‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 2)Chapitre 230 sur 236 · M™ DE PÉRAUDIÈRE, LE CHEVALIER, M* DE PÉRAUDIÈRE, VICTOIRE · texte numérisé non relu

M™ DE PÉRAUDIÈRE, LE CHEVALIER, M* DE PÉRAUDIÈRE, VICTOIRE

VICTOIRE

Ah, mademoiselle. Voilà madame votre mère, elle a sûrement vu M. le Chevalier.

MIle DE PÉRAUDIÈRE.

Laissez-moi faire, et ne démentez point tout ce que je lui dirai.

Que faites-vous donc ici, avec monsieur, mademoiselle?

MI,e DE PÉRAUDIÈRE.

Tenez, monsieur le Chevalier, dites vous-même à ma mère ce que vous me disiez .

LE CHEVALIER

Moi, mademoiselle, je n'oserais jamais.

Mmc DE rÉRAUDlÈRE.

De quoi s'agit- il donc, monsieur? parlez, je vous prie.

LE CHEVALIER

Madame, je ne puis.

Mme DE PÉRAUDIÈRE d'un air sévère.

Et vous, mademoiselle?

Mlle DE PÉRAUDIÈRE.

Vous paraissez fâchée, ce n'est pas ma faute.

Mme DE PÉRAUDIÈRE.

Comment , ce n'est pas votre faute?

Mlle DE PÉRAUDIÈRE.

Non, ma mère, et c'est à vous-même qu'il faut s'en prendre, si cela peut vous déplaire.

Mme DE PÉRAUDIÈRE.

Quoi, expliquez-vous?

Mlle DE PÉRAUDIÈRE.

Mais c'est qu'il me semble qu il n'est pas décent que ce soit moi qui vous l'apprenne.

Mme DE PÉRAUDIÈRE.

Vous m'impatientez, je veux absolument que vous parliez.

MUe DE PÉRAUDIÈRE.

J'obéis. M. le Chevalier m'avait entendu dire quelquefois, la répugnance que j'aurais de vous voir remarier.

Mme DE PÉRAUDIÈRE.

La répugnance ! votre répugnance ne me ferait rien si j en avais envie; et je me remarierai quand il me plaira, entendezvous, mademoiselle?

Mlle DE PÉRAUDIÈRE.

Je le sais bien, ma mère.

Mme DE PÉRAUDIÈRE.

Qu'est-ce que fait ici votre répugnance?

MUe DE PÉRAUDIÈRE.

C'est qu'il dit qu'il y a quelqu'un qui voudrait bien avoir le bonheur de vous plaire, et qui craint de ne pas réussir, parce que je pourrais lui nuire auprès de vous.

Mme DE PÉRAUDIÈRE.

Il me connaît bien! oui, je vous consulterai; je ne crois pas un mot de tout cela, on ne songe guère à une veuve qui a une fille de treize ans; car, monsieur, il faut que vous sachiez que

ma fille n'a que cela, quoiqu'elle paraisse avoir davantage; et je ne conçois pas pourquoi elle est si formée, car j'ai été mariée bien jeune au moins.

Vous n'avez pas besoin de le dire, madame.

Mme DE PÉRAUDIÈRE.

Si tout ce que je viens d'entendre est vrai, j'espère que je saurai quel est celui pour qui vous vous intéressez, monsieur le Chevalier.

Mlle DE PÉRAUDIÈRE.

Quel qu'il soit, je jure bien qu'il ne sera jamais mon beaupère.

Mme DE PÉRAUDIÈRE.

Vous jurez bien, mademoiselle! Voyez un peu l'assurance : j'aurais presque envie de vous faire voir le contraire pour vous apprendre à parler : mais hélas ! après la perte que j'ai faite de mon mari , il faudrait une àme bien sensible pour la réparer.

MIle DE PÉRAUDIÈRE.

C'est ce que M. le Chevalier dit aussi que vous trouveriez dans celui qui se propose; c'est un homme qui veut cire aimé avant que d'épouser, qui veut pendant un an éprouver celle qu'il aime , pour s'en assurer.

Mme DE PERAUDIERE.

Mais vraiment, c'est un homme très-délicat; c'est uu trésor dans le siècle où nous sommes.

M1,e DE PÉRAUDIÈRE.

C'est un homme fort peu empressé de vous avoir ; moi , je n'v vois que cela.

VICTOIRE

Pour moi , je pense comme mademoiselle.

Mrae DE PÉRAUDIÈRE.

Voilà comme la jeunessepense à présent. Monsieur, je veu\ absolument connaître cet homme-là.

LE CHEVALIER

Madame , il serait trop heureux de pouvoir réussir à vous plaire.

Mme DR PÉRATTDLÈRE.

Il faut absolument que vous me Ta meniez.

LE CHEVALIER, embarrassé.

Madame..*.. (Il regarde mademoiselle de Péraudière.)

Mme DE PERAUDIERE.

Vous avez beau chercher à lire dans les yeux de ma fille si elle le trouve bon j d'abord que je le désire , cela suffit.

LE CHEVALIER

Je ferai ce que vous m'ordonnez, madame.

Mme DE PERAUDIERE.

Mais en attendant , monsieur le Chevalier, ne puis-je pas toujours savoir qui c'est, savoir son nom du moins?

Mlle DE PÉRAUDIÈRE.

Pour moi à votre place il y a long-temps que je l'aurais demandé. Allons, monsieur, dites donc?

LE CHEVALIER

Mais...

Mme DE PÉRAUDIÈRE.

Vous vous troublez.

Mlle DE PÉRAUDIÈRE.

xMa mère, j'ai deviné.

Mme DE PÉRAUDIÈRE.

Comment?

M,Ie DE PÉRAUDIÈRE.

Je sais qui c'est.

Mme De PÉRAUDIÈRE.

Si c'est ce que j'imagine...

Ml!e de PÉRAUDIÈRE.

Eh oui, sûrement, c est lui-même.

LE CHEVALIER, à part,

Ah! je suis perdu!

4g4 LA CORBEILLE

Mme DE PÉRAUDIÈRE minaudant.

Eh bien, monsieur?

LE CHEVALIER (regardant mademoiselle de Péraudière, qui lui fait signe de

dire oui.

Oui, nia dame, (à part). Je ne sais où j'en suis.

Mme DE PÉRAUDIÈRE.

La modestie avec laquelle vous vous annoncez est d'un heureux présage : je ne suis point coquette, mais je jurerais presque que vous êtes incapable de jamais tromper.

Ah, madame, si vous saviez ce que cela me coûte!

Mme DE PERAUDIERE.

Ce que cela vous coûterait, j'en suis persuadée. Tenez, Chevalier, votre trouble peint plus que tout ce que vous pourriez dire. Oui, mademoiselle, voilà comme on aime et comme on doit aimer; mais vous n'êtes pas capable de concevoir toute cette délicatesse, vous.

Mlle DE PÉRAUDIÈRE.

Je n'ai pas autant d'expérience que vous, ma mère.

Mme DE PÉRAUDIÈRE,

Pourquoi voulez-vous donc parler? En vérité, Chevalier, je crois que pour vous convaincre de ma sensibilité , vous n'aurez pas besoin d'attendre un an.

LE CHEVALIER

Madame , je ne suis pas accoutumé à me flatter de l'espoir d'être heureux, je l'ai dit à mademoiselle ; et je n'ai pas l'honneur d'être assez connu de vous, madame, pour espérer que vous puissiez penser long-temps aussi favorablement de moi.

Mme DF PÉRAUDIÈRE.

Quand même vous auriez quelques défauts, je le suppose, chacun n'a-t-il pas les siens? l'amour les fait disparaître, et le désir de plaire corrige tout.

M,le DE PÉRAUDIÈRE , souriant.

Il y a des choses dont on ne se corrige jamais.

Mmo DE PÉRAUDIÈRE.

Oui vous , qui êtes opiniâtre, qui voudriez peut-être vous opposer aux désirs de M. le Chevalier, et qui seriez trop heureuse de lui ressembler ; oui , monsieur le Chevalier, je ne veux plus que nous nous quittions ; vous êtes un exemple pour ma fille dont je lui conseille de profiter : je veux quelle apprenne comme la douceur a seule le droit de charmer lame.

LE CHEVALIER

Madame , je ne croyais pas devoir être cité jamais comme un modèle.

Mrae DE PÉRAUDIÈRE.

Quand on est capable d'une vraie tendresse, il est rare qu'on ne mérite pas la plus parfaite estime, je dis de tout le monde.

LE CHEVALIER

En ce cas-là j'ai donc plus de mérite que je n'osais m'en croire.

Mmc DE PÉRAUDIÈRE.

Voulez-vous que je vous dise votre défaut : c'est le manque de confiance, oui

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