M. DE SAINT-FIRMIN, PAULINE, M. VINCENT
M. VINCENT
Monsieur, si je ne me trompe, est monsieur de Saint-Firmin?
M. DE SAINT-FIRMIN
Oui, monsieur Vincent; que voulez-vous?
M. v:ncf.nt.
M. de Préval, monsieur, <ui ma chargé de vous fournir tout l'ameublement de la maison que vous occupiez, est parti sans me le pa\er ; et sans doute cest à vous que je dois in adresser. Voiià le mémoire.
M. DF SAINT-FIRMIN
Mais je lui ai compté cet argent.
M. VINCENT
Comme je ne l'ai pas reçu, cest contre vous, monsieur, que je dois avoir mon recours.
PAULINE
Ah l Saint-Firmin, chaque jour accroît notre malheur.
M. VINCENT
Madame, je suis au désespoir de vous chagriner -, mais M. de Pre'val m'a ruiné.... Ma famine est languissante , mourante de faim , et Ton vient d'obtenir un arrêt de prise de corps contre moi , si d'ici à deux jours je ne paie pas mille écus.
M. DE SAINT-FIRMIN
Votre peine augmente encore la nôtre, monsieur Vincent. Vous voyez les débris d une fortune entièrement ruinée par le même homme , et nous sommes sans secours.
M. VINCENT
Effectivement, je ne vois pas un des meubles que j ai fournis.
35o LES ÉPOUX
M. DE SAINT-FIRMIN
Nous les avons vendus pour payer quelques malheureux domestiques et pour subsister.
M. VINCENT
Quoi, monsieur, vous n'avez pas des amis puissants, qui pourraient vous aider encore ?
M. DE SAINT-FIRMIN
Des amis ! Avez-vous vécu jusqu'à présent sans mieux connaître les hommes? Amis , parents , tout nous abandonne.
M. VINCENT
Pour moi, je saurai mourir dans la prison qu'on me destine ; ce n'est avancer que de peu de temps ma dernière heure : mais ma femme , mes enfants
PAULINE, àM.deSaint-Firmin.
La situation de cet homme me pénètre de douleur !
M. DE SAINT-FIRMIN, après avoir rêvé.
Eh bien, monsieur Vincent, reprenez courage j j'espère pouvoir vous tirer de peine.
PAULINE
Ah , Saint-Firmin , serait-il possible !
M. DE SAINT-FIRMIN
Oui , je sais un homme qui connaît les biens qui doivent un jour me revenir : je prendrai avec lui tous les arrangements qu'il voudra .
M. VINCENT
Quoi , monsieur ? . . . .
M. DE SAINT -FIR3IIN
Vous ne devez pas être la victime de notre imprudence. Allez , dans peu j'ose me flatter de pouvoir vous délivrer de toutes vos craintes.
M. VINCENT
Monsieur, oserais-je vous demander combien je dois attendre encore?
M. DE SAINT-FIRMIN
La journée ne se passera pas, sans que vous ayez de mes nouvelles.
M. VINCFNT.
Monsieur, que ne vous devrai- je pas!
M. DE SAINT-FIRMIN
Je ne lais que ce que je dois.
Mais, Saint-Firmin, quel est donc cet homme sur qui vous comptez ?
M. DE SAINT-FIRMIN
Un homme à qui je n'avais pas pensé pour nous, mais que le désir de soulager M.Vincent m'a rappelé, et qui nous sera sûrement utile : c'est M. Warthon.
M. VINCENT
M. Warthon?
Oui.
Le banquier?
Lui-même.
M. VINCENT
Cest sur lui que vous comptez ?
M. DE SAINT-FIRMIN
Assurément.
M. VINCENT
Ah, monsieur, nous sommes perdus!
M. D£ SAINT-FIRMIN
Comment?
M. VINCENT
Hélas! monsieur, depuis deux jours il a fait banqueroute.
M. DE SAINT-FIRMN.
Justes dieux.!
Tout se réunit contre nous!
M. VINCENT
Adieu, monsieur et madame. Je suis au désespoir de tous avoir chagrinés, ce n'était pas mon dessein; je vous en demande bien pardon.
M. DE SAINT-FIRMIN
M. VINCENT
M. DE SAINT-FIRMIN