‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 3)Chapitre 32 sur 206 · C03IT0IS · texte numérisé non relu

C03IT0IS

Allons, à ta santé.

LA BRIE

A la tienne.

(Ils boirent.)

COMTOIS

Ce vin là est bon. Quoi, tu manges le haut du corps?

Ma foi; oui.

COMTOIS

Oli, je m'en vais manger son aile.

LA BRIE

Attends donc.

COMTOIS

Je suis ton serviteur, je veux en avoir autant que toi.

LA BRIE

Tu es bien gourmand.

COMTOIS

Tu ne l'es pas toi? ali cà, buvons, buvons.

LA BRIE

Prends ton verre.

(Ils boivent.)

COMTOIS

A présent, que ferons-uous quand il s'éveillera?

LA BRIE

Je n'eu sais rien. Buvons pour nous aviser.

Il ne reste plus rien dans la bouteille.

LA BRIE

Non? Et que dira dame Jeanne^ quand elle verra la bouteille vide?

COMTOIS

Et les restes du poulet?

LA BRIE

Ma foi, elle dira ce quelle voudra. Attends, le voilà qui remue.

COMTOIS

Comment ferons-nous? que dirons-nous?

LA BRIE

Tiens, mets tous les os sur son assiette, et dis comme moi.

COMTOIS

Oui, oui, ne t'embarrasse pas.

LA BRIE

Paix donc.

M. d'oRVILLE, se frottant les yeux.

Hé bien, qu est-ce que vous faites là vous autres?

LA BRIE

Monsieur, nous attendons. (A Comtois.) Rince son verre el mets de Teau dedans.

M. d'orville.

Hé bien, ces coquins là ne veulent donc pas me donner mou poulet?

LA BRIE

Votre poulet, monsieur?

M. d'oRVILLE.

Oui. Comment, depuis deux beures que j'attends?

LA BRIE

Qne VOUS attendez, monsieur? vous badinez , il est bien loin.

M. d'orville.

Comment bien loin? qu'est-ce que cela veut dire?

LA BRIE

Tenez, monsieur, regardez devant vous.

M. d'oRVILLE.

Quoi!

LA BRIE

Vous ne vous souvenez pas que vous l'avez mangé?

/ M. d'oRVILLE.

Moi!

LA BRIE

Oui, monsieur.

Monsieur a dormi depuis.

M. d'oRVILLE.

Je n'en reviens pas! je Tai mangé?

LA BRIE

Oui, monsieur, et vous n avez rien laissé j voyez.

M. d'orville.

Je lai mangé! c'est incompréhensible! et je meurs de faim .

comtois.

Cela n'est pas étonnant, vous n aviez rien dans le corps j cela a passé tout de suite en dormant.

M. d'orville.

Mais je voudrais boire un coup du moins.

LA BRIE

Vous avez tout bu. Nous ne vous avons jamais vu une soil" et un appétit pareils.

M. d'orville.

Je le crois bien : car je Tai encore.

COMTOIS

C'est sûrement la médecine qui fait cela. Monsieur veut-il son verre d'eau?

M. d'orville.

Un verre d'eau?

Oui^ pour VOUS rincer la bouche^ parce que nous irons dîner, nous, après cela,

M. d'orville.

Je n'y comprends rien, (ii se riuce la bouche.)

LA BRIE, à Comtois, bas.

Tu vois bien que dame Jeanne n'aura rien ii dire non plus.

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