M'"^ DE BRECOURT , LE MARQUIS
LE MARQUIS
Madame, vous me voyez^ malgré ce que je vous ai mandé. J'ai trouvé le mom^ent de m'échapper... Mais quavez-vous donc?
IVime j)E BRECOURT.
Je suis désespérée ', je ne sais qui vous a desservi auprès de mon mari...
LE MARQUIS
Comment?
M™e DE BRECOURT.
Il ne veut plus que je vous voie.
LE MARQUIS
Est-il bien possible? Je sais d'où cela vient.
Mme pE BRECOURT.
De qui?
LE MARQUIS
De madame de Mirecourt.
M™« DE BRECOURT.
Elle en serait capable?
LE MARQUIS
Vous ne la connaissez pas.
M"e DE BRECOURT.
Que lui avez-vous fait?
LE MARQUIS
Rienj mais c'est vous qu'elle veut persécuter. Elle ne vit que de tracasseries : elle avait voulu m y associer; mais je Tai traitée avec un si grand mépris, que je ne suis pas surpris de ce qui nous arrive. Mais que vous a dit votre mari? que croit-il ?
M'"^ DE BRECOURT.
Fort peu de cbose, je crois. Je ne Tai même jamais vu jaloux.
LES DEUX CHAPEAUX. 25l
LE MARQUIS
C'est sûrement cette femme-là qui a tout fait. Mais quel parti prenez-vous? m'abandounerez-yous?. . .
M™" DE BRECOURT.
Ah, Marquis! tout cela m'afflige, me tourne la tête.
LE MARQUIS
Si TOUS m'aimiez réellement!....
m^^ DE BRECOURT.
Eh! c'est parce que je vous aime...
LE MARQUIS
Il faut laisser passer cette boutade, elle ne saurait durer. J'ai même un moyen sûr, si vous voulez y consentir, et très-facile: je dérouterai madame de Mirecourt.
M™« DE BRECOURT.
Et comment?
Elle m'a cru lié avec une autre feraime^ je n'ai qu'à feindre de lui rendre des soins...
M™« DE BRECOURT.
Non, ce moyen-là ne me plaît point du tout.
LE MARQUIS
Que craignez-vous?
M"»® DE BRECOURT.
Cette femme peut devenir sensible, et d'indifférente qu'elle vous serait, vous pourriez...
LE MARQUIS
Vous ne vous rendez pas justice
M^e DE BRECOURT.
Il vaut mieux que vous me voyiez chez ma sœur.
LE MARQUIS
Quoi, jamais ailleurs?
M«»e DE BRECOURT.
Je ne peux empêcher que vous ne soupiez quelquefois dans les mêmes maisons.
LE MARQUIS
Vous feignez de ne pas m'en tendre.
M™e DE BRECOURT.
Pardomiez-moi , je vous entends^ si le soin de ma gloire vous occupait....
LE MARQUIS
Ah, pardonnez ! . . .
M™e DE BRECOURT.
Voilà à quoi nous exposent nos maris avec leurs façons j mais ne comptez pas en profiter jamais.
LE MARQUIS
Je n'ai point d'autres desseins que de faire ce qui pourra vous plaire.
MH^e DE BRECOURT.
Ne m'en parlez donc plus. '
LE MARQUIS
Je vous le promets. (Il lui baise la main.)
jVime DE BRECOURT, effrayée.
Qu est-ce que j'entends? J'ai fait fermer ma porte. Voyez un peu.
LE MARQUIS, regardant à la fenêtre.
C'est votre mari !
M^ie DE BRECOURT.
Et votre carrosse?
LE MARQUIS
Il est chez ma mère, je suis venu tout seul.
M™e DE BRECOURT.
S'il va entrer ici! Je crois l'entendre j cachez- vous dans mon boudoir.
J y vais. (Il laisse son chapeau sur le fauteuil où il était assis, et il entre dans le boudoir.)