PAULINE, M. DE SAHNT-FIRMIN
Ah, chère Pauline, en quel état vous voilà ! Quel accablement! Que vous est-il donc arrivé?
PAULINE , s'assejant.
Ah, Saint-Firmin , laissez-moi respirer!.... Je suis horriblement fatiguée.
M. DE SAINT-FIRMIN
Je ne comprends pas pourquoi , seule , vous avez pu vous hasarder au milieu des embarras , du tumulte.... Vous, heurtée, sans égard ; froissée par la foule.... dédaignée par ces àmes méprisables qui ne se sont enrichies qu'à force de bassesses ; la vertu rampe quand le vice triomphe, et c'est à moi que vous devez cette humiliation !
PAULINE
Ah, que vous augmentez ma peine , en vou'ant vous rendre seul coupable de nos maux! Eh , sans moi, les auriez -vous éprouvés? Au nom de notre amour, cessez....
M. DE SATNT-FIRMIN.
Eh bien , chère Pauline , je vous obéirai ; vous triompherez toujours de moi. Mais dites , je vous prie, qu'esl-ce qui a pu vous déterminer à sortir?
PAULINE
Le désir d'adoucir tes maux ; mais , Siint-Firmin , il n'y a plus d'amitié sur la terre ; ses serments n'ont plus rien de sacré. Conservons précieusement cet amour qui nous reste.
M. DE SAINT-FIRMIN
Et c'est cet amour qui te perd !
Lui? Non : le bonheur affaiblit souvent l'amour ; mais notre malheur m'attache encore plus vivement à toi : dans tes bras il n'ose me poursuivre.
M. DE SAINT-FIRMIN
Que d'amour! que de courage!
PAULINE
Nous en avons besoin. Ecoute-moi. Effrayée de la cruelle situation où mon amour t'a réduit; près d'être accablés par les créanciers du malheureux à qui nous nous sommes confiés et pour qui nous avons répondu , à peine as- lu été sorti , qu'il m'est venu dans la pensée que nous pourrions peut-être recouvrer nos effets.
M. DE SAINT-FIRMIN
Comment?
PAULINE
Julie, avec qui j'ai été au couvent, l'amie la plus tendre que j'aie eue de ma vie, Julie, ai-je dit, est à Paris ; femme d'un homme en place, son crédit pourra nous servir. Je crois déjà voir dissiper tes niaux.; Julie va les adoucir, son amitié pour moi me fait tout espérer. Je sors , je cherche sa demeure ; un vaste hôtel , une suite nombreuse m'assurent quelle jouit de l'état le plus brillant ; j'applaudis à son bonheur, mon cœur le partage et me fait penser que je vais l'augmenter en la revoyant. La simplicité de mon vêtement jette dans l'erreur celui qui me conduit : il me mène chez les femmes de Julie j je me fais annoncer sous ton nom , pour jouir de sa surprise et de toute la joie qu'elle aura de me revoir. J'entre , je lui parle j mais, Dieu ! son âme n'est plus sensible au son de ma voix; à peine daigne-t-elle me regarder. Que voulez-vous? me ditelle. Sa froideur me pénètre de douleur, la force m'abandonne , je ne puis répondre j elle réitère ses questions. Voyez, lui dis-je avec peine , c'est Pauline : n'êtes-vous plus Juîie? Pau-
lineî Pauline ! reprend elle sèchement; qu'on lui donne un siège, et laissez-nous. Je respire, je me iJatte quelle va se jeter dans nies bras ; mais continuant avec la même indifférence, dans quel état vous voilà ! que vous est-il donc arrivé ? D éprouver ce que l'ingratitude a de plus affreux! de ne voir en vous qu'une àme hautaine au lieu d'une ame sensible que j'espérais y trouver. Je vous plains, a:-je ajouté en me levant, de ce que la fortune a entièrement changé votre cœur. Dans cet instant un jeune homme est entré avec fracas : je suis sortie ; elle m'a suivie, en me disant, voilà dix louis, peuvent-ils vous être utiles? Non , ai-je répondu fièrement , je les recevrais avec transport des mains de l'amitié , je les refuse avec mépris de celés de l'orgueil. Et la mort dans I'àme , je me suis traînée jusqu'ici , où je te retrouve. Tes regards me consolent, et ton amour effacera sûrement le souvenir d'uu procédé aussi humiliant et aussi affligeant pour l'humanité.
M. DE SAINT-FIRMIN
O femme toujours respectable ! que vis-à-vis de Julie, dans votre infortune, vous étiez au-dessus d'elle!
PAULINE
Mais vous , qu'avez-vous fait? que vous a dit Virteil?
M. DE SAINT-FIRMIN
Rien , je ne l'ai pas vu. Il vient d'avoir un régiment; et dans la joie de s'y aller faire recevoir, il est parti tout de suite.
PAULINE
Eh bien, qu'une sage économie nous soutienne jusqu'à ceque...
M. DE SAINT-FIRMIN
Sans argent, sans ressources
PAULINE
Sachons nous restreindre au seul nécessaire; dans cette solitude , nous ne craindrons pas les regards de ceux qui veulent qu'on rougisse de n'avoir plus que de la vertu.
Ah ! certainement, loin de nous chercher, ils nous fuiront. Mais j'entends quelqu'un ; c'est le tapissier de cet indigne Préval : nue veut-il?