LES QUOLIBETS OU PROVERBES HUMORISTIQUES
C'est dans les dictons humoristiques surtout que se révèle la causticité maligne des gens du peuple, ou ce qu'on nomme Fesprit gaulois.
Jadis les devis plaisants et quereleurs étaient fort de mode. Dans les écoles, on tenait à honneur d'argumenter quand même et de soutenir mordicus le contrepied de ce qu'un autre avait avancé, sa proposition fùt-elle évidente comme le soleil. 11 y aurait eu honte à ne combattre point. Plus frivoles que nous, les anciens avaient cette manie de disserter à tout propos et sur toutes choses. Plutarque nous en fournit la preuve.
Un jour le philosophe Démocritus mangeait des figues. Il trouva qu'elles avaient un goût de miel. « Où avez-vous » cueilli ces figues? » demanda le philosophe à sa servante. Celle-ci lui indiqua un certain verger. « De ce pas donc je » vais m'y rendre, dit-il, afin de mieux découvrir sur place » à quoi peut tenir la saveur miellée de ces fruits. » — « Qu'à cela ne tienne, répond l'esclave en riant du feu » scientifique du bonhomme, rasseyez-vous; vos figues
ont cette ftavenr parce qu'elles ont été mises par inadvertance dans lin vase où il y avait eu du miel. — J*en i sais fâché vraiment, reprend Démocritus ; mais je n*en » veux pas moins poursuivre ma première idée et voir D dans le verger même ce gui aurait pu donner à mes vagues une pareille saveur. » Le vieux philosophe ne voulait pas perdre une si belle occasion de disserter sur un fait scientifique neuf et surprenant.
Le goût des disputes a surtout caractérisé la scolastique du moyen âge. Or, ce goùt-là survit dans les gens du peuple. On ne festoie guère à la table de Tailisan sans faire assaut de bel esprit ; et Ton y apprécie beaucoup celui qui, par d*adroites réparties, sait mettre à bout ses adversaires. Les proverbes humoristiques ont en général le privilège d égayer tout le monde, et de mettre les rieurs du côté de celui qui sait les dire avec à-propos.
S 81 • — Qnollbeto d'an sexe A l*antre«
i** Sur lea femmos.
S'il nait une fille, on dit :
C'est une pisseuse.
C'est un garçon du mois de janvier.
Un garçon de paille vaut une fille de foin.
Les filles et les chevaux Sont des ruine-outau.
Mort de femme et vie de chevaux Ramènent le pain & l'outau.
Ua koiiim« qui p«ré mi femme %i 4a T^obe n^ ye^rd rien; cax avec la peau de sa vache il retrouve ime femme, et [ avec Tarmoire de sa femme il rachète une vache.
Le trousseau d'une fille à la campagne ae va pas sans une armoire destinée à serrer le linge, les papiers, Fargeat. A qui Dieu veut ayder, sa femme meurt, dit un vieux proverbe français du xv!"" siècle.
Deuil de femme morte Se quitte à la porte.
La femme doit parler Quand les poules vont pisser.
Une femme et une poire qui se taisent sont bonnes. La poire ne doit pas crier quand on la coupe.
Femme maligne et poule qui pond Font grand bruit à la maison.
Et les femmes malignes ne manquent pas, en Comté comme ailleurs.
Un chapelier facétieux avait pour enseigne trois têtes dans un diapeau, une tête de femme entre une tête de singe et une tête de chat. On lisait au-dessous, pour aider à rintelligence de la chose : Au chapeau rempli de malice!
Il existe encore aux portes de Besançon, sur Tancienne route de Pouilley-les- Vignes, une autre enseigne mémorable et célèbre dans la province. Elle représente une femme dont la tête est cachée derrière un éventail. C'est Tauberge de la femme sans tête. Toutefois on a compté ici sur la perspicacité des passants, et on n'a pas jugé à propos de faire parler cette figure allégorique.
Battre une femme c*est batire fausse monnaie.
L'amour d'une jeune fille, c'est un feu de paille : il n'en reste ni charbon ni braise.
L'amitié d'une jeone fille, c'est rosée du mois de mai ; au chô leyâ (au soleil levé), il n'y en a plus.
Chez une femme faite, au contraire :
Quand le feu est dans le vieux bois on ne peut plus réteindre.
Marie ton garçon quand tu voudras Et ta fille quand tu pourras.
On marie les filles comme on cueille les fourches, quand on trouve.
Celui qui a une fille à garder, De nun (personne) ne doit causer.
On est moins en peine d*im garçon :
Mon coq est lâché, gardez vos poules!
Mariée ou non, la femme devient ce que Dieu veut. Il est dans sa destinée d'être le jouet de la volonté d'autinii. L'homme, jusqu'à im certain point, règle sa fortune, la fem^tà subit la sienne. Aussi, écoutez ce poétique et triste adage :
Les femmes et les chevaux Ne savent pas leur rétro* (lieu de retraite) f
Comme les chevaux, les femmes sont des objets que le caprice, hélas I estime trop souvent : elles ne savent comment elles finiront. Par mari, reine; par mari, misérable, disent les Espagnols. (Voir § 11, 2* série.)
^ M. Dartoit croit que ce mot vient de retrà, en arriére. Le «ena du dicton semble indiquer que rétro vient de retiro, lieu où Ton va se reposer.
2* Sur les ]i.o]na.zxi.e».
On est trompé en melons Comme en garçons.
Les garçons sont comme les melons, Il faut en tenir cent pour en avoir un bon.
En France, ce quolibet s'applique aux femmes :
Femmes et melons A peine les cognoit-oni [Frùv. fr.)
Gaichon, chaiton (garçon, chaton), Mairià, chaidon (marié, chardon).
Quand on garçon se marie^ il lui pousse aussitôt sa dent de loup.
Son amour?
Ç*o de iau dans enne houtte É n'en tin pas ne goutte.
C est comme de Teau dans une hotte, il a*w reste pas goutte.
Quand Thomme est retenu à la maison, c'est un toucheà-tout fort désagréable, se mêlant le plus souvent de ce qui ne le regarde point. Aussi, dit-on :
Las couchons ai lai velle et las houmes au quart du feu, Ç'o in fier enneu.
Les cochons au village et les hommes au coin du feu, c*est un rude tourment. C'est qu'en effet, quand les porcs qui sont habitués à aller au pâturage, restent à Tétable un jour de fête, ils poussent des cris à vous fendre Tâme. On a beau remplir leur auge, ils font rage pour sortir. Et cela crève le cœur des bonnes ménagères...
Au reste, beaucoup d'hommes sont, hors de chez eux,
agréables et d^humeur gaie, qui sont insupportables à la maison.
Bon dieu de rae, diabe d'outan.
Bon dieu dans la me, c*est im diable à la maison.
Voici la plus accablante satyi*e gui puisse être adressée à régoîsme des mâles.
Serrez Godard (ou soignez Godard), sa femme est en couches.
C'est Godard qui est à plaindre et qui se plaint, quand sa femme est en couches ; c'est lui qui gémit le plus, quand elle souffre.
On peut dire de ces quolibets comme du vin de Mont* boucon : S'il n'y en a guère, c'est du bon.
5 Itlt. — QaolIlMto «UF quelques professions.
Apo^^tcotres. Opère ou n'opère pas (on dit plus crûment), U faut que la médecine se paie.
Opère ou n'opère pas, c'est le même prix.
BowcAers. Voyage de boucher.
Cest-à-dire de peu d'importance. Les bouchers font de fausses sorties et reviennent vingt fois pour obtenir une diminution sur le prix de la bête qu'ils marchandent.
Qharj^mtiers. Il fait comme le charpentier, qui arrose le bois avant qu'il soit couvert.
Jeu de mots qui s'adi*esse aux ivrognes.
Le charpentier poM le bouquet quand il a {daoé «à charpente, et il n'attend pas pour faire le chai de sa besogne que les tuiles soient sur le toit.
Charrttien. Charretier, paies*tn bouteille? -** In f in I Charretier, viens boii'e bouteille I — Ho î ho I
CoupeuTt, La prière du coupeur, pisse et te couche.
Le coupeur dit la prière des pauvres gens, Couche-toi et t'étends.
Qardet. Un garde est de dix-huit degrés plus bas qu'un chien.
Ce n'est pas un honnête homme qui veut se mettre garde!
Parce que tous ceux contre lesquels il verbalise le décrient.
Qms d'Eglise, Qu'est-ce que l'Eglise? — C'est une maison sans cheminée, qui nourrit trois paresseux : le maître, le curé et le marguiller.
, On débite cela comme une réponse de catéchisme, en ayant soin d'élever la voix sur le na^ ânaL
Maçons» Soupe de maçon.
Droit le pochon.
Chauveau de maçon.
C'est une grande bouteille.
Magnins, Faire comme le magnin, mettre la pièce à côté du trou. Les magnins font neiger.
Ils font leur apparition dans nos villages à la fin de TautomnO; après la saison des travaux. Ces industriels ambulants étament la vaisselle, refondent les cuillers d'étain, réplâtrent les chaudrons et les casseroles, la faïence cassée, etc.
Le magnin est aussi un brouillard malfaisant qui flétrit les vignes. Quand on voit les feuilles d'u&e vigne devenir
noires un beau matin, on dit que la vigne est magnmie, que le magnin a passé dessus,
Jianniers, Gomme les mariniers, manger sa soupe après les autres plats.
Médecins. Gomme le médecin de village, on vient le chercher en voiture et il s'en retourne à pied.
Meuniers, Pâques de meunier.
Faire ses p&ques avec les meuniers.
Aussi tard que possible.
Douze meuniers, douze taiUeurs, Douze tisserands et douze percepteurs, Quarante-huit voleurs
Le tic-tac de son moulin lui dit en commençant : Prends \ prends I prends I... Puis, quand il marche hien : Pour toit pour moil pour toil pour moif... Enfin, quand il va vite : Tout pour moi I tout pour moi t tout pour moi 1...
On débite cela en allant de plus en plus vite, comme fait le tic-tac du moulin.
Gomment est-ce que dit ton moulin? — Vôôôleur I vMleur t voleur I le père, la mère> les enfants, tout s'en sent! tout s'en sent I tout s'en sent I
Trois bêtes suivent le convoi du meunier. La caille qui dit : Paie tes dettes I paie tes dettes!... Le canard qui demande : Quand ? quand? quand?... Et la chèvre qui répond : Jamaisl... mais!... mais!...
h'étre. Il faut que la chenille vive du chou et le prêtre de son autel.
Bien de prêtre et fromage fondu, Ça doit se manger chaud, pour n'être pas perdu.
Le fromage fondu est un produit qui se consomme à la maison et ne se vend guère au dehors. C'est le caséum
te lait bien ezpriméi» detséché, un peu fennenté, pou fondu avec du beurre et du seL On TappeUe^ #n Comté, fromage gaudot ou cancoiUotte.
Qu'est-ce qu'il y a dans les pointes de son trioome?
— Dans la première : Nous empocherons tos sous et tous n^empookerez pas ks nôtres; dans la seconda : Nous saurons yos secrets et^wus ne saurez pas les nètoes; dans la troisième : Nous amuserons vos femmes et vous n'amuserez pas les nôtres.
Mon garçon, disait un rostre, a toutes les dispositions pour être prêtre : il est paresseux comme un chien, gourmand comme un chat et ne veut rien faire qu'on ïie le paie.
Et combien d'autres malicieux quolibets, que le vulgaire répète et qu'il répétera tant que la retigion recrutera de mauvais ministres I
Aeitttirs de seiUes, 11 a la conscience d'un reloyou (relieur) : elle ne le gêne pas.
lia conscience des relieurs de seilles est une pièce de bois qu'ils mettent devant leur poitrine pour se soutenir et ne se blesser point dans leur travail.
SoMieun, Boire comme un sonneur.
On sonne, dans les villages, à la Toussaint, presque sans discontinuer du soir au matin, afin de rappeler aux vivants que c'est demain la fête des morto. Le sonneur officiel requiert, pour une nuit pareille, l'aide et l'assistance de gaillards altérés et àonse voluntatis, qui vont de porte en porte, avec des barils, quêtant du vin et des salaisons. Ce qu'on recueille dans la quête» au moins en liquide , on le consomme reetà dans les vingt-quatre heures.
IVsierand». Pour faire une bonne ente, il faut oater 9K lîssittaBd et im oMiuiier : si Ton ba prend paa» VwAm^ imndn.
Son metkr elML navatte lui chantent sans cesse ce monotone refrain :
Prends I prends l prends t Et ne rends Ran (rien).
S S8« — Qnolibeto nnr quelque» nome de faïuillei
Barlri%i. Ce sont les arbres de Barbizi, Sitôt plantés sitôt repris.
Ce personnage vendait des arbres qu'il iJantait le jour et qu'il venait reprendre pendant la nuit.
Barrey. n a été vacciné par le père Barrej, Avec son gros soulier ferré.
Il est variole.
Le docteur BaiTey a laissé quelques écrits sur les épidémies en Franche-Comté. Il a contribué beaucoup à vulgariser la pratique des vaccinations, Inaugurant en qliètquô sorte, à Besançon et dans le département du Doubs, le service tel qu'il existe eneore.
Chazerand. C'est comme la perruque tXi pèfé tSàaièMld, E31« a là&t Sun téo^.
Le père Chazersaril ètâlt tm andeti tffôittbfe du dirtrtet que beaufeottp de vieillards, â BêfSançott, tmt eiidôre tmtm.
Sa pêïiraqûe fat chatisoûiiéè dans ïe temps, et c'est le refrain de ièêttè chanson qui se répète âtijôuï'd'hul |flfoVerbiàlement. On dit d'une personne qui meîirt âgée ^ufèÏÏè est comme la perruque au père Chazerand I Les comparaisons historiques n'ont pas» le plus souvent^
une origine illustre. C'est le contraire qui est la vérité. Quand le marchand de pilé, ou de millet décortiqué, parcourait dans le temps nos rues, criant avec nonchalance :
Au plà I au plâ I ^ (au pilé I) Tr6 sous, trô lia (trois sous, trois liards), Quatre sous moins in lia I...,
et que, ne voyant pas de pratique, il fouettait sa rosse en
criant :
— Hue I Boyâ I (Hue I Bayard I),
à quel Bayard croyez -vous qu*il faisait allusion? Au chevalier sans peur? Allons donci De ce Bayard là, il n'avait seulement jamais entendu parler. En fait de Bayard, il ne connaissait que le cheval de Renaud, Tainé des quatre fils Aymon.
Cokts. C'est le midi de Goulà,
Tantoû toû, tantoû ta (tard).
Ce Colas était im charron d^Aubigney, qui sonnait midi quand il en avait le temps.
Demour$, il est de chez Jean Demoure,
Il eu aura, s'il en demoure (reste).
Forcati. C'est un Forçasse, c'est un Fourcasse.
Id est, c'est un garnement.
Forcatz était un général de cavalerie allemande qui, venu en 1636 pour nous secourir contre la France et les Suédois, foula odieusement notre malheureux pays, surtout les vallées de la Saône et de TOgnon. Ils nous ât plus de mal que n'en avait fait Weimar. « Les paysans ajou- » talent aux litanies des saints cette naïve supplication :
1 Voir la note page 88.
— iOl —
9 A Gala et à Força, libéra nos, Domine ; de Galasse et de )) Forcatz, délivrez-nous, Seigneur. » [Histoire de la seigneurie de Jonvelle, par MM. Coudriet et Châtelçl, p,^a70.) ; -. >
Goguey, Goguey a porté la bannière, Gogue/ la Fai^ortejrar'; I': --^ - ^ ;\
Celui qui a commencé un ouvrage le doit finir.
La paroisse de Mont-de-Villers ayant été processîonnellement à la Grâce-Dieu, Goguey, qui avait porté la bannière, se trouva fatigué, et il y eut dispute à qui la rapporterait. Le curé intervint et prononça la sentence, qui devint proverbiale. [Histoire de l'abb. de la Grâce-Dieu, par Tabbé Richard, p. 136.)
kannoi. Battre Jeannot.
C'est divaguer, ne savoir ce que Ton dit ni ce que Ton
fait.
Joignerey. C'est ici comme chez Joignerey,
On parle plutôt de boire que de manger.
Le père Joignerey, qui voiturait du matin au soir sur le pavé de Besançon, avait toujoiu*s dans son écurie de vieux bidets à longues dents, des bêtes de réforme de trois écus la pièce. Les pauvres rosses recevaient plus de coups de fouet que de coups d'étrillé, et, pour surcroît de misère, n'avaient jamais à manger qu'au quart de leur saoul. Un jour le fils Joignerey crie à son père : Père, les chevaux n'ont rien à manger! — Mène-les boire, répond l'autre.
Lehœuf, C'est comme les bœufs du Valdahon, le meilleur ne vaut pas l'autre.
Jacques-Marie Lebœuf du Valdahon, mousquetaire gris, avait noué des relations avec une demoiselle de Monnier,
fille du marquis de Monnier, premier président à la Cour des comptes, aides, domaines el finances de Franehe- Comté, et der dame Antoinette d^Arvisenet é» Lavans.
Le mQUsguètaire fut surpris une nuit, en 1763, dans ï'Uâtel dû preniier président, d'où U s'échappa en chemise, laissant dans la chambi*e de la demoiselle une culotte en siktin et des pantoufles. On 9^ prétendu que cette fuite précipitée était une comédie imaginée pour empêcher im mariage. Quoi qu'il en soit, après avoir été condamné mie première fois au bailliage de Dole, le 13 juillet 1763, et, sur appel, à la cour de Besançon, 1^ i8 pi^ 1764, le mousquetaire gris épousa M^^° de Monnier, dont il eut plusieurs fils.
Le père de notre mousquetaire avait été conseiller maitre, puis président à la Cour des comptes (1733). Le marquis de Monniçgc, qui était Fennemi personnel du président Lebœuf , parsdt n'avoir pas été étranger à ime condamnation infamante que ce dernier avait subie au parlement de Dijon, en 1750, pour fabrication de fausses lettres de change.
Le pauvre marquis de Monnier jouait de malheur. Sa âUe^ unique, lui fut enlevée par un lOQwquetaîre, et sa femme plus tftf d par Mirabeau^ Le premier scandale ne s'était ébruité qu'en Franche^Cemté ; le second retentit dans la France entière.
PajoL C'est un tour de Pajot (mauvais tour; coup de lamac).
Pape. Pécheur, SaM, Les Pêcheur d'Aulx, les Pape de Cromary et les Saint de Voray font une i^ude famille !
A Voray, il y a une belle église, mais de fichus saints î
Toitot. Certificat de Toitot : passe et redépasM^
Ttirenne, Ce n'est pas la m<nrt de Torennel Ce n'est pas un malheur irréparable.
Ce proverbe, qid se dit à Salins, doit évidemment venir de France, puisqu*à la mort de Turenne la Frandie-Comté n'appartenait pas à la Franceu
(Ch. Toubin, Mém. Soc. (fémul., laSS^ p. Sdt.)
S ^B4. — Qvollbeto mmt les pi^jnH*
Acey. n n'y a pas de moine à Tabbaye d'Acey
Qui n'ait sa gonine à Bresilley.
Gwtne, Vénus celtique, femme impure.
Ce proverbe irrévérencieux a pour pendant celui-ci, qui regarde les moines de Clteaux:
n n'y a pas un bÀtard à Prémià Qui n'ait son père à Citià. (Frov. fr,)
Alaise, Mangeurs de kermeuches.
KermeucheSy écume de beurre fondu.
(Delacroix, Alaw et SéquanU.)
Alaise est la ville, et Sarraz est la capitale.
(Ed. Clerc, Ehfde$îiwt AUrisej page 9%.)
C'est capitale de la misère qu'il faut entendre.
Amagney, Las poûres gens d'Âmagney.
Lorsqu'il y a ime bonne récolte et qu'on demande aux femmes d'Amagney d'où elles sont, elles répondent vivement : / son dAimaigney, d'Aimaigney las poîrottes! Et quand les fruits manquent, elles répondent tristement : Là-moi! i son de cas poûres gens d'Aimaigneyl
Andelatre, Ândelarre, Andelarrot,
Les femmes n'y valent pas un po (crepitus).
ÂrboU. Aibois lo renom, Polign; le bon.
C'est la variaate usitée à Poligny, dont les vins, juBt«meut estimés, se buvaient jadis sur les meilleures tables d'Allemagne. {Alm. da dom Grappin, 1784, p. 383.)
Les Arboisiens disent :
Arbois le reuom, Xontigny le bon.
Montigny, c'est presque Arbois.
Ârboiaiens têtus.
Les ines d'Arboia, lea cbevaux de Salùu, Ie« bouquins d« Poligny. (Max Bdcboh, Noil* et ehanioits, p. 67.)
Arçon. Les cayets ou cayeux d'Arçon.
Caillet est un personnage naïf. Ecoutez-le qui marchande un chevreau sur la foire :
Vievou-neî VieTou pé (voulez-vous, oui ou non)t Caillet s'en va... Vievou baillé (voulez vous donner) Ce viau (veau) par-dessus le marché?
Caillet demande un veau pour faire l'appoint 1 1
An-toM-Cieon. Arc-sous-Cicon,
Autant de putains que de maisons.
AOtose. Les chats d'Athose.
Authaiion. Les gravisseurs d'Authoison.
H A Authoison, dit A. Dey dans son Mémoire sur l'Inqvi-
n silion, les sorciers tenaient leur sabbat sur les toits, U s'y
» rendaient à travers les airs en se reposant sur les arbres.
» On les appelait las graivissîts, les gravisseurs. » (P. 17.)
Les habitants d'Authoison savent monter aux axbies.
Par moquerie.
Mteraru» C'est la cloche de Batterans, Qui ne la yoit Tentend.
Se dit d*une femme criarde, acariâtre.
Beaumotte. Les sorciers de Beaumotte.
En 1660, Jean Cartier, cm*é de Beamnotte, qui avait assisté au sabbat, et qui pour ce fait avait gémi dans les cachots de Tlnquisition, dénonça et fit brûler bon nombre de ses paroissiens. Il rentra en grâce, mais la sorcerie du pasteur et des brebis n'en fut pas moins consacrée en proverbe.
Bermont. C'est un vrai bouquin de Bermont.
Enfant méchant et indocile.
îieiaw^. Orgueil et folie sont deux Carolus de Besançon.
Adage français du xvi*' siècle. Ces deux Carolus sont le Téméraire et Charles-Onint. (Le Roux de lincy, 1. 1, p. 319.)
On n'y voit que des soldats et des putains.
Des curés et des chiens.
Va d'aval, va d'amont, N'y a tel que Besançon.
^Uxndoz. Les joueras de Bolandoz (joufflus, scrofuleux).
Autrefois, pays dépourvu d'eau, on n'y consommait que de Teau corrompue des réservoirs. Aujourd'hui, la commune possède une eau de source abondante. Bolandoz est un pays riche et de bonne culture.
B&may. Ço du toutié de Bounà (gâteau de Bonnay),
Y ai ai môdre jeusqu'au nà (il y a à mordre jusqu'au nez).
Bourguignom, Les Bourguignons salés.
Ce qui s'écrivait ou ce qui se disait de la Bourgogne
avant notre annexion à la Fï*ance, s'appHqnait phie spèdalement à la Franche-Comté, qui avait eu Thonneur de conserver jusqu'à la fin du xvii^ siède la croix de Bourgogne et récharpe rouge, le duché ayant pris les Uvrée et couleur de France bien auparavant.
Ainsi, on réputait jadis en commun iH*overbe les écuyers de Bourgogne, comme on répute aujourd'hui les serviteurs de Comté.
On disait Bourguignons têtus, comme on dit encore chez nos voisins d'outre Saône : Entité comme un Comtois; Comtois, tête de bois, etc.
Quoi qu'il en soit, il est très-certain que l'épithète injurieuse de salés s'appliquait surtout aux Franc-Comtois. « Le » mot de Bourgougnons salés, que l'on nous doue plus- » tost qu'à ceux du duché, ne vint pas, etc. » (GoUut, Mém, de la Républiq. sequanoise, p. 58. Arbois, mdcccxlvi.)
Quelle fut l'origine de cette épithète? Que signifiait-elle? Et quelle idée d'outrage y rattachait-on dans le principe ?
Feu Peignot a publié en 1835, à Dijon, un opuscule de quelques pages où sont rapportées les différentes conjectures qui ont été formées à ce sujet. Aucune ne me satisfait pleinement. Je les résume.
Etienne Pasquler pense que ce surnom moqueur fut donné aux Bourguignons-Comtois par les Allemands, de 364 à 375. On les aurait dits salés, en Germanie, à cause des démêlés continuels qu'ils avaient au sujet de leurs salines. C'est aussi, parait-il, le sentiment de M. le président Clerc.
Paradin veut qu'on ait raillé les Bourguignons à propos de leur baptême. Cette épithète, suivant GoUut, viendrait
donc de ce qne les Séquanais, car an appliquait à ceuX'-ei plustost qu'à ceux du Atché ce broquari joyeux, ont été 1m premiers instruits, catéchisés et baptisés dans les Gaules.
L'armure de tête des Bourguignons était la salade ou bourguignotte. Suivant certains auteurs» le sobriquet de salés rappellerait Topiniàtreté des Bourguignons, qui avaient effectivemcint la têto très-dure. D*Aubigney les traite de Bourguignons têtus. {Ducatiana, p. 470.)