‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 2)Chapitre 19 sur 236 · JUSTINE, ROSALIE, M™ LOUVIER, M"« JAVOTTE, M. RAIMOND · texte numérisé non relu

JUSTINE, ROSALIE, M™ LOUVIER, M"« JAVOTTE, M. RAIMOND

JUSTINE, à M. Raimond.

Y a-t-il quelque chose pour le service de monsieur? Des bourses à cheveux, des nœuds d'épées, cordons de cannes, cordons de montres?

ROSALIE

Des sacs à ouvrages pour les dames, des bonnets aux proverbes, des bonnets à la grippe?

M. RAIMOND

Voilà précisément, mesdemoiselles, ce que je demande.

JUSTINE

Monsieur, donnez-vous la peine de vous asseoir. Vous allez voir tout ce qu'il va de plus beau en bonnets aux proverbes.

4o LE BOITEUX.

M. RAIMOND

Non, non; ce n'est pas cela.

ROSALIE

C'est des bonnets à la grippe que monsieur veut?

M. RAIMOND

Oui, mesdemoiselles, à la grippe.

Oh! monsieur, nous en avons; vous allez en voir, et tout ce qu'il y a de plus beau .

H. RAIMOND

Je ne veux pas épargner : ainsi —

JUSTINE

Monsieur, vous n'en avez pas l'air; et nous connaissons un peu notre monde. Tenez, monsieur, regardez cela; voilà un des plus beaux bonnets à la grippe qu'il y ait jamais eu.

M. RAIMOND

Vous me l'assurez? parce que moi

JUSTINE

Oh! pour cela, ce n'est pas monsieur que nous voudrions tromper.

M. RAIMOND

Je le crois. Et combien le vendez- vous?

ROSALIE

Faut-il parler à monsieur en conscience?

M. RAIMOND

Sans doute, sans doute; je n'aime pas à marchander.

ROSALIE

Eh bien, monsieur, c'est douze francs, ni plus ni moins.

M. RAIMOND

Douze francs? Ne pourriez -vous pas l'embellir un peu? mais d'une façon modeste cependant; je voudrais y mettre un louis.

Monsieur, rien n'est plus aisé. Justine, il n\ a qu'à y mettre un ruban de dentelle.

JUSTINE

Oui; mais c'est une allure de quinze francs de plus.

LE BOITEUX. /jl

ROSALIE

Oh bon! avec monsieur, nous ne regarderons pas à un ecu. Si monsieur veut attendre, cela sera l'ait dans le moment. (Eii«

travaille au bonnet.)

M. RAIMOND

C'est que je suis un peu pressé. Vous demeurez là dans un beau quartier.

JUSTINE

Oui, monsieur, et un quartier d'honnêtes gens : voilà ce qu'il y a de plus agréable.

M. RAIMOND

Vous connaissez sûrement madame Louvier?

JUSTINE

F%ort peu, monsieur ; c'est une femme froide et sévère.

M. RAIMOND

C'est ce qui me paraît. Est-ce sa fille qui est avec elle!

ROSALIE

Oui, monsieur j oh! c'est bien le plus joli caractère du monde! Elle est charmante!

C'est bien vrai cela , qu'elle est charmante , mademoiselle Javotte.

JUSTINE

Ah ! vous savez son nom j vous la connaissez donc?

M. RAIMOND

Moi? non comme cela. Vient-elle quelquefois ici?

JUSTINE

Non , monsieur : elle ne quitte jamais sa mère ; et elles ne nous ont encore rien acheté, depuisque nous sommes dans le quartier.

M. RAIMOND

Est-ce qu'elle est méchante , madame Louvier?

ROSALIE

Méchante? Je crois que non ; n'est-ce pas , Justine?

JUSTINE

Je ne sais pas; mais Il ne faut pas dire du mal de ses

voisines.

M. RAIMOND

J'entends j elle n'est pas trop bonne.

JUSTINE

Je ne dis pas celaj cependant il ne faudrait pas trop s'y frotter.

Elle a fait mourir son mari de chagrin , par sa jalousie 5 c'est une femme qui prend la mouche sur un rien.

M. RAIMOMD.

Cela n'est pas agréable.

ROSALIE

Oh! point du tout ; et je crois que la petite personne a beaucoup à souffrir avec elle. Enfin , elle n'ose seulement pas nous saluer devant sa mère.

M. RAIMOND

(Test un peu extraordinaire.

JUSTINE

Ajoutez à cela qu'elle est d'une avarice affreuse.

M. RAIMOND

On m'en avait dit quelque chose.

ROSALIE

Elle refuse tout à sa fille.

M. RAIMOND

Que je la plains !

JUSTINE

Monsieur, ne dites pas que nous vous avons dit cela : car ii faut vivre en paix avec ses voisins , quels qu'ils soient.

M. RAIMOND

Ne vous mettez pas en peine : je ne dis jamais rien de tout ce que je sais .

Voilà votre bonnet qui va être bientôt fini.

M. RAIMOND

Oui ; mais j'ai affaire , et je ne puis rester plus long-temps. Je vais vous le payer, et je vous prierai de le donner à Grand- Pierre , qui sait où je demeure , et qui me l'apportera.

ROSALIE

Grand-Pierre?

M. RAIMOND

Oui ; vous le connaissez?

JUSTINE

C'est lui qui fait toutes nos commissions.

M. RAIMOND, comptant de l'argent.

Voilà douze francs , dix-huit , vingt-quatre.

ROSALIE

Monsieur, en vous remerciant. Quand il vous faudra autre chose, nous vous demandons la préférence.

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