gonsurge, consurge, Y ai enne bique ai noute soulé (une chèvre au grenier) Qu'mége tout noute consé (mange notre graine).

Consolamini, consolamini, Las pour sont dans nout* queti (les poules sont au jardin) Que mégeant tout nout' piersi (mangent notre persil).

J*ai entendu chanter à Broye4es-Pesmes^ dans mon enfance, cette étrange parodie :

Ut queat l'Anglais, Resona le Français, Mira le Gascon, Famuli le Vallon, Solye le Flamand, I^e Picard bon enfant ; Pendez le Normand I

On a pris les mots conmiençant chaque vers et chaque césure de la première strophe qui servit à Guy d'Arezzo pour dénommer les notes du plain-chant.

Voici, pour finir, un lardon politique qui fut très-en vogue chez nous sous le gouvemiunent du premier Bonaparte. Chaque victoire était, bien entendu, célébrée par des Te Deum; mais comme après chaque Te Deum on faisait une levée de conscrits, les pauvres paysans de la Franche- Comté chantaient tout bas en maugréant :

Te Deimi, U faut des hommes ; Laudamus te, C'est pour les tuer I

Te Deum, U faudra cent mille hommes ; Laudamus te.

Lai où las penrai-te ?

Où les prendra-t-il?

Et c'est à Bonaparte qu'on songeait t

S S6. — Vice» et laideurs.

Au village, on ne s'apitoie guère sur les maladies *. On s'apitoie pas davantage sur les infirmités corporelles ou très. On en rit.

Si la mort ne l'embellit pas, ce sera un vilain défunt.

Ce qui est peut (laid) est malin.

Plus les bêtes sont peutes, plus elles sont malignes.

En généraly du reste, on y a sur la beauté des idées par* ulières. On raffole, par exemple, des yeux petits, pourvu 'ils soient bruns^ vifs et pétillants. On aime une large îe bien rubiconde, et on admire beaucoup Fembonpoint même un peu d'obésité, chacun enviant pour soi un %tre de capitaine.

Lai pà' fà bin su las oues.

La chair fait bien sur les os. Et l'on n'est beau que si l'on . gras.

Si ton cheval est beau, c'est donc qu'il est gras, comme dit l'aveugle t

n faut se défier de ce qui est marqué au B.

}éfiez-vous des sept B, c'est-à-dire des bâtards, des }sus, des boiteux, des borgnes^ des bègues, des bigots des bigles ou visoux.

Voir § 20.

Lai pd, la part. La viande est ainsi désignée dans les campagnes, ce que, chez les pauvres gens, on ne fait à table la part que de h le pain et Teau se servant à discrétion.

On dit d'un visent ;

Il regarde le bon Dieu de travers le jour de la semai» |

sainte.

On se moque ainsi de la misère humaine.

On rit de la gueuserie de son voisin, mais on n'a garù de rire de sa richesse.

S'il est riche, le voisin, on se contente de dire :

Qu'il n'achète pas le pain à la livre I

Qu'il ne s'embarrasse pas mal des ânes qui crèTenu Salins U

S'il est pauvre, au contraire, la verve populaire ne tri plus.

C'est Jean Tireguille !

U n'a ni fric ni firac.

Il n'a ne fretu Nebretu'.

Il n*a pas pour planter un hareng debout.

U n'a pas de quoi mettre un loup en faction sur ses tetift

Quand il saute, tout son bien est en l'air.

Et ion logis ?

C'est le château.

Tout j faut (manque).

C'est Fhôtel des trois moineaux. Jamais rien de cuit ni de chaud I

Et voici la publication des bans de sa fille à la v0

^ Autrefois on employait beaucoup d'ânes pour porter les à^ de sel sur les côtes, et ces ânes appartenaient tous à de pauvres r-j

« Ce proverbe se dit communément. Il se trouve dans les cantii^ de Vanclans. Noëls franc-comtois.

Le mot (retu signifie haillon. Il n'a laissé au patois qu'un d^ que je connaisse ; o'est le mot enfretoillie : — él ai lai tête enfretoii^ a la tôte enveloppée d*un linge.

dans les temps où le mariage civil n'était pas encore inventé :

Jean Tireguille Marie sa fille; n lui donne en la mariant Trois sous moins six blancs S Qui reviendront à ses parents Au cas qu'elle meure sans enfants I

On rit des giieux dont on envie pourtant rhumem* joyeuse, le bon appétit et Findifférence à Tendroit des mille petits ennuis de la vie.

Bin hurou (bienheureux) ce tu qui que n'o guare, Car cetu que n'o guare n'o poue de guare ; Pu hurou cetu qui que n'o ran, Car cetu que n*o ran n'o poue de ran !

Celui qui n'a guère n'a peur de guère (ou de guerre), et celui qui n'a rien n'a peur de rien.

Il est toujours sûr d'avoir un gîte 1

L'hôpital n'est pas fait pour les chiens.

L'hôpital, l'église et la prison Voilà ses trois maisons.

C'est un homme de rien.

n n'a ni tirants ni boutants,

c'est-à-dire ni parents ni amis qui le poussent ou qui le soutiennent.

U ne vaut pas ce que notre chat bouche f...

n vaut ce que nos poules font, sauf les œufs I... C'est un atout.

C'est un auquel 3.

^ Six blancs valaient deux sous et demi.

* De auques, vieux mot français que le patois a seul conservé et qui veut dire peu de chose, un tantinet, (Voir Fabliaux et Contes des poètes français des xii*, xiu», xiv* etxv* siècles, passim. Amsterdam, mpgglvi.)

V auquel n*6St propre à rien; c*est un homme sans parole. L'atout est un propre à tout ; il ne faut pas non plus s*y fier. Tous les deux sont mauvais, Fun activement , Fautre passivement.

n est descendu des cheranx de bois.

Allusion au supplice du chevalet, réservé aux mauvais sujets de mince étoffe.

Si deux gueux sont amis, on dit :

Ils sont cul et chemise.

D'un ivrogne, on dit :

Homme de yin Homme de rien,

car il n'y a guère à compter sur lui.

Travaille, mon corps.

Je ne t'en ferai pas de tort.

C'est im avale-royanme I

n dépense plus en huile qu'en coton.

La pierre à vin est fedte.

Après Dieu, le vin est son sauveur.

D'un imbécille et d*un maladroit :

C'est un Jacques DaiUe.

C'est un coque&edouille ^

C'est un quenillot^I

n est adroit comme un pourceau de sa queue.

Il s'y entend comme une bique à ramer des pois.

Il ne sait pas seulement faire une croix aux cendres.

^ C'est celui qui tâte le cul des poules, qui s'occupe de choses futiles. Ces agissements, indignes d'un homme, agacent la vraie ménagère, qui n'entend pas qu'on empiète sur son domaine.

* QuinilUr, c'est s'occuper à la maison de vétilles.

A la cérémonie des cendres, le curé fait une croix sur le front, et cela n*est pas compliqué.

U n'est pas caase que les grenouilles n'ont pas de queue. On lui ferait croire que les lièvres pondent sur les saules. Les rattes lui ont mangé le nombril.

On mettait de côté le cordon ombilical des enfants. C'était un talisman qui devait plus tard leur porter bonheur. On attachait à leur habit, quand ils aUaient à Técole, cet organe desséché, et on assure qu'il leur ouvrait merveilleusement Tesprit. Quand on dit de quelqu'un qa'il n'a pas son nombril dans sa poche j cela veut dire tout simplement qu'il est un âne.

D'un paresseux :

n n'a pas de mouches. (Sellières.)

N'avoir pas de mouches, c'est être endormi.

n est comme les loups, il a les côtes en long.

Vieille erreur, accréditée par Aristote, que le loup et le lion, dont l'encolure est ramassée, ont le cou fait tout d'un os. Le loup efifectivement a le cou fort gros, massif et partant peu flexible.

n ne périra pas de la maladie des cheyaux,

c'est-à-dire de travailler.

Croit-il qu'on le tient pour sa laine ?

Le marieur indécis qui va de maison en maison pour î trouver chaussiu'e à son pied, est dit : toqtceberré^.

[ C'est un toqueberré I

^ Le berré est une porte extérieure à claire voie qui empêche la volaille d'entrer et nUntercepte ni Pair ni la lumière.

C'est une classe d'esprits faibles dont la physiologie serait intéressante à faire. Ils sont absolument voués au célibat, à moins de force majeure.

D'une femme malpropre :

Son ménage est si mal en ordre qu'un cochon n'y retroaverait pas ses petits.

EUe est sale conune ime aulère.

VauUre est une truie de moulin, trop bien nourrie, malpropre.

Elle est sale comme ane oupotte (happe).

En quoi la huppe, si gracieuse, justifle-t-elle ce dicton malsonnant?

Quand le bon Dieu fit sortir les petits oiseaux de l'arche, il leur donnait à tous une leçon sur la manière de faire leur nid. Il apprit aux uns à se servir de la plume et du crin ; aux autres, de la laine. A celui-ci il montra la mousse ; à celui-là, les herbes sèches, les graines floconneuses, la terre glaise ou autre chose. La huppe , oiseau timide, comme on sait, se tenait à l'écart, sans mot dire, attendant que ce fût son tour. On l'oublia. « Et moi, fit-elle au bon Dieu, moi qui suis la huppe, avec quoi ferai-je mon nid? — Avec de l'or. » — Elle crut avoir mal entendu. Elle reprit donc : « Et moi, avec quoi ferai-je mon nid? — Avec de l'argent, dit le bon Dieu. » EUe ne comprit point. <( Mais moi qui suis la huppe, avec quoi donc ferai-je mon nid? — Avec du bren, répond le bon Dieu impatienté. La huppe depuis ce temps s'est soumise à la volonté du bon Dieu, et c'est pour cette raison qu'on dit en Comté, sale comme une huppe. D'où Ton a fait vraisemblablement le mot trivial de salope.

Dans la plupart des dictionnaires français, salope n'a pa5

de masculin. On dit d'un homme qu'il est salope. M. Bescherelle s'en étonne et demande pourquoi les auteurs qui Tout précédé n'ont pas fait du mot composé salope un adjectif ordinaire. Et de celui qui cause trop ?

C'est un chien qui aboie ; il ne mord pas.

Il fait sa manche retroussée.

Celui qui ne veut pas se battre perd son temps à retrousser ses manches au lieu de frapper ; comme aussi fait le mauvais ouvrier pour tuer le temps.

Il fait plus de l'épaule que le quartier ne vaut.

Pour comprendre ce brocard, il faut savoir que, dans le partage d'un porc, on est souvent trompé dans son attente. L'épaule qui est le moins bon morceau, promet beaucoup, et ce qui suit n'y répond guère.

Il aura beau faire , il ne pissera jamais dans un vase d'argent.

Allusion aux rois d'Espagne, qui dédaignaient la porcelaine.

On dit d'un avai'e :

Il ne lâche pas avant que le berger n'ait corné. C'est un râcle-andouille !

Et au richard dont on foule la terre, on répond :

La terre porte bien les loups I

Je n'emporterai pas tout sous mes semelles : il en restera assez pour t'enterrer I

Vous croyez ce bon paysan, qui ne vous aborde jamais que la caule (bonnet) à la main et le sourire aux lèvres, très-respectueux à votre égard? Détrompez-vous. Quand vous n'êtes plus là, il vous chie bien du poivre?

Si las poues étint bin reTiries, Las premés sennt las daries.

Si les porcs étaient bien retournés, les premiers seraient les derniers. Ceci n*a pas besoin de commentaires.

Et Margevelle, est-ce un bon village? •— Las moil nenni : él empousenà de monsieut (il est empoisonné de bourgeois).

Voilà en quelques mots la condamnation de toute une doctrine d'économie politique. Là où sont les riches bourgeois» le paysan est pauvre. Avant 89, nos villages de France étaient tous des Margevelle, et, de par les majorais et les droits seigneuriaux» à perpétuité empoisonnés de monsieut.

C'est la vérité.

On dit pour se moquer d*un créancier :

Ma grand'mère lui en file des étoupesl

Je le paierai au dernier carnayal.

Je le paierai à la Saint-Guenin, quand on tond les veaux.

On trouve ainsi parfois dans les proverbes des saints dont la fête n'est point chômée par TEglise et dont le nom n'est même pas mentionné dans nos calendriers. Saint Guenin, saint Frusquin, saint Lambin, saint Billebaud le bon malade^ etc. J'estime que ces saints sont de même farine que sainte Nitouche.

Et si le créancier a la mémoire trop longue, on ajoute :

Il se rappelle dès quand le diable était petit garçon.

J'ai prêté serment Sur le cul d'une jument; La jiunent a levé le cul Voilà mon serment f... ichu t

Combien la bonhomie du paysan cache de scepticisme et de malicieuses finesses 1 Aux importuns, il dit tout bas :

Passe, cousin; I n'on pas de Tin (nous n'avons pas de vin) I

Et pour accentuer la note :

Portez-Tous bien et que Dieu vous conduise, chaque pas cent lieues et quinze jours de marche t

Au revoir, pouthi&-vo bin (portez-vous bien), I paiera lou médecin (je paierai le médecin).

Pour dire qu'une chose que vous demandez est inutile, le bonhomme répond :

Tu n'en as pas plus besoin que le loup n'a besoin de campaine.

Un loup est cauteleux et il agit sans bruit.

Pour dire qu'une chose n'est pas vraie :

C'est vrai comme il n'y a qu'un loup.

Je veux que le renard soit mon oncle, si...

Avec un si, on mettrait Paris dans une bouteille.

Si toutes les bêtes étaient attachées, les liens seraient trop chers I

Si l'on connaissait toutes les foires de Champagne, on n'en manquerait pas une I (Ubique.)

Ces foh*es furent autrefois très-renommées. Les Italiens et Lombards s'y rendaient en passant par Chalamont, où ils payaient un droit de péage aux sires de Châlons, qui les prenaient sous leur protection.

S 27. ~ Quelques dictons du pays omis et non

classés.

Que voit Tenfant Ne voit ran (rien).

. Peut (laid) poupon Bé gaichon (beau gars) î

On est bel enfant Jusqu'aux dents.

Quand les dents poussent, la fraîcheur et Tembonpoint du nourrisson diminuent.

Vire ai mont, vire ai vau, N'y ai té que son outau.

Quand l'o bin, l'o prou!

Quand c'est bien, c'est assez. Le mieux est Tennemi du bien. Il faut savoir borner ses désirs.

Un vieux Comtois de Cuit (près Marnay), a osé faire graver sur sa porte : Uhomme content aura ma maison !

Je n'en donnerais pas un siblet (sifflet).

Je n'en donnerais pas un denier brûlé.

M. le chanoine Dartois, qui cite ce proverbe, l'explique comme provenant de cette distinction des monnaies en monnaie blanche et monnaie noire ou brûlée, argenium album et argentum arsum vel nigrum. [Mém. Acad. Besançon, janvier 1850, p. 192.)

Il a fondu la cloche.

Il a joui de son reste. Dans un siège, la dernière ressoui'ce, c'est de fondre les cloches d'églises.

Sans la dernièra maisan, il aurait couché au boii. Se dit dans les mêmes circonstances que le précédent, s'appliquant aux dissipateurs.

Il cherche à remettre la peau sur les gaudes. n cherche à réparer une sottise. Le gratin des gaudes, ce que noua appelons ici la rasure, est très-apprécié des amateurs. Pour en prendre sans que le larcin soit trop visible, on relève délicatement la peau des gaudes, la partie supérieure Agée, et, le tour tait, on la remet en place.

Il est comme Judas, sur des éplues.

C'est quand un homme est embarrassé et confus.

Après la trahison et la mort de Judas, on agita en conseil divin ce qu'on allait faire de ce grand coupable , car on ne pouvait bonnement le confondre avec le commun des scélérats. " Où que vous me mettiez, osa dire ce misérable, « je n'y serai Jamais seul. — Or, seras-tu mis en la lune, " lui répliqua Dieu le Père, où tu seras seul, car personne )i autre jamais n'y fut, n'y est, ou n'y sera ! »

C'est donc la figure de l'infortuné Judas que nous v dans le rond de la lune. Il a la tête prise entre deux i d'épines, c'est facile à voir. Et quand on regarde d( nuit cette figure toujours la même, impassible, on lui cette tirade injurieuse :

Voilai lai lenne {ïoilà la lune], Due lai proumène (Dieu la promène).

Voilai Judas, M pou son uà (pour son nez).

Prendre le chat ou faire le chat.

C'est finir une besogne longue et faire certaines ré, sauces à ce sujet. On fait le chat des foins, ie ehi

vendanges, le chat des moissons. Quand on avait fini de teiller, on allumait le soir un grand feu de cheneveuilles un peu loin de la maison, c'était la bagdière ou faulère. On dansait à Fentour, puis on rentrait pour faire la collation.

Le chat des moissons était le plus resplendissant à Broyéles-Pesmes. On faisait venir un ménétrier et on dansait dans la grange. Puis on dépendait le queiUot, casé ou gésu, sorte de grosse andouille arrondie qu'on réservait pour cette occasion.

Au chat des foins^ la dernière voiture était ornée d'un bouquet, d'un arbrisseau fleuri et enrubanné, qu'on arrosait à la maison.

Faire le tue-chien ; donner son tue-chien,

c'est faire les réjouissances gastriques accoutumées après la terminaison des grands travaux.

Le chien est un des premiers animaux domestiques dont l'homme se soit nourri. Le chat n'est venu qu'après, n est certain que les hommes des époques de la pierre et du bronze mangeaient plus de chiens et de chats que de moutons ou de veaux gras. Faute de mieux, on sacrifiait jadis un chien ou un chat pour festoyer la fin des ouvrages, et c'est par tradition de ces pratiques lointaines qu'on dit encore tuer le chien, prendre le chat.

Beaucoup de dictons sont inexplicables.

Pourquoi dit-on, par exemple :

Quand il pleut et fait chaud, Le bon Dieu plante ses aulx ?

Quand il pleut et que le soleil luit, c'est le diable qui bat sa femme ou qui marie sa fille à coups de bâton?

Le bon Dieu plante ses aulx pendant que le diable bat sa femme. L'un fait bien pendant que l'autre fait mal.

Ils sont en continuelle opposition dans nos légendes.

Un jour le diable, par exemple, pour épouvanter les hommes, inventa le tonnerre. Dieu survint, qui les rassura et qui leur dit : « Ne craignez point ; je ferai Téclair, qui » vous préviendra ; et, par un signe de croix, vous pourrez » toiqours conjurer ce mal nouveau » Et voilà pourquoi tout bon chrétien se signe quand il fait un éclair.

Pourquoi dit-on encore :

Jamais petit loup n'a yu son père î

Quand une louve est en rut, des loups innombrables ne tardent pas à accourir du fond des bois. On en voit des vieux et des jeunes, des gras et des maigres, des gris, des noirs, des blancs, des rousseaux, à la queue leu leu, quoi. La louve promène sans trêve ni merci à travers les forêts et les plaines cette file de poursuivants silencieux. Puis, quand ils s'endorment à la fin, eUe s'arrête, se laisse couvrir et disparaît. A leur réveil, les loups dévorent celui qui a été le préféré. Les caresses d'une louve donnent la mort, et, dit-on, jamais le louveteau ne voit son père.

Pourquoi dit-on :

Jamais vipère n*a tu son père ni sa mère.

La vipère femelle coupe la tête du mâle et Tavale. Cette tête opère ainsi la fécondation dans les entrailles, et les petits, pour sortir, rongent le ventre de leur mère.

Ces erreurs-là se perpétuent chez nous par les traditions orales. Elles sont vieilles de plus de deux mille ans. Elles ont été accréditées par Pline, Galien, saint Jérôme, et combattues dans les écoles de médecine dès les xiv* et XV' siècles.

C'est donc aux veillées de mon village que j'ai entendu

professer, dans mon enfance, toutes ces belles notions d'histoire naturelle.

Les veillées commencent à la Notre-Dame de septembre, à la Notre-Dame voyouse ou veilleuse, comme on dit. Et elles ont une telle importance dans la vie du campagnard, qu'il s'en sert pour dénommer la saison d'automne, qui est chez nous la saison du veillin, c'est-à-dh*e la saison des veillées et des bonnes causeries du soir ^ C'est la saison du foyer, comme le printemps est la saison du patchi foue (partir dehors).

L'automne ramène avec lui tous les ans les jouissances profondes de la vie domestique. La nature va mourir, le ciel devient gris, les vents sont froids et brumeux, les oiseaux du bon Dieu ne chantent plus, et la nuit vient vite. Tout porte à la tristesse et à de vagues appréhensions.

On se retire donc de bonne heure à ïoutau^ où les impressions de tous se marient et créent ces bêtes impossibles qu'on appelle des dragons y des vouivres, des loups garoux, etc., chimères auxquelles on croit presque quand on a peur.

Aht cette saison-là marque vivement au cœur. EUe creuse un sUlon indélébile. On s'en souvient et on l'aime jusqu'à la mort, quoiqu'elle soit (ou peut-être parce qu'elle est) le temps des tristes pensées.

On soupe de très-bonne heure, après quoi on se range pour travailler autour d'une lampe fumeuse en cuivre, accrochée au coin de l'âtre. On teille le chanvre, on débourre le turquie, en regardant filer Vœuvre ou les

< On donne aussi à la clématite, qui fleurit en automne, le nom de veillée, et celui de voyotte^ à la dernière fleur qui émaille nos prés, le çolciiique d^automne.

étaupes, toutes occupations faciles et qui permettent que la langue se donne carrière. On peut causer tant qu'et plusy ça n*empêche pas aux rouottes (rouets) de tourner.

On commence la soirée par des charades, des riôles et des devinettes ; on la continue par des contes, et on la finit par des jeux et des chansons.

Voici quelques spécimens de ces différents amusements

populaires :

Jean, dourmâ-vous (donnez -vous)? — S'i ne dourmoae pas, qu'as^e que tu vouroues ? — Que vous m'beillin auques.

— Âhl bin I i dô (je dors) I

Eh I Pierre, lève-toi. — Pourrequoi fâre ? — Pour travailla. — Aie I die ! que j'ai mal au ventre ! 1 1

Ehî Pierre, lève-toi donc. — Pourrequoi fâre? Pour déjunâ. — Tralala I tralala t

Bonjour, Pierre I — Bonjour, Jean! — D*où venez- vous?

— De la Ghavoie. — Que fait notre vache ? — Elle a fait deux veaux ? — Que fait notre chien? — il se porte bien. — Mais vous demandez bien plutôt des nouvelles de nos bétes que de nos parents I — Et notre père, que fait-il ? — On l'a pendu. — Qu'avait-il donc fait ? — 11 avait volé im gobelet?

— Un gobelet? — Oui gobelets gobelets sonti (11 y a

fagots et fagots I) C'est le gobelet que le prêtre boit... — Le pauvre père, il a été au moins arrangé conmie il faut? — Oui, il n'a été pendu ni trop haut, ni trop bas; ce n'était que bien. — Et notre mère? — Elle est morte aussi. — Et quand est-elle morte ? — Elle est morte à Pâques ? — Elle aurait mieux fait de mourir à la Saint-Martin, on aurait au moins gagné son hiver-miget *. — Et notre sœur?— Elle est maridad. — Est-elle au moins maridad dans une bonne maison? — Non, mais tout au long (tout près)! — Et y avait-il de belles noces? — Oh I frère, je te crois I n y avait trique de pain, bouteille de vin, chaudiron de choux, chaudiron de raves, et moi qui étais l'ami de la cuiginière, j'en ai eu trois pochonnâs de plus que les autres ! 1 1

^ Ou son hivenâson, ce qu'elle a pu consommer dans son hiver.

Mais Tesprit a beau être inventif; il a bientôt dévidé son peloton. On conunence les fiaumesy les fabliaux, que la conteuse ne manque pas de commencer comme ceci :

11 y avait une fois un roi et une reine Qui ch... dans une benne; Jean-Pierre était dessous Qui ramassait tout ; François lui en a demandé, n lui a tout champé (jeté) au nez !

Et rUstoire finit tovgours par le récit d'une bombance, au goût de Tauditoire, bombance qui vous fait venir Teau à la bouche de tout le monde.

J'y étais, dit la conteuse, aidant à la cuisine. J'ai voulu tremper mon doigt dans la sauce, et d'un coup de pied au derrière on m'a renvoyée jusqu'ici I

C'est dire qu'on n'en saura pas plus long. Chacun respire.

Quand la conversation languit par trop, on recourt aux jeux.

Soisotte, i vo ravoille (réveille) I — Et de qui? — De Guilledru!... — I dô (je dors)I — I vo ravoille. — De qui? — De Jean Durand. — I voille III

I te vend mai boitelette.

— I te l'achète I

C'est trois beaux garçons qui vous prient d'amourette, — nomme-les, etc.

Toutes ces amusettes n^occupent que la langue; elles tiennent la jeunesse éveillée, tout en lui permettant de travailler. L'esprit même n'est pas trop tendu par tous ces jeux aussi simples que la chanson du rouge Poulot ou du riche Poulot (ou Ricochet).

Veux-tu que je te dise la chanson du rouge Poulot? — Oui. — On ne dit pas oui. — Pourquoi donc ? — On ne dit

pas pourquoi donc. -« Et que dit-on? — On ne dit pas que dit-on. — - Tu m'ennuies. — On ne dit pas tu m'ennuies, etc.

Telle est la chanson du Ricochet I La chanson du Biquet, les jeux du bœuf gras et du petit cachet qui étrangle, etc., ne sont pas plus compliqués.

La poule et le cochet s'en allaient aux fraises. U fut convenu qu'ils se les partageraient en bons amis. Le cochet en ayant ramassé une l'avala sans rien dire. Mais quand il sentit qu'elle lui restait au gosier, il appela la poule...

« Poule, ma mie, va me chercher de l'eau à la fontaine, car j'étrangle I »

La poule va vers la fontaine.

« Fontaine, ma bonne fontaine, donne moi un peu de ton eaU| de ta bonne eau, pour mon petit cocheri ^ qui étrangle. — Va t*en vers ce chêne, dit la fontaine, tu lui demanderas de la mousse. »

« Chêne, mon bon chêne, donne-moi un peu de ta mousse, de ta bonne mousse, pour que la fontaine, la bonne fontaine, me donne un peu de son eau, de sa bonne eau, pour mon petit cocheri qui s'étrao^. »

Le chêne renvoie la poule à la fauvette, pour avoir une chanson; la fauvette renvoie à la brebis, pour avoir de la laine ; la brebis au faudieur, pour avoir de Therbe ; le faucheur au murger, pour avoir une pierre à aiguiser sa faulx. — Bref, le murger donne sa pierre ; le faucheur, son herbe ; la brebis, sa laine ; la fauvette, sa chanson ; le chêne, sa mousse ; la fontaine, son eau ; et le petit cocheri peut enfin avaler sa fraise.

Si la langue du joueur fourche, il donne un gage.

rrsok

Petit coch«t, diminutif affectueux-

IQ

La chanson du biquet qui est au dommage, est tout aussi monotone.

G biquet, biquet, Sotiré-tu de not'bié ?

On va chercher le chien, qui refuse de chasser le biquet; le bâton, qui ne vent pas battre le chien; le feu, qui ne veut pas brûler le b&ton; l'eau, qui ne veut pas éteindre le feu; le veau, qui n'a pas soif, et finalement le boucher. Celui-ci prend son grand couteau, et le veau de suite se met à boire, l'eau à couler, le feu à brûler, le bâton à frapper, et le pauvre biquet est chassé du champ de blé.

Proudhon a reproduit (en 1849) la chanson du biquet ; il lui reconnaissait un sens paraboUque qu'il a développé très -longuement, montrant par là que dans Tannée, comme dans toute institution savamment hiérarchisée, Fexécution d'une sentence est à peu près inévitable.

Outre une idée morale bien facile à saisir, il y a, dans la plupart des fabliaux et riôles proverbiales qu'on récite aux veillées, un certain sentiment poétique, quelque chose de vague et de touchant que les invraisemblances du récit ne détruisent point. N'est-il pas admis que la baguette d'une fée peut tout faire ? N'est-il pas convenu, depuis avant la Bible, qu'un homme, avec la permission de Dieu, peut vivre dans le corps d'une baleine , comme cela est arrivé à la sœur du pauvre Dr ic- Drôle? On serait donc mal venu à nier les choses étranges qui se passaient au temps des fées. Puis, comme on dit ,

On aime mieux y croire Que d'y aller, voke * t

^ Viem-y, voire; touche, voire, etc. Le mot voire (du latin verè), si usité dans le langage ordinaire des Franc-Comtois, avait donné lieu à ce vieil adage français : Un Bourguigiion aime mieux renoier (renier) Dieu s'il ne dii vrai (voire) !

Ce n'est pas ici le lieu de rapporter les beaux contes que j'ai entendu redire à nos yeiUées. Je me contenterai de rapporter un court apologue qtd se dit partout :

On raconte qa'un jeune paysan s'était amusé à soulever un veau venant de naître. continua cet exercice chaque jour, et chaque jour il soulevait ce fardeau, qui ne devenait pas de mois en mois sensiblement plus lourd. Il finit, cet enfant, par soulever tm bœuf.

C'est évidemment pour dire que l'exercice d'une faculté la fortifie, et cela dans des limites surprenantes.

La plupart des paysans qui entendent ces anecdotes, ces jeux dès le bas âge, n'en saisissent pas de suite le sens caché. Mais l'esprit général de ces légendes n'en est pas moins médité, et finalement compris et goûté par beaucoup d'entre eux.

Revenons, pour finir, à nos proverbes.

Il ne faut pas s'étonner de la transnûssion, pour ainsi dire indéfinie, de ces racontars traditionnels, si l'on considère que l'idée insignifiante ou absurde d'un jeu de mots peut se perpétuer dans le peuple quand depuis des siècles déjà le jeu de mots n'existe plus.

Si quelqu'un rencontre un essaim de jeunes filles (ou de jeunes garçons), il manque rarement de dire :

n ne pleuvra pas avgourd'hui, car les belles nuées sont en route.

C'est, suivant M. Toubin, un jeu de mots latin portant sur la ressemblance de nubes, nuées, et de nubiles, îemxes gens. « Un jeu de mots romain, scoute notre savant Salinois, )) ayant encore cours aujourd'hui, on n'en citerait pas » beaucoup. » {Mém. Soc, d^émuL du Doubs, 1868, p. 295.)

J'en citerai pourtant un autre, pour finir, qui est très-*

répandu en Franche-Comté, et peutiln Hmï dmm tonte la France.

fi fwu mangti da lièyre, yow iefei belle pendant naaf

jours.

C'est pour dire que si quelqu'un vescitur lepare (lièvre), lêpore (grâce) vestiiur.

J'attribue ce caiemboiu'g à quelque cuistre du bas empire.

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