‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 3)Chapitre 54 sur 206 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

M™«DE VERNANT, L'ABBÉ.

l'abbé.

Qu'est-ce que vous avez donc aujourdliui, madame?

Mme DE VERNANT.

Cest mon marlj vous savez bien comme sont ces messieurs-là.

i/abbé.

Oui , je les connais un peu. En vérité , je n'imagine pas comment les femmes peuvent se déterminer à se marier.

jyjme jy^ VERNANT.

Vous n'imaginez pas? C'est bientôt dit : eh, sait -on ce qu'on fait? Cela vous est bien aisé à dire.

l'abbé.

Il est vrai que. . .

M'a- DE VERNANT.

Ce n'est pas nous qui nous marions : aussi , si je peux jamais devenir veuve , croyez que. . .

l'abbé.

Oh , pour cela , vous avez bien raison ; voilà l'état que j'aurais ambitionné , si j'avais été femme.

jYirae DE VERNANT.

Mais c'est qu'il n'y a que celui-là. Vous apportez un bien considérable à votre mari , et vous n'en jouissez pas , ce n'est pas la peine,

l'abbé.

Voilà ce que j'ai pensé cent fois.

M^e DE VERNANT.

Et encore ils refusent tout, pour donner à des créatures qui font mal au cœur.

l'abbé.

Il est vrai que je ne conçois pas le goût des hommes d'à

64 l'après-dînée.

présent. A propos de cela , voire beau-frère , à ce qu on m'a dit , vient de prendre la petite Réminy.

flime DE VERNAXT.

Eli bien, oui , et l'on trouvera mauvais...

l'abbé.

Elle est très-jolie.

Mme DE VERNANT.

Oui y c'est une petite borreur , qui ne sait pas danser , et Von trouve cela cbarmant.

l'abbé.

Elle a de jolis yeux.

M™e DE VERNANT.

Vous trouvez cela , vous 7

l'abbé.

Quand je dis... c'est joli pour une fille.

M™e DE VERNANT.

Allons , l'abbé , vous ne vous y connaissez point du tout.

l'abbé.

Cela peut être , vous savez bien que je ne vois pas dje loin ^ mais c'est madame de Rouvière qui est cbarmante.

I^me £)E VERNANT.

Madame de Rouvière 7

l'abbé.

Oui , elle est revenue de Bretagne , j'ai dîné aujourd'bui avec elle 5 dbonneur, elle est éblouissante!

Mme DE VERNANT.

Mais, ne dites donc pas de ces cboses-là, l'abbé; nous avons été ensemble au couvent, elle est noire à faire peur, mal faite, . .

Pour la taille , je ne sais pas ; cependant il me semble que. . .

M^ne DE VERNANT.

Allons , vous êtes comme le président , à qui cbat coiffé tourne la tête.

l'abbé.

Il se peut bien que...

l'après-dînée. 63

M™e DE VERNANT.

C est madame de Mirevault qui est charmante : voilà ce qu'on appelle une femme , cela I l'abbé.

Oui, mais elle a quarante ans.

iVime j)E VERNANT.

Eli bien, qu'est-ce que cela fait? Voilà comme sont les hommes j que fait Fàge , quand une femme est aimable ? l'abbé.

Vous avez raison.

Mme DE VERNANT.

Souperez-vous ici ce soir , Tabbé 7

l'abbé.

Mon, j'ensuis désespéré.

M°i« DE VERNANT.

Vous venez pour vous excuser apparemment, car vous m'aviez promis hier.

l'abbé.

Je ne crois pas , parce que je suis engagé il y a plus de quinze jours,

jVime DE VERNANT.

Cela n'est pas vrai 5 voyons , où 7

l'abbé.

Chez la comtesse.

jVime DE VERNANT.

C'est encore une jolie personne que votre comtesse î une \ petite sotte , qui ne reconnaît personne , qui est plus ridicule : elle a des dents qui ne finissent pas -, mais vous ne voyez rien de tout cela , vous autres hommes , voilà comme vous êtes. l'abbé.

Je vous assure que vous seriez très-contente d'elle j si vous ^ 1 la connaissiez. ^

' ^ M™e DE VERNANT.

Je ne crois pas que cela m'arrive.

Q6 L APRÈS -Dî NÉE.

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