M. DE LA POTERNIÈRE, LE COMMANDEUR
LE COMMANDEUR
Monsieur de ia Poternière!
M. DE LA POTERNIÈRE, avec une jambe de bois, entrant.
Me voilà, me voilà. Où est-elle donc madame la Comtesse?
LE COMMANDEUR
Elle va revenir.
M. DE LA POTERNIÈRE.
Je serai bien aise de voir si elle me reconnaîtra ; il y a bien trente ans que je lai vue pour la première fois. LE COMMANDEUR, Elie n"a pas trente ans,
M. DE LA POTERNIÈRE.
Elle doit les avoir, au moins, parce que c'est dans le temps où jo suis entré au régiment, et qu'on me fit gratte-paille.
LE COMMANDEUR
N'allez pas lui parler de ces trente ans-là.
M. DE LA POTERNIÈRE.
Comme vous voudrez, j'ai assez d'autres eboses à lui dire. Si vous saviez comme j'ai été amoureux de sa mère!
LE COMMANDEUR
Lui direz-vous cela?
M. DE LA POTERNIÈRE.
Si vous ne voulez pas Eh, tenez; c'est son oncle l'abbé
LE COMMANDEUR
Mais , écoutez-moi.
M. DE LA POTERNIÈRE.
Ah, cela est trop juste! ^ous voulez bien vous mêler de ce qui me regarde : il serait ingrat à moi de me taire, et de no pas vous en marquer ma reconnaissance; mais —
LE COMMANDEUR
Mais laissez-moi vous instruire à quelle femme vous avez aiïaire.
M. DE LA POTERNIÈRE.
Mais, monsieur le Commandeur, j'ai L'honneur de vous dire que je la connais, je l'ai vu naître.
LE COMMANDEUR
Mais savez- vous quel est son caractère?
M. DE LA POTERNIÈRE.
Je m'en doute; sa mère était une femme vigoureuse.
LE COMMANDEUR
Eh bien, celle-ci est de la. plus mauvaise santé du monde.
Justement, elle tient de son père; ce n'était qu'un souffle. Je me souviens qu'un jour.... C'était à Tannée; nou? en garnison....
LE COMMANDEUR
Allez-vous être comme cela vis-à-vis de la Comtesse?
M. DE LA POTERNIÈRE.
Non, non, non.
LE COMMANDEUR
Je vous dis que la moiudre chose lui fait mal à la tête..
M. DE LA POTERNIÈRE.
Il y a des femmes comme cela. qui....
LE COMMANDEUR
Et quelle ne peut pas souffrir d'entendre parler*
M. DE LA POTERNIÈRE.
Je l'écouterai, je l'écouterai.
LE COMMANDEUR
Vous lui donnerez votre mémoire, et voilà tout.
M. DE LA POTERNIÈRE.
Je ne lui parlerai pas d'autre chose.
LE COMMANDEUR
Pas même de cela .
Mais il faut bien que je lui explique....
LE COMMANDEUR
J'ai tout dit: ainsi promettez-moi de vous taire ; c'est le seul moyen de réussir.
M. DE LA POTERNIÈRE.
Cependant
LE C03IMANDEUR.
C'est une femme d'esprit , qui entend à demi-mot.
M. DE LA POTERNIÈRE.
Oui ; mais il faut bien
LE COMMANDEUR
Si vous ne voulez pas vous laisser conduire . je ne me mêle pas de votre affaire.
M. DE LA POTERNIÈRE.
J'en passerai par où vous voudrez.
LE COMMANDEUR
La voici , ne parlez pas .
M. DE LA POTERNIÈRE.
Laissez-moi faire.