‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 2)Chapitre 224 sur 236 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

LA COMTESSE, LE VICOMTE

LE VICOMTE à la Comtesse qui veut rentrer chez elle.

Madame, que faites-vous?

LA COMTESSE

Non, monsieur, ne me retenez pas, ou craignez mon indignation.

LE VICOMTE

Il n'y a rien à quoi je ne ni expose plutôt que de vous laisser dans une aussi cruelle erreur. Le comte n'est point jaloux, je le sais ; mais Vamour-propre apparemment lui fait employer ce moyen pour me perdre auprès de vous , cela n'est pas difficile à comprendre ; comment vous-même ne l'avez- vous pas imaginé , et n'avez- vous pas cherché à ne me pas trouver coupable ?

LA COMTESSE

Serait-il possible ?. .. .

LE VICOMTE

Madame , en vérité , j'ai lieu de me plaindre de la facilité avec laquelle vous vous livrez à tout ce qui peut me détruire auprès de vous.

LA COMTESSE

Non-seulement je vous perds, mais je perds encore l'estime de mon mari !

LE VICOMTE

Vous ne me pedez point , madame , et vous ne me perdrez jamais. Quant à l'estime de votre mari, elle ne saurait être diminuée. Sa manière de penser n'est point différente de celle de tout le monde. Ce qui perd une femme à présent c'est le choix qu'elle fait : voilà sur quoi l'on peut se récrier, quand l'homme qui s'attache à elle est un homme réellement méprisable.

/|8o LE BON MARI.

LA COMTESSE

Quelle morale ! pouvez-vous croire que je l'adopte , et que sans cette chaîne qui me tyrannise j'eusse jamais voulu la suivre? Je sais qu'on plaint , et même qu'on a dans le monde une ridicule vénération pour une femme qui a un attachement durable j mais pour cela peut-elle ne pas sentir quelle agit contre ses devoirs , contre ce qu elle se doit à elle-même?

LE VICOMTE

Ce qu'elle se doit! mais se doit-elle plus que son mari ne lui doit?

LA COMTESSE

Les torts des autres peuvent-ils nous excuser? Le penchant nous entraîne, et si l'on avait le courage de le combattre plus fortement

LE VICOMTE

Ah , bannissez ces idées, ne vous occupez à 1 avenir que delà douceur d'aimer et d'être aimée. C'est un bien auquel il ne faut point mêler d'amertume ; vous devez être sûre de moi , ne me cachez rien de ce qui se passe dans votre àme , je ne veux pas y laisser établir le plus léger soupçon , je vous sacrifierai tout: il n'est pas juste que vous ayez la moindre inquiétude. Promettez-moi donc de me mettre à portée de détruire toutes celles qui pourraient naître , et je vous jure que jamais

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