SCENE III
LE COMTE, LA COMTESSE. LE VICOMTE
LE VICOMTE , se levant lentement.
Ah, Comte, je vous en prie, aidez-moi à obtenir de la Comtesse de me raccommoder avec une femme que j'aime; il ne s'agit que de lui persuader que j'ai soupe hier ici , et elle ne
LE BON M A Kl. fan
veut pas consentir à le lui dire j c'est en vain que je l'en prie elle me désespère.
LE COMTE
La ruse que vous employez là pour détourner mes idées, mon cher Vicomte, est tout- à-fait spirituelle; mais par malheur pour vous j'ai lu, dans la bibliothèque de campagne, l'histoire du Comte de Tende, et je connais cettte situation-là.
LE VICOMTE
Que voulez-vous dire?
LE COMTE
Que les maris des romans ne sont pas faits comme ceux d'à présent, non plus que les amants. Ces derniers ne trompaient que les maris, mais jamais les femmes. La mode chance tout.
LE VICOMTE
Quelle erreur! quoi!...
LE COMTE
Il n'y a point d'erreur à cela, et je ne pardonne jamais, à qui se donne pour un galant homme, de tromper une femme: je suis bien sûr que je passerai pour ridicule en paraissant aussi délicat.
LE VICOMTE
Ridicule, non vraiment- je pense comme vous.
LE COMTE
Pourquoi donc agir différemment?
LE VICOMTE
C'est un persifflage que tout cela.
LE COMTE
Je ne persiffle point, je sais très-bien que vous êtes attache depuis près d un mois à la marquise de Viilenon.
LE VICOMTE
Moi?
LE COMTE
Oui, vous, et trahir une femme honnête pour une femme aussi légère, rien n'est plus affreux!
LE VICOMTE
Je vous assure que je n'aime point madame de Viilenon.
4j§ LE BOTS MARI.
LE COMTE
Vraiment je sais bien que vous n'irez pas en convenir ici.
LE VICOMTE
Ni ici, ni ailleurs.
LE COMTE
Allons, allons, je sais là-dessus tout ce que Ton peut savoir.
(Il veut s'en aller.)
LE VICOMTE
Non, attendez, que je vous explique....
LE COMTE
Cela ne me regarde pas, je ne me mêle des affaires de personne.
LE VICOMTE
Il est très-important pour moi de vous désabuser.
LE COMTE
Chacun a sa manière de se comporter.
LE VICOMTE
Si vous vouliez m'en tendre ....
LE COMTE
Cela est inutile. Que diable pourriez-vous me dire? vos principes sont différents des miens, et quand on pense différemment, on ne se persuade jamais l'un l'autre.
LE VICOMTE
Mais je pense comme vous, et je vous jure que je ne tromperais jamais une femme, quand il s'agirait de tout au monde....
LE COMTE
Ce n'est pas à moi que l'on fait croire ces choses-là. Adieu, adieu.
LE VICOMTE
En vérité, Comte, je peux vous désabuser. Revenez.
Oui, je reviens; mais c'est pour vous dire que vous êtes un étourdi: il fallait me mettre dans votre confidence pour m'empêcher de dévoiler votre secret, cela eut été même très-adroit et bien plus neuf que ce que vous avez voulu me faire croire quand je vous ai trouvé aux genoux de Madame, (iisort.)
LE BON MARI