‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 3)Chapitre 21 sur 206 · XC DISSERTATION · texte numérisé non relu

XC DISSERTATION

Je ferai une remarque qui m'a singulièrement frappé ; c'est que la plus grande parîJe des auteurs qui ont traité des proverbes proprement dits , se sont contentés de les rapporter, de les classer tant bien que mal, sans en donner la définition, ni faire connaître l'origine de ces proverbes , tandis que ceux qui ont prétendu les expliquer , se sont livrés à d'ennuyeux comrfientaires sans liaison, sans suite, et dont on ne saisit pas le rapport avec le sujet; j'en excepte cependant Belingen, Moisant de Brieux, Tuet et M. de la Mésangère. Encore les deux premiers sont-ils écrits d'un style souvent obscur et inintelligible.

II est un point dilïicilti à distinguer, c'est la limite du trop au pas assez. Ceux qui écrivent doivent savoir mettre des bornes à leur imaginalion et finir à propos. Ne pas dire tout est souvent une marque d'une diligence bien entendue. L'homme érudit , dont la vie s'écoule si vite et si agréablement dans l'étude de l'antiquité, ne pâlit pas toujours sur les monuments poudreux des génies qu'elle a produits; il a besoin de quelques délassements; et peutil en trouver un qui soit plus selon son goût , que dans l'ouvrage que j'offre au public ? L'homme du monde que la lecture des anciens effraie , au lieu d'aller chercher à grands frais dans les ténèbres des siècles passés, des sujets de méditation trop graves, dit, comme La Fontaine, les hmgs ouvrages me font peur; il préfère se nourrir d'alilÀents moins substantiels et plus appropriés h la délicatesse dison organisation et à la frivolité de ses goûts. Comme l'insecte volage , il ne suce que les étamines des fleurs ; alo-s il recherche les lectures qui lui offrent de l'agrément sam fatiguer son esprit, qu'il puisse quitter et reprendre lorsque l'aiguillon de la curiosité l.'y invite ; il ne les con-

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sidère que comme les débals d'au entretien familier auquel de légers repos redonnent du ton et un nouveau plaisir. Tels sont les proverbes dramatiques de Carmonlelle; de l'esprit, des aperçus piquants, de légères peintures de mœurs, de la morale enjouée. Yoilà le but qu'il s'est proposé , je crois qu'il Ta parfaitement atteint.

Revenons à la gaîté de nos pères , tout nous y invite. Chacun son métier les vaches sont bien gardées ; au lieu de colporter de la politique partout sans y rien comprendre , prenons le plaisir qui est à notre portée , qui satisfait l'esprit sans l'étourdir, et réjouit l'âme au lieu de l'attrister. Laissons les hommes d'état s'escrimer dans les abstractions d'une science fondée, que sais- je! sur des conjectures , dont il est donné à très peu de personnes d'avoir la clef, et dont le résultat , pour bien des gens , est de faire de la scène si courte de la vie , un théâtre d'illusions et de félicités éphémères, et de changer le vrai bonheur que l'on peut posséder sans peine dans les jouissances d'une vie laborieuse, accompagnée de cette aurea mediocritas, qui en fait tout le charme , en une source intarissable d'inimitiés et de chagrins. Puisons enfin dans la science toute philosophique des adages et des proverbes des secours et des consolations à tant de maux.

Je reviens à mes moutons. Je terminerai cette dissertation par une seule remarque. Le lecteur s'apercevra aisément qu'en lui offrant ce précis, je n'ai point eu l'intention de lui donner un ouvrage exprofcsso, mais seulement un aperçu méthodique et raisonné sur les proverbes. J'ai voulu surtout lui éviter l'ennui des recherches dans des ouvrages mal digérés et devenus très-rares, etfaire ressortir à ses yeux l'utilité et l'agrément des proverbes. Dé-

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gagé de tout esprit de pédantisme, je n'ai même pas voulu que mon ouvrage sentit trop l'huile , suivant l'expression latine, olet lucernani; mais s'il peut plaire, je croirai avoir justifié ce précepte d'Horace, si usité et si souvent mal employé , om?i6 iutit punctum quimiscuit utile dut-

ci Quelque superficielle que soit la majeure partie des

lecteurs , je croirais lui faire injure que de lui appliquer cet adage: les têtes faibles sont comme les estomacs débiles qui rendent immédiatement ce qu'ils prennent; ce qu'ils lisent, flotte sur la surface de leur esprit comme riiuile sur la surface de l'eau sans s'y incorporer. Je pense au contraire pour la gloire des lettres qu'il y en a beaucoup qui peuvent dire, ce qui est bon à prendre est bon à fjarder.

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