ROSALIE, JUSTINE, M. RAIMOND, DE L'AUNE, GRAND-PIERRE
M. RAIMOND
Que peut-elle avoir contre moi? Elle ne m'a jamais traité comme cela.
GRAND -PIERRE
Monsieur, j'allais chez vous.
M. RAIMOND
Dites-moi donc, Grand -Pierre, est-ce que mademoiselle Javotte est fâchée contre moi?
GRAND-PIERRE
Pourquoi donc?
M. RAIMOND
C'est qu'à peine m'*-t-elle vu, qu elle s'est retirée tout de suite.
GRAND-PIERRE
Elle a peut-être cru voir venir sa mère.
M. RAIMOND
Non, elle n'y était pas, et voilà ce qui me surprend de plus en plus.
Ron! tout cela ne fait rien. Tenez, voilà sa réponse à la lettre d'hier au soir; lisez-là, vous verrez de quoi il retourne.
M. RAIMOND
Eh, donne donc. (Il lit la lettre.)
«Je vous remercie bien, monsieur, de ce que vous m'avez en- »voyé avec votre lettre, c'est bien galant à vous : aussi je ne » vois personne qui vous ressemble. J'ai bien du regret de ne »pas pouvoir vous parier; mais il faut que je fasse comme ce- » la à cause de ma mère, qui me dit toujours qu'il faut fuir » l'amour, parce que tous les bommes sont des trompeurs. Je »ne crois pourtant pas que vous en soyez un; c'est pour- »quoi
GRAND-PIERRE
C'est pour celar qu'elle s'est en allée quand elle vous a vu.
M. RAIMOND
Tu le crois, Grand-Pierre?
GRAND-PIERRE
Ah! sûrement, monsieur.
M. RAIMOND, lisant.
«C'est pourquoi il faut que vous preniez patience, et que » vous ne fassiez que ce que je vous manderai quand il en sera » temps. J'ai changé d'avis au sujet des bas de soie; j'aimerais » mieux un petit cœur d'or, pour pendre à mon cou, parce » que cela ressemblerait tout-à-fait au vôtre, et que je le ver-» »rais toujours. Si cependant vous avez acheté la paire de bas » de soie, envoyez-la-moi. Adieu, mon cher monsieur, j'en- » tends ma mère; je ne puis vous en dire davantage.
» Javotte. »
Quelle est charmante! Qu'elle a d'esprit!.... Ne trouves-tu pas, Grand-Pierre?
Oh! monsieur, sans doute; mais ce n'est pas là tout : si vous entendiez, quand elle parle, ce qu'elle dit de vous.
M. RAIMOND
Eh! dis donc, dis donc?
GRAND-PIERRE
Elle dit tout plein de choses.
M. RAIMOND
Mais quoi encore?
GRAND-PIERRE
Dame, premièrement elle disait Attendez, attendez
Je ne saurais me souvenir de tout cela.
M. RAIMOND
Disait-elle qu'elle m'aimait?
GRAND-PIERRE
Oli ! beaucoup , beaucoup.
M. RAIMOND
C'est bien vrai?
GRAND-PIERRE
C'est toujours par où elle commence.
M. RAIMOND
Cette chère enfant ! qu'elle est aimable ! Allons , je m'en vais lui écrire, etlui acheter ce qu'elle me demande. Mais, dis donc, n'ai-je pas bien raison de l'aimer de tout mon cœur?
GRAND-PIERRE
Vantez vous-en. N'allez pourtant pas songer à vouloir lui parler avant quelle vous le mande.
M. RAIMOND. t ,
Ne crains rien , ne crains rien. Ce n'est pas la première fois que j'ai eu une intrigue amoureuse -? je sais comme cela se mène.
GRAND-PIERRE
Vous me paraissez bien malin , vous monsieur Raimond,
M. RAIMOND
Pas mal , pas mal. Ah I j'oubliais bien le meilleur, ma lettre et les bas. Tiens, donne-lui cela. La joie m'étourdit si fort....
GRAND -PIERRE
Je le vois bien.
M. RAIMOND
Sûrement, puisque j'oubliais aussi de te donner quelque
chose. Tiens. (Il lui donne unécu.)
5û LE BOITEUX.
GRAND-PIERRE
Oh , monsieur, cela ne fait rien ; et ce n'est pas pour cel; que j'en parle.
M. RAIMOND
Adieu , adieu Je te retrouverai ici ?
Oui , oui , monsieur, je n'en démarerai pas.
JUSTINE ET ROSALIE, voyant s'en aller M. Raimond, chantent.
Il est pris, Il est pris , IL est pris.