‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 2)Chapitre 27 sur 236 · SCENE IL LA COMTESSE, LE COMMANDEUR · texte numérisé non relu

SCENE IL LA COMTESSE, LE COMMANDEUR

LA COMTESSE

Commandeur, voulez-vous que je me lève?

LE COMMANDEUR

Vous vous moquez de moi , madame la Comtesse.

LA COMTESSE

Mettez-VOUS donc là. (Le Commandeur s'assied.) C'est que je SUIS

d'un abattement

LE COMMANDEUR

Quoi! vous êtes toujours de même?

LA COMTESSE

Bon ! cent t'ois pis.

LE COMMANDEUR

Vous ne voulez pas monter à cheval aussi.

LA COMTESSE

Qu'est-ce que vous dites donc? J'y ai monté six mois.

LE COMMANDEUR

Eh bien ?

LA COMTESSE

Eh bien, j'y ai gagné un bon rhume qui m'a duré tout l'hiver.

LE COMMANDEUR

Cela est singulier — Je n'ai pas été enrhumé, moi ; et si vous saviez que je ne reste pas en place.

LA COMTESSE

Oh ! mais vous avez un corps de ter, vous.

LE COMMANDEUR

Ah, pas tant, pas tant; celait bon autrefois. Madame la Comtesse, si j'étais comme vous, je prendrais des eaux; car tout cela , vous entendez bien —

LA COMTESSE

J'en prends.

LE COMMANDEUR

Doù cela vient-il? — Je ne suis pas médecin, moi, pour vous le dire ; mais je prendrais des eaux , n'importe desquelles, parce que cela demande un régime.

LA COMTESSE

Je vous dis que j'en prends.

LE COMMANDEUR

Oh , cela est différent ! C est que vous autres femmes, vous avez quelquefois des répugnances.

LA COMTESSE

Je n'ai point de répugnances ; mais cela m'affaiblit

LE COMMANDEUR

Je vous le disais bien.

LA COMTESSE

Ne parlez pas si haut.

LE COMMANDEUR

Ah l je vous demande pardon.

C'est que ma tête est devenue si faible depuis quelque temps

LE COMMANDEUR

Je ne savais pas cela .

LA COMTESSE

C'est bien honnête à vous de vous être souvenu de moi.

LE COMMANDEUR

Je m'en souviens toujours. Dans ce moment-ci, je viens vous demander de me rendre un grand service ; mais un service essentiel.

LA COMTESSE

Je ne demande pas mieux.

LE COMMANDEUR

C'est pour M. delà Poternière?

LA COMTESSE

Qu'est-ce que c'est que M. de la Poternière?

LE COMMANDEUR

C'est un officier qui a été dans inon régiment , et qui est major de Bouchain ; c'est un brave homme, qui a une femme et quatre enfants.

LA COMTESSE

Qu'est-ce qu'il veut , puisqu'il est placé?

LE COMMANDEUR

Oui, placé! Vous ne savez pas que Bouchaiu est grand comme la main. Il désirerait d'avoir la survivance du lieutenant-de-roi de Cambrai , qui est fort vieux : cela le mettrait à portée d'élever sa famille; et c'est réellement une souche d'honnêtes gens .

LA COMTESSE

Je la demanderai pour lui.

LE COMMANDEUR

Tous me ferez le plus grand plaisir. Ce malheureux-là est couvert de blessures -7 mais malgré cela , c'est un homme ardent, vif, et bien en état de faire le service dans une place.

LA COMTESSE

Je n'entends rien à tout cela ; vous me donnerez un mémoire.

LE COMMANDEUR

Il vous en donnera un lui-même ; je vous demande la permission de vous le présenter.

LA COMTESSE

Non , je ne veux pas le voir ; cela n'est pas nécessaire.

LE COMMANDEUR

Pourquoi ?

LA COMTESSE

C'est qu'il viendra me tourmenter

LE COMMANDEUR

Je vous réponds que non.

LA COMTESSE

Dans l'état où je suis, cela ne se peut pas ; d ailleurs, pourvu que je fasàe son affaire . c'est tout ce qu'il faut.

LE COMMANDEUR

Cest vrai ; mais

LA COMTESSE

Je ne saurais que lui dire ; cela me serait insupportable : tout ce qui me contrarie me (ait un mal affreux.

LE COMMANDEUR

Vous ne serez pas embarrassée de lui parier 5 il vous parlera tant que vous voudrez.

LA COMTESSE

Si c'est un bavard, ce sera un supplice pour moi.

LE COMMANDEUR

Ne craignez rien.

LA COMTESSE

Mais quelle fantaisie de vouloir qu'il me voie !

LE COMMANDEUR

Cest que cela lui fera plaisir : les gens de province croient quil faut quils expliquent eux-mêmes leurs affaires.

LA COMTESSE

Voilà justement ce que je crains ; le mémoire suffit.

LE COMMANDEUR

Je vous le demande en grâce.

Eh bien , vous me l'amènerez un de ces jours.

LE COMMANDEUR

Il est ici.

LA COMTESSE

Commandeur, vous êtes bien pressant.

LE COMMANDEUR

Voyez- le -y vous en serez débarrassée.

LA COMTESSE

Et puis il viendra tous les jours.

LE COMMANDEUR

Je vous réponds que non.

LA COMTESSE

S'il me parle de son affaire , il ne finira pas ; et rien de si fatigant.

LE COMMANDEUR

Il ne vous dira qu'un mot.

LA COMTESSE

Vous le voulez? Si je lui trouve la moindre disposition

à me tourmenter, je ne me mêle plus de fui.

LE COMMANDEUR

J'y consens.

A cette condition, faites-le entrer. Je vais passer un moment là-dedans, et je reviens tout de suite. (Elle entre dans une

garde-robe, et le Commandeur fait entrer M. de la Poternière.)

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