SCÈNE V
M. DE BRECOURT, M^^ DE BRECOURT.
M. DE BRECOURT entre en lisant des papiers; il se retourne et dit à ses gens Qu'on ll'Ôte pas mes chevaux. (Et continuant de lire, il s'approche du fauteuil où était le marquis, y laisse tomber son chapeau, et s'assied. A madame de Brécourt, toujours en lisant.) VoUS n'étCS paS Sortie? Mme I3E BRECOURT.
Non.
M. DE BRECOURT, lisant,
— (i)Pourquoi n avez-vous pas ëlé à Topera?
jVXme jQE BRECOURT.
C'est que je ne m'en suis pas souciée apparemment.
M. DE BRECOURT , lisant.
— Yous ne vous en êtes pas souciée ? — Si vous n'aviez pas de petite loge , yous me tourmenteriez pour en avoir une.
M™e DE BRECOURT.
Cela pourrait bien être.
M. DE BRECOURT , lisant.
— Le marquis est-il venu?
aime DE BRECOURT.
Vous avez donné de si bons ordres...
M. DE BRECOURT, lisant.
Moi?
M™e DE BRECOURT.
Apparemment. — Pourquoi rentrez-vous donc à présent?
M. DE BRECOURT.
Pourquoi? (il remet ses papiers dans sa poche.) ParCC que je VCUX
reposer mes chevaux -, j'ai couru tout le Marais sans trouver personne.
M^ne DE BRECOURT.
Il fallait aller chez madame de Mirecourt.
(i) Nota. Cette marque — indiq[ue des temps de silence nécessaires dans le jeu de cette scène.
M. DE BRECOURT.
— (Il monie sa montre.) Madame de Mirccourt?
M™e CE BRECOURT.
Sans doute j c'est une femme charmante, elle vous ressemble.
M. DE BRECOURT.
i — (Il remet sa montre.) Je ne pcux pas la souffrir.
Ojme DE BRECOURT.
Vous ne soupez pas ici apparemment?
M. DE BRECOURT.
(Il ronge le bout de son doigt.) Je ne Sais paS SÎ je SOUpCrai. (Il se
coupe une envie au doigt.) Ils veulent quc je prenne du lait.
IVime j,E BRECOURT.
A la bonne heure 5 car je vous avertis qu il n'y a point de souper, je ne mangerai rien,
M. DE BRECOURT.
— (Il remet ses ciseaux.) Vous ne mangcrcz ricu?
M^e DE BRECOURT.
Non ; ainsi si vous voulez souper , je vous conseille de vous en aller plus tôt que plus lard.
M. DE BRECOURT.
(Il prend dn tabac lentement.) Je verrai.
M™e DE BRECOURT.
Mais si vous n'avez pas de chevaux , prenez les miens.
M. DE BRECOURT.
Oui, et pi^is vous direz que je vous les ai estropiés.
njme DE BRECOURT.
Quel raisonnement î
M. DE BRECOURT.
- — (Remettant sa tabatière.) A propOS de chcvaUX , je VOUS CU ai
acheté deux beaux , fort grands.
Mnie DE BRECOURT.
Je ne me soucie pas plus de grands chevaux que de grands hommes.
M. DE BRECOURT.
Vous VOUS en servirez pourtant.
M™e DE BRECOURT.
Déterminez-vous donc , si vous voulez souper dehors.
M. DE BRECOURT.
— (Il raccommode une de ses boucles de jarretières.)
Oui, vous avez raison?
jjme DE BRECOURT.
Allons y allez-vous-en donc , monsieur.
M. DE BRECOURT.
— (Il la regarde.) Savez-vous quc jenc vois porsouue coiffée comme vous?
]>jme DE BRECOURT.
Qu'est-ce que cela vous fait?
M. DE BRECOURT.
Oh, moi, rien du tout! (lise lève lentement, et il prend le chapeau du Marquis pour le sien , sans y regarder.) Je reviendrai pCUt-étre VOUS tenir
compagnie , puisque vous êtes seule.
Moie DE BRECOURT.
Ne vous gênez pas.
M. DE BRECOURT.
Sûrement, je reviendrai. (A ses gens.) Allons, eh!