SCENE PREMIÈRE
M. DE SAINT-FIRMIN est étonné, en entrant, de ne voir personne.
Quoi, Pauline n'est point ici! Pauline, Pauline! Que peutelle être devenue? Comment a-t-elle pu se résoudre à sortir sans moi? Elle ne saurait être loin. Elle craindrait trop de raV larmer. Quelle femme pourrait être aussi sensible! Sa tendresse pour moi... sa tendresse!... et j'ai fait son malheur, moi!... Oui; c'est mon amour.... Ah, Pauline! loin de me le reprocher, le tien pour moi semble augmenter encore ! Quelle union devait être plus heureuse! Mais relisons la lettre que j'écris à mon oncle. Non, son âme ne saurait être toujours sans pitié! Que Pauline ignore du moins mon projet, s'il ne réussit
pas. (Tl s'assied, une table devant lui, sur laquelle il y a une écritoire, et il tire de sa poche un papier qu'il lit.)
« Vous êtes bien vengé, monsieur, de ma désobéissance; » j'ai fait le malheur de tout ce que j'aime. Pauline languit a- » vec moi dans la plus affreuse misère : sans avoir su mes torts » envers vous, elle en partage la punition. Oui, monsieur, elle » se reproche sans cesse d'être la cause, quoique innocente » qui m'a fait encourir votre indignation. Pourquoi , san< » connaître, avoir refusé votre consentement à notre mariage, » et m'avoir forcé, par cette résistance, à vous demander les » biens dont vous ne vous étiez chargé que par bonté, par a~ » mitié pour moi? Ils m'ont été ravis, ces biens, par un mons- » tre qui, sous le nom d'ami, a trahi ma confiance. Ce n'est » pas pour moi que j'implore votre pitié; c'est pour une fem- » me vertueuse que j'adore, que vous aimeriez si vous la con- » naissiez. Doit-elle être la victime de mou imprudence? Ah,
la
» mon oncle! ce n'est point ma cràce que je demande, mon » repentir ne suffit pas; mais Pauline mérite vos bontés : souf- » frez qu'eile aille vous trouver; soyez l'asile de la vertu... » Mais j'entends quelqu'un... C'est elle-même, (il serre sa lettre dans
sa poche.)