‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 2)Chapitre 87 sur 236 · SOPHIE, M"« DE SAINT-EDME, LE CHEVALIER · texte numérisé non relu

SOPHIE, M"« DE SAINT-EDME, LE CHEVALIER

M1Ie DE SAINT-EDME, avant d'entrer.

Sopbie!

SOPHIE

Mademoiselle?

LE CHEVALIER

Que je la voie seulement.

SOPHIE

Eb bien, entrez dans cette garde-robe ; vous la verrez au

travers des fleurs qui sont peintes sur la glace de la porte, et vous ne remuerez pas.

LE CHEVALIER

J'y Consens. (H entre dans la garde-robe.)

MIle DE SAINT-EDME.

Sophie!

SOPHIE

Mademoiselle , par ici. (Elle va à la porte.)

M11e DE SAINT-EDME, paraissant.

Je te cherche depuis.... (Toute troublée.) Ah! (Elle entre.) SOPHIE.

Qu'avez-vous donc?

MIle DE SAINT-EDME.

Mais, Sophie, c'est que,... c'est.... charmant!

SOPHIE

Oui, c'est fort joli.

M,le DE SAINT-EDME.

Fort joli.

SOPHIE

Oui, c'est beau, si vous voulez; il y a bien de l'or.

Mlle DE SAINT-EDME.

De l'or? Ce n'est pas l'or qui me plaît, ce sont les fleurs, les odeurs, les peintures, les glaces. Combien on se voit de fois!

SOPHIE

Ce n'est pas là ce qui vous y paraît le moins joli ; dites la vérité.

Mlle DE SAINT-EDME.

J'y passerais ma vie.

SOPHIE

Toute seule?

MlIe DE SAINT-EDME.

Toute seule.... Mais je crois que oui.

SOPHIE

Et qu'y feriez-vous?

LE BOUDOIR. 2l3

M1,e DE SAINT-EDME.

J'y penserais ? et beaucoup.

SOPHIE

Mais après avoir pensé?

Mlle DE SAINT-EDME.

J'y dessinerais , j'y lirais , j'y chanterais, j'y écrirais.

SOPHIE

Vous y écririez ; et à qui ?

M1,e DE SAINT-EDME.

Je ne le sais pas ; mais peut-être que je le saurais.

SOPHIE

Vous ne vous ennuieriez jamais?

MUe DE SAINT-EDME.

Non.

SOPHIE

Mais je ne vois rien de gai dans tout cela , que le premier coup-d'œil.

' MIle DE SAINT-EDME.

Tout y est ravissant !

SOPHIE

Mais quoi? examinez.

M1Ie DE SAINT-EDME.

Ces tableaux , par exemple ; la nature y est embellie , on voudrait toujours qu'elle fût comme cela , toujours aussi brillante. Ne trouves-tu pas que les figures ont quelque chose de divin?

SOPHIE

Quel est le sujet de ce tableau-ci ?

M,le DE SAINT-EDME.

C'est Vénus qui trouve Adonis endormi ? et qui en devient amoureuse.

SOPHIE , souriant.

Amoureuse?

Mlle DE SAIT-EDME.

Oui, amoureuse. Pourquoi ris-tu?

2l4 LE BOUDOIR.

SOPHE.

Moi, je ris?.... Ah, mademoiselle! regardez Vénus ! elle vous ressemble comme si c était votre portrait : ne trouvezvous pas?

M,Ie DE SAINT-EDME, avec distraction.

Oui.

SOPHIE

Mais vous ne la regardez pas. Eh bien, répondez donc. Vous regardez Adonis.

M,,e DE SAINT-EDME.

C'est vrai j c'est que je trouve Je n'oserais jamais te le

dire.

Bon ! allons, parlez , parlez.

M,le DE SAINT-EDME .

Je trouve qu'il ressemble —

SOPHIE

A qui?

M1,e DE SAINT-EDME.

Au chevalier de Gorville.

SOPHIE

Oui ; c'est vrai.

M,,e DE SAINT-EDME.

Je ne sais pourquoi, mais je suis fâchée qu'il dorme. Si les yeux étaient ouverts

SOPHIE

"Vous croyez qu'il vous regarderait?

M1,e DE SAINT-EDME.

Mais....

SOPHIE

Vous le voudriez? Achevez.

M1!o DE SAINT-EDME , soupirant et se laissant aller snr une ottomane

Ah!

LE BOUDOIR. 2l5

LE CHEVALIER , sortant du cabinet et se jetant aux genoux de mademoiselle de Saint-Edme.

Vos vœux sont prévenus , mademoiselle. Je vous aime, je vous adore depuis que j ai eu le bonheur de vous connaître , et c'est pour toute ma vie. Approuvez-vous l'amour que vous m'inspirez?.... Vous ne répondez point.

Mlle DE SAINT-EDME.

Ah ! Sophie, je ne croyais pas ce boudoir si dangereux.

SOPHIE

Ce nest pas pour vous qu'il lest le plus.

MHe DE SAINT-EDME.

Chevalier, vous m'avez surprise.

LE CHEVALIER

Il est vrai j mais me le pardonnez-vous?

Mlle DE SAINT-EDME.

A quoi me servirait de vous aimer?

LE CHEVALIER

A faire mon bonheur. Je n'ose dire le vôtre ; mais c'est tout ce que je peux jamais désirer de plus vif.

M,le DE SAINT-EDME.

Je ne comprends pas pourquoi je vous vois aujourd'hui si différemment de ce que je vous avais vu jusqu'à présent.

LE CHEVALIER

C'est que vous doutiez de mon cœur, sans doute; vous ne me rendiez pas justice , vous ne vous la rendiez pas à vousmême.

M1,e DE SAINT-EDME.

Levez- vous . Chevalier, je vous en prie.

Consentez que je vous fasse demander par mon oncle à M. de Bourval.

M1Ic DE SAINT-EDME.

Eh bien, je ne m'y oppose pas.

LE CHEVALIER

Ah , je mourrai de joie de l'excès de mon bonheur ! Oui , je jure à vos pieds de vous adorer toute ma vie. (il lui baise la main.)

l6 LE BOUDOIR.

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