M. QU'IMPORTE, M. PILIER, M. SANGLIER
M. PILIER
On voit bien qu'il n'y a pas d'Opéra, monsieur, aujourd'hui, sans quoi on ne vous verrait sûrement pas ici. M. qu'importe.
Qu'importe? moi , je vais à l'Opéra, aux Italiens, aux Français , cela m'est égal.
M. SANGLIER
Mais s'il n'y avait pas d'Opéra cependant, vous en seriez lâché?
M. qu'importe.
Qu'importe? Il y aurait autre chose ; ou bien j'irais à la promenade ces jours-là, ou je ferais des visites.
DE L'OPÉKA. 46l
M. PILIER
Mais vous n'enteudriez plus de bonne musique française.
m. qu'importe.
Qu importe? j'entendrais toujours de la musique.
M. SANGLIER
Quoi , de la musique d' opéra-comique? ,
m. qu'importe.
Qu'importe? si elle me faisait plaisir !
m. pilier.
Mais , c'est qu'il n'y a pas là de grandes voix..
M. QU'IMPORTE
Qu'importe? pourvu qu'on les entende, voilà tout ce qu'il faut.
m. sanglier.
C'est vrai ; cependant il serait fâcheux de perdre ces beaux, récitatifs deLuily.
m. qu'importe.
Qu'importe? n'avons-nous pas le récitatif obligé?
M. PILIER
Ce n'est pas la même chose.
M. QU'IMPORTE
Qu'importe? quand on ne se connaît pas en musique.
M. SANGLIER
Sans doute ; mais je ne pense pas que vous ne vous y connaissiez point.
M. qu'importe.
Qu'importe , que vous le pensiez ou non? cela n'en est pas moins vrai.
M. PILIER
C'est une plaisanterie ; et si vous ne vous connaissiez pas en musique, vous ne viendriez pas tous les jours à 1 Opéra.
M. QU'IMPORTE
Qu'importe? moi j'y vais pour voir le monde , pour causer ou me chauffer.
M. SANGLIER
Quoi , monsieur, vous n'êtes pas affligé de voir qu'un opéra est à présent presque tout saus paroles?
m. qu'importe. Qu'importe? je ne les ai jamais entendues.
M. PILIER
Comment, vous causiez donc pendant qu'on chantait? vous ne pouviez pas prendre d'int ièï au pocsie?
M. QU IMPORTE
Qu'importe? je n'ai que faire d'aller m'intr'resser à tout cela , je sais seulement en gros qu'il y a deux amants per,ccut es par deux personnes qui s'entendeut ensemble pendant toute la pièce pour les tourmenter ; mais qu'à la fin il viendra un dieu qui raccommodera tout, et que l'on dansera une ebaconne.
M. SANGLIER
Et si l'on n'en dansait pas?
M. QU'IMPORTF.
Qu'importe? je suis toujours sûr que l'on dansera quelque chose.
M. PILIER
Mais il faut que les airs de violon soient bons, pour que l'on danse bien.
m. qu'importe.
Qu'importe? même quand on ne danserait pas ; pourvu que l'opéra finisse et qu'on puisse aller sur le théâtre après.
M. SANGLIER
Mais s'il n'y avait plus d'Opéra, vous ne pourriez pas aller sur le théâtre.
m. qu'importe.
Qu'importe? j'irais ailleurs, où je vais à présent, par exemple. Adieu, messieurs, je vous souhaite bien le bonjour.
M. PILIER
Monsieur, je suis bien votre serviteur.
de l'opéra. 463