‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 2)Chapitre 216 sur 236 · M. SANGLIER, M. PILIER · texte numérisé non relu

M. SANGLIER, M. PILIER

M. SANGLIER

Ah , bonjour, monsieur Pilier.

Eh bien , monsieur Sanglier, cette voix que vous disiez que nous aurions?

M. SANGLIER

Je n'en ai pas entendu dire la moindre chose, que ce que Ton nous en a dit avant-hier.

M. PILIER

Et vous ne vous en êtes pas informé depuis?

M. SANGLIER

Je n'en sais pas davantage : les uns me disent quelle est an concert de Lyon, d'autres, à Rouen 5 cela n'est pas clair et c'est dommage, car on prétend que c'était la même voix précisément que celle de mademoiselle Le Maure.

M. PILIER

Il faudrait donc qu'on y envoyât.

M. SANGLIER

La moitié des gens disent que l'on n'a pas besoin de ces voix-là, qu'elles ne savent que crier, et qu'elles ne chantent point.

M. PILIER

Voilà comme l'opéra français, la gloire de la nation, se perdra! est-ce que vous ne voyez pas cela?

M. SANGLIER

Eh , je ne le vois que trop!

M. PILIER

Il faudrait donc songer à y remédier.

M. SANGLIER

J y songe aussi; mais cette diable de musique d'opéra-comique, nous écrasera tôt ou tard.

M. PILIER

Il faut pourtant prendre un parti, il n'y a pas à balancer.

M. SANGLIER

Si Ton pouvait donner des opéras de Lully, il n'est pas douteux que nous reprendrions bieutôt le dessus, j'en suis bien sûr, moi.

M. PILIER

Qu on nous donne du Rameau seulement; allons je le veux bien, je le leur passe.

M. SANGLIER

Du Rameau!

M. PILIER

Oui, monsieur; c'est toujours du véritable opéra.

M. SANGLIER

Si vous voulez.

M. PILIER

Il ne faut pas être si difficile.

M. SANGLIER

Il est vrai quil y a du récitatif.

Si. PILIER.

Et de belles scènes!

Pas tant que dans Lully; voilà le vrai goût français et que je voudrais bien voir renaître, sans cela nous sommes perdus.

M. PILIER

Les ballets nous écraseront tout-à-fait, monsieur, quand la musique nouvelle ne prendrait pas le dessus.

M. SANGLIER

Comment faire donc?

M. PILIER

Je nen sais rien.

M. SANGLIER

Il ny a presque plus de gens de notre parti.

M. PILIER

On ne veut que des ariettes.

DE LOPÉRA. /| 59

M. SANGLIER

Et de la danse.

M. PILIER

Je cherche depuis long-temps quelque moyen de remédier à tout cela.

M. SANGLIER

Et moi, donc? Je ne reste pas les bras croisés. Croyez-vous que je ne gémisse pas de cette décadence du goût?

M. PILIER

Armide avait réussi.

J'en espérais beaucoup.

M. PILIER

Il faudrait redonner Armide.

M. SANGLIER

Sans doute; mais faites entendre cela à tout Paris!

M. PILIER

Ils aimeront mieux tout perdre.

M. SANGLIER

Ils nous proposeront de mettre V opéra-comique à l'Opéra, et d'y joindre des ballets,

M. PILIER

Il ne faut pas le souffrir.

M. SANGLIER

J'y suis bien résolu.

M. PILIER

Mais comment l'empêcher?

M. SANGLIER

Emparez-vous du parterre.

M. PTLIER.

Il n'y a plus personne de goût.

RI. SANGLIER

Et dans le foyer?

On y vient parler nouvelles et chevaux pendant les scènes, et l'on n'en sort que pour les ballets.

M. SANGLIER

On ne pense sérieusement à rien à présent.

M. PILIER

Il n'y a que vous et moi qui nous occupions de cela.

M. SANGLIER

Oui , mais nous y rêvons en vain , l'Opéra sera détruit malgré nous.

M. PILIER

Voiîà M. Qu'importe : il faudrait le gagner, lui qui voit beaucoup de monde.

M. SANGLIER

Bon J il ne se soucie de rien.

M. PILIER

Il faut essayer j l'Opéra ne saurait lui être indifférent , il n'en manque pas un.

M. SANGLIER

Eli bien voyons.

M. PILIER

Laissez-moi faire.

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