‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 2)Chapitre 15 sur 236 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

JUSTINE, ROSALIE, DE L'AUNE lisant, cirant, et levant les yeux au ciel de temps en temps; GRAND-PIERRE , regardant aller M. Raimond.

GRAND-PIERRE , à Justine et à Rosalie.

Tenez , mesdemoiselles, voilà une lettre.

JUSTINE

Oui , mais il y a encore autre chose.

* $ GRAND-PIERRE

Il y a des has. Les voilà.

JUSTINE

Voyons, voyons. Ah ! il y en a deux paires.

ROSALIE

Cela fera une pour toi , et une pour moi.

JUSTINE

Sans doute.... Ils sont assez beaux.

ROSALIE

Et sa lettre?

Oui , voyons ce qu'elle dit.

GRAND-PIERRE

Il est bon de savoir s'il n'a pas grande envie de parler à mademoiselle Javotte.

LE BOITEUX. 3l

JUSTINE lit.

« Je suis bien charmé , mademoiselle , de ce que vous me » faites l'honneur de me dire que tout ce qui vient de moi vous » fait toujours plaisir ; je le redouble aujourd'hui ce plaisir, en n vous envoyant deux paires de bas, au lieu d'une que vous » m'avez demandée. Je vous prie de les accepter. Je crains m seulement qu'ils ne soient trop larges pour une jambe aussi » jolie que la vôtre. Ah ! si je pouvais baiser ce qui est au bout, » je veux dire votre pied , que je serais heureux !....»

GRAND-PIERRE

Je croyais que c'était le genou, moi, qu'il voulait dire.

ROSALIE

Le genou, Justine ! (Riant.) Ah ! ah ! ah ! Il n'est pas si malin que cela.

JUSTINE

Oh ! pour cela non.

(Elle conlinne de lire.)

« Que je serais heureux ! J'attends le moment fortuné où je 3) pourrai vous dire de vive voix que vous régnerez toujours » dans mon cœur. Je ne vous crois pas ingrate; mais il fau- » drait me le prouver. Je vous l'ai déjà écrit, et vos beaux » yeux ont dû lire et penser que je suis incapable de vous re- » chercher autrement qu'en légitime mariage, et comme vo- » tre très-humble et très -obéissant et respectueux serviteur

n Raimond. »

ROSALIE

Il n'est pas trop empressé 3 ainsi tu vois bien que tu n'as rien a craindre.

GRAND-PIERRE

N'a-t-il pas envie de lui parler de vive voix? S'il allait l'entreprendre , et rencontrer la mère , madame Lonvier, je serais flambé.

JUSTINE

Je m'en vais lui recommander encore de se tenir tranquille: ne sois pas inquiet. Rosalie , donne-moi l'écritoire.

ROSALIE

Tiens , îa voilà.

GRAND-PIERRE

Ah bien, je m'en vais vous laisser l'aire, (il va s'asseoir sur une

pierre, et ilfume sa pipe.)

JUSTINE, la plume àla main.

Ah çà , qne demanderons- nous à présent? Je voudrais bien avoir une montre.

ROSALIE

Ah ! une montre : c'est trop cher.

JUSTINE

Oui, c'est vrai ; mais quelque chose qui nous valût un peu d'argent.

Un peu d'argent?. . . Comment faire? Ah ! tiens, il faut lui demander un bonnet à la grippe : il viendra peut-être Tacheter ici; cela nous divertira, et nous aurons l'argent et la marchandise.

JUSTINE

Tuas raison; c'est bien imaginé. Allons, je m^en vais écrire.

(Elle écrit, et elle montre à Rosalie à mesure. Elles rient toutes les deux en faisant la lettre.)

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