SCENE III
M. D'ORVILLE, LA BRIE, COMTOIS portant le poulet.
LA BRIE
Apporte du pain.
COMTOIS
Il V en a là. J'apporte le poulet. Quoi! il dort déjà?
LA BRIE
Je ne fais pourtant que de le quitter.
COMTOIS
Mais son poulet va refroidir. Réveille-le.
Moi? je ne m'y joue pas, il crierait comme lUi aigle.
COMTOIS
Comment ferons-nous?
LA BRIE
Je n'en sais rien, cela nous fera dîner à je ne sais quelle lieure, et je meurs de faim.
COMTOIS
Et moi aussi 5 ma foi, je m'en vais l'éveiller.
LA BRIE
Tu n'en yiendras jamais à bout.
' COMTOIS, criant.
Monsieur!
LA BRIE
Ouij oui. Vois comme il remue- il n'en ronde que plus fort.
COMTOIS
Quel diable d'homme! Coupe le poulet : en cas quil se réveille, ce sera toujours autant de fait.
LA BRIE
Oui; et il sera plus froid; je ne m'y joue pas.
Hé bien, je m'en vais le couper, moi. (ii coupe une cuîsse.) Tiens, vois comme cela sent bon.
LA BRIE
Je n'ai pas besoin de sentir pour avoir encore plus de faim.
COMTOIS
Ma foi, j'ai envie de manger cette cuisse-là. M. Frémonl lui a ordonné de ne manger qu'une aile; il n'y prendra peutêtre pas garde. (Il mange la cuisse.) Ma foi, cUc cst bonuc. Je m'en vais boire un coup. Donne-moi un verre. (lise verse à boire et boit.)
LA BRIE
Et s'il se réveille?
COMTOIS
Hé bien, il me chassera, et je m'en irai.
LA BRIE
Ah, tu le prends sur ce ton-làî Oh! j'en ferai bien autant que toi. Allons, allons, donne-moi l'autre cuisse.
COMTOIS
Je le veux bien : nous serons deux contre lui, il ne saura lequel renvoyer. Tiens, (il lui donne l'autre cuisse.) LA BRIE.
Donne-moi donc du pain.
COMTOIS
Tiens, en voilà.
LA BRIE
Ma foi, tu as raison; ce poulet est excellent. Mais je veux boire aussi.
COMTOIS
Hé bien; bois. Je songe une chose : comme il ne doit manger qu'une aile, il ne m'en coulera pas davantage de manger Fautre, je men yais en mettre une sur son assiette, (il mange.)
LA BRIE
c'est bien dit; donne-moi le corps.
COMTOIS
Alil le corps; c'est trop, je m'en vais te donner le croupion.
(Ils mangent tous les deux. )
LA BRIE
Cela ne vaut pas Taile,
COMTOIS
Mange, mange toujours.
LA BRIE
Buvons aussi.