M. LE MAIRE, M. LE CLERC, M. RAPHAËL ,^ LE GRIS
LE GRIS
Monsieur, voilà M. Raphaël.
M. LE MAIRE
Vous vous appelez Raphaël ?
RAPHAËL , avec un bonnet, un tablier, uu pot à couleur et un pinceau
Oui, monsieur, pour vous servir.
M. LE MAIRE
Ah çà , monsieur Raphaël , pourrez-vous m'ccrire sur ce
EN CUL-DE-SAC. Sj r
blanc-là que vous voyez : // est défendu de faire ici ses ordures, sous peine de punition corporelle»
M. RAPHAËL
Oui, monsieur. C'est moi qui fais ordinairement toutes les écritures de défenses dans les cul-de-sac.
M. LE MAIRE
Cela sera-t-il bientôt fait?
M. RAPHAËL
Mais, pour quand monsieur le vou3rail-il?
Pour tout-à-l'heure.
M. RAPHAËL
Pour tout-à-f heure j mais c'est que j'ai ici près un ouvrage de commencé, qui sera bientôt fini. Si monsieur voulait
M. LE MAIRE
Non , non ^ je ne vous laisse pas aller. N'avez- vous pas du noir?
M. RAPHAËL
Oui , en voilà ; parce que votre monsieur m'a dit que c'était pour écrire que vous m'envoyiez chercher.
M. LE MAIRE
Eh bien , mettez-vous à la besogne tout de suite , mon cher monsieur Raphaël j je vous paierai bien.
M. RAPHAËL
Oh, monsieur, ce n'est pas là ce qui tient, parce que dans notre métier, c'est plutôt l'honneur qui nous gouverne , que l'argent 5 il est pourtant vrai que l'un n'empêche pas l'autre
M. LE MAIRE
Oui , oui, vous avez raison. On distingue toujours les gens à talents , surtout quand ils ont de l'esprit comme vous.
M. RAPHAËL
Monsieur me pousse là une gouaille -, mais cela ne fait en rien.
M. LE CLERC
Non, monsieur Raphaël, vous ne connaissez pas M. le Maire.
M. RAPHAËL
Messieurs , divertissez-vous tant qu'il vous plaira ; rira bien qui rira le dernier, comme dit l'autre 5 et puis votre argent est toujours bon ; et voilà le principal.
M. LE MAIRE
Allons , que je vous vole commencer un peu.
M. RAPHAËL, travaillant.
M'y voilà, (il écrit.) Il est. C'est-il bien comme cela?
^I. LE MAIRE
A merveilles .Vous ne quitterez pas, quelque chose qui arrive, monsieur Raphaël?
M. RAPHAËL
Je vous le promets j et un honnête homme n'a que sa parole.
M. LE MAIRE
Je vais m'habiller, et je reviendrai vous voir.
M. RAPHAËL
Allez, allez. Si vous ne me trouvez pas, c'est que cela sera fini."
M. LE MAIRE
Ne venez-vous pas avec mol?
M. LE CLERC
Non, j'ai affaire^ je suis bien aise de vous savoir tout-à-fait hors d'inquiétude.
c'est à vous que j'en ai l'obligation. Le Gris, restez ici.
M. RAPHAËL
Ah, monsieur! je n'ai pas besoin qu'on me garde. Allez, monsieur le Gris, allez à vos affaires.
M. LE MAIRE
Viens donc, puisqu'il le veut.
LE GRIS
Oui, monsieur, car ces gens-là onl souvent des fantaisies: et il laisserait peut-être tout là .
(Ils s'en vont.)