SCENE III
M»» MOKA, M. DELALANDE, M. DESPRESSIJNS , M. DUVAL- LE GARÇON.
M. DESPRESSINS.
Eh, voilà Duval aussi! Quest-ce que vous faites ici tous les deux?
M. DELALANDE.
Ma foi, rien. Où as-tu diné?
M. DESPRESSINS.
Dans la rue saint-Louis.
M. DUVAL
Chez qui cela?
M. DESPRESSINS.
Chez une vieille tante à moi — Madame Moka est toujours jolie !
M. DUVAL
Elle se porte mieux que cet hiver à la foire.
Mme MOKA.
Oui , monsieur, Dieu merci , cela va assez bien à prescrit.
M. DELALANDE , à part aux autres.
Elle a été assez jolie au moins.
M. DESPRESSINS.
Elle Test bien encore.
M. DUVAL
C'est dommage qu'elle aime son mari.
M. DESPRESSINS.
Tu le crois?
M. DUVAL
Oui, on me la dit.
M. DELALANDE.
Ah , je t'en réponds ! Je voudrais avoir autant de cinquante louis A propos, madame Moka, ce monsieur que j'ai vu
ici une fois , que vous disiez qui ne vous avait jamais parlé , vient-il encore?
Mmc MOKA.
Oui, monsieur, tous les jours.
LE GARÇON
Voilà à peu près l'heure où il vient prendre du café.
M. DELALANDE.
Et il ne t'a jamais rien dit non plus à toi ?
LE GARÇON
JNon , monsieur, jamais -, il lait signe seulement: nous sommes accoutumés à cela. On lui verse du café, il le prend , il s'en va, après avoir payé, s'entend.
M. DU VAL
Ah l je me rappelle ; c'est un homme qui.... (il fait un signe
pour le désigner.)
LE GARÇON
Oui, monsieur.
M. DELALANDE.
Parbleu , je suis curieux de le voir.
Mme MOKA.
Monsieur, si vous ne vous en allez pas , vous aurez ce plaisir-là.
M. DELALANDE.
Eh bien, j'ai envie de le taire parler.
M. DESPRESSINS.
Cet homme-là? Tu seras bien fin -, je le connais moi.
. M. DU val.
Veux-tu parier dix louis?
M. DESPRESSINS.
Non.
M. DU VAL
Pourquoi?
M. DELALANDE.
Je les parie , moi ; mais aujourd'hui.
M. DU VAL
Tout-à-1'heure , s'il vient.
LE GARÇON
Il ne tardera pas.
M. DUVAL
Allons, voyons tes dix louis.
M. DELALANDE.
Les Yoilà. (Il tire sa bourse.)
M. DUVAL
Voilà les miens. (U tire aussi sa bourse.) Il n'y à qu'a les mettre entre les mains de Despressins.
M. DELALANDE.
Je le veux bien. Tenez, (i; donne les dix louis.)
M. DUVAL
Vois s'il y a dix louis.
M. DESPRESSINS.
Oui , oui. Eh bien, à présent je vous dirai que je suis pour celui qui parie qu il ne parlera pas.
M. DELALANDE.
Nous verrons.
LE GARÇON
Ab , monsieur ! le voilà ? le voilà qui vient.
M. DELALANDE ravoir.
Il a parbleu raison , c'est lui-même.
Mme MOKA.
Oh , il ne manque jamais , à moins quil ne pleuve à verse.
M. DUVAL
Il prend son café bien tard.
LE GARÇON
C'est son heure ordinaire.
M. DELALANDE.
Range-toi donc delà porte.
M. DESPRESSINS.
Je m'en vais.
M. DELALANDE.
Et mes dix louis! Ce gaillard-là emporte les enjeux.
LE PAKI. 227