‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 2)Chapitre 36 sur 236 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LE MARQUIS, LE CHEVALIER

LE CHEVALIER entre en suivant le Marquis qui se promène.

Mais , Marquis , dites-moi donc pourquoi vous dites que vous voulez vous promener aux Tuileries , et que vous me faites entrer ici?

LE MARQUIS

Est-ce que la promenade ne vous semble pas belle?

LE CHEVALIER

Comment, la promenade?

Oui ; il est vrai qu'il n'y fait pas beaucoup d'air.

LE CHEVALIER

Pourquoi de l'air ici? Toutes les fenêtres sont fermées.

LE MARQUIS

Qu'est-ce que vous parlez de fenêtres dans un jardin?

LE CHEVALIER

Nous sommes dans un jardin?

LE MARQUIS

Mais C'est que je Croyais Bon! (Il regarde autour de lui.;

Vous me distrayez aussi.

LE CHEVALIER

Vous n'en avez pas besoin, je vous assure j mais poérvu que vous m'écoutiez , soit ici , soit ailleurs , c'est égal.

LE MARQUIS

Si vous avez à me parler, il faut le dire.

LE CHEVALIER

Je vous l'ai déjà dit 3 vous m'avez répondu : eh bien , allons aux Tuileries, nous causerons plus tranquillement.

C'est tvrai; c'est que j'ai changé d'idée en chemin. Mais voyons à présent ; je ne perds pas de vue mon projet.

LE CHEVALIER

Si vous avez un projet différent du mien , et qu'il soit meilleur, j'en profiterai avec grand plaisir ; ce sera même une marque d'amitié de votre part, à laquelle je serai on ne peut pas plus sensible. Voyons , je vous écoute.

LE MARQUIS

Si vous le savez , il est inutile de vous le redire ; mais je ne vois pas de meilleur parti à prendre dans ce cas-là , que le mariage.

LE CHEVALIER

Comment, le mariage? au lieu d'une compagnie de cavalerie?

LE MARQUIS

Je ne veux pas de compagnie de cavalerie.

LE CHEVALIER

Pourquoi donc?

LE MARQUIS

Mais songez que je suis officier-général .

LE CHEVALIER

Ce n'est pas pour vous ; comment voulez- vous que jimagiae

LE MARQUIS

Je le croyais.

LE CHEVALIER

C'est pour moi.

AJi ! vous voulez avoir une compagnie de cavalerie?

LE CHEVALIER

Oui } j'ai déjà eu l'honneur de vous en parler plusieurs fois.

LE MARQUIS

Oui , oui , je me rappelle.

LE CHEVALIER

Si vous voulez me faire avoir la promesse de la première

qui viendra à vaquer, mon argent est tout prêt; mais il faut en parler sans perdre de temps.

LE MARQUIS

Je ne suis venu ici que pour cela*

LE CHEVALIER

Réellement?

LE MARQUIS

Oui ; et si la Comtesse y consent , ce sera une affaire bientôt finie.

LE CHEVALIER

Est-ce quelle connaît quelque capitaine qui veuille quitter?

LE MARQUIS

Quoi quitter?

Le service.

LE MARQUIS

Ah ! c'est que vous me parlez toujours de votre compagnie.

LE CHEVALIER

Eli l oui , vraiment.

LE MARQUIS

C'est que je confondais.

LE CHEVALIER

Vous me promettez donc de suivre cette affaire?

LE MARQUIS

Je vous en réponds .

LE CHEVALIER

Il faut solliciter vivement.

LE MARQUIS

Ne vous mettez pas en peine. Je sais comme il faut s'y prendre vis-à-vis de ces messieurs. Je me ferai écrire partout ; il faut seulement que je sache le nom de votre rapporteur, et j'irai moi-même

LE CHEVALIER

Mais je n'ai point de rapporteur ; que voulez-vous donc dire?

LE MARQUIS

Si vous n'avez pas encore de rapporteur, il n'est pas temps de solliciter vos juges.

Mes juges ! à propos de quoi?

LE MARQUIS

Pour votre procès.

LE CHEVALIER

Mais je n'ai point de procès.

LE MARQUIS

Comment, ne m'avez-vous pas dit que vous voudriez que votre procès fût jugé avant votre départ pour la campagne?

LE CHEVALIER

Eh ! non ; je vous ai toujours parlé dune compagnie de cavalerie que je veux avoir.

LE MARQUIS

Ah ! oui , c'est vrai. Campagne , compagnie ; c'est apparemment parce que ces deux, mots se ressemblent, que j'ai brouillé tout cela.

LE CHEVALIER

Oui y car je ne vous ai point parlé de procès.

LE MARQUIS

Vous avez raison ; c'est la Comtesse qui en a un, et que je me suis chargé de suivre. C'est une famme charmante!

LE CHEVALIER

Je la connais.

LE MARQUIS

Eh bien, que dites-vous de cette affaire-là? Ne fais-je pas bien?

LE CHEVALIER

Quelle affaire?

LE MARQUIS

Est-ce que je ne vous ai pas dit que je l'épousais?

LE CHEVALIER

Non, vraiment.

LE MARQUIS

Cela me donne beaucoup d'affaires, comme vous voyez.

LE CHEVALIER

Et quand sera-ce?

LE MARQUIS

Mais je ne sais pas encore; car voilà plusieurs fois que je viens ici pour lui en parler, et je ne sais comment cela se fait, je L'oublie toujours; mais cette fois-ci, j'ai mis un papier dans ma boîte pour m'en souvenir.

LE CHEVALIER

Cela fait un mariage bien avancé.

LE MARQUIS

Je ne sais pas si elle y consentira j car il est difficile de la fixer long-temps sur le même objet. Quand vous lui parlez, elle semble vous écouter, et elle est à cent lieues de là.

LE CHEVALIER

Elle est peut-être distraite?

Oui, elle est distraite. C'est insupportable cela.

LE CHEVALIER

Ob! je vous en réponds.

LE MARQUIS

Elle est comme le vicomte de Montfort, qui a marié sa fille le mois passé; eb bien, je n'aime pas ce mariage-là. Je les ai vus à l'opéra, c'est le plus pauvre opéra; il finit de bonne beure, on peut se promener; mais pour cela, il n'y a que la campagne. Vous voyez bien que je ne me trompe pas de mot cette fois-ci, et que je ne dis pas compagnie pour campagne.

LE CHEVALIER

îSon, non; mais j'attendrai que votre mariage soit fait, pour penser à mon affaire.

LE MARQUIS

Oui, vous ferez bien, parce que ce mariage, le procès de la Comtesse, tout cela m'occupe beaucoup; on a mille lettres à répondre; elle veut que je lise un roman nouveau : tout cela ne peut pas s'accorder ensemble, vous en conviendrez bien.

LE CHEVALIER

Sûrement. Je vous laisse.

LE MARQUIS

Pourquoi? Nous irions à Topera ensemble.

LE CHEVALIER

Mais vous oubliez votre mariage.

Oui, c'est vrai; cette diable d'afiaire-là me tourne la tête; je ny pense jamais.... Je ne vous reconduis pas.

LE CHEVALIER, s'en allant.

Eh, non, non. Vous vous moquez de moi.

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