VIE DE CARMONTELLE
Garmontelle naquit à Paris le 25 août 1717. A peine ses dispositions naturelles furent- elles développées par l'étude , que la facilité de son esprit le fit bientôt connaître dans le monde littéraire. Il s'adonna à un genre tout particulier, qui demande de la finesse, du tact et de la pénétration; et il faut avouer qu'en ce genre, personne ne l'a encore surpassé. Ses proverbes dramatiques, fruits d'un esprit observateur, sont devenus une mine féconde h exploiter pour beaucoup d'auteurs de profession, qui savent mieux remplir un canevas tout formé, qu'inventer un sujet; bien que le fond de ces proverbes soit léger, ils attachent cependant par le choix du sujet, par la singularité des personnages; ils plaisent surtout aux esprits paresseux par la brièveté des scènes et de l'action. Si l'auteur y retrace souvent les mœurs populaires, il fait aussi mouvoir parfois le jeu des passions dans des rangs plus élevés : l'esprit des salons, la coquetterie, les effets de l'amour-propre, de l'orgueil, de la vanité, y sont dépeints avec la couleur caractéristique de la vérité. Il soulève un coin seulement du rideau qui cache le naturel du peuple, du bourgeois, de l'homme de qualité; et son esprit légèrement observateur, en eflleurant la surface d'un objet, donne au sujet qu'il traite un coloris suffisant pour le faire bien connaître; ce qui est profond est loin de lui, mais dans son genre il a su plaire, et s'il y a un défaut
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dans son dialogue, c'est de tomber quelquefois dans la trivialité en s'efForçant d'être naturel. Telle était la fécondité de son imagination, que la composition d'une pièce de théâtre en un ou deux actes, le développement des caractères , d'après les données qu'on lui fournissait , étaient pour lui l'affaire d'une matinée : aussi a-t-il laissé un grand nombre de manuscrits qui auraient pu former une centaine de volumes.
Le baron de Grimm , homme de goût et parfaitement instruit dans la langue française, quoiqu'étranger, tout en rendant justice à la fécondité de l'imagination de Garmontelle, passe en revue ses principaux défauts. Sa critique est sévère, mais équitable; en homme d'esprit il a su la proportionner à la légèreté du sujet, et rendre juslice au talent de Carmontelle. Voici le jugement qu'il en porte dans sa correspondance :
« M. de Carmontelle, lecteur de monseigneur le duc de Chartres , a voulu réduire les amusements de la société et les facéties en système. C'est lui qui, le premier, a publié des proverbres dramatiques, et depuis ce temps là, plusieurs rivaux de sa gloire en embellissent le Mercure tous les mois. Cependant ce qui rend les proverbes supportables en société, c'est la verve et la chaleur avec lesquelles les acteurs improvisent, et qui disparaissent quand ils recèlent des choses apprises par cœur; et puis le dénoûment est presque toujours froid et plat parce que les auteurs proverbiaux ne se donnent pas la peine d'amener leurs proverbes d'une manière ingénieuse et piquante. Carmontelle n'est pas seulement en ce genre d'une fécondité prodigieuse, mais il a encore composé un bon nombre de comédies, qu'il regarde comme des pièces de so-