SCENE PREMIERE
LA COMTESSE, HEISRIETTE.
LA COMTESSE
Henriette!
HENRIETTE
Madame J
LA COMTESSE
Donnez-moi....
HENRIETTE
Quoi, madame?
LA COMTESSE
Mon écritoire.... Non, un siège.
Madame me paraît bien inquiète, bien agitée.
LA COMTESSE, s'asseyant.
Ah, Henriette! ma situation est inconcevable!
HENRIETTE
Comment, madame, auriez-vous à vous plaindre de M. le chevalier?
LA COMTESSE
Eh non, au contraire; il ne m'est que trop fidèle.
HENRIETTE
Que trop fidèle! Voilà ua reproche qui est nouveau. ,
LA COMTFSSE.
Sans doute, et plus il est rare, plus il me semble que j'ai de torts.
HENRIETTE
Comment, vous trouvez qu il vous aime trop?
LA COMTESSE
Oui.
HENRIETTE
Eli hIeHj épousez-le, il chaliget-a bieûtot.
LA COMTESSE
Quoi, tu veux que jV'pouse un Iioiume que je n'aime pas? •
Vous ne l'aimez plus?
LA COMTESSE
iSon, et voilà ce qui me tourmente.
HENRIETTE
C'est pourtant ce qui devrait vous tranquilliser j ce n'est que lorsque l'on aime, qu on est en proie aux tourments, aux ennuis, aux 1^
LA COMTESSE
Je vois bien que tu ne me comprends pas; car enfin, qu'ai-je à reprocher au chevalier? Rien. On ne saurait aimer plus vivement, avec plus de délicatesse.... Il est affreux d'être ingrate sans le vouloir, sans aucun sujet de plainte.
HENRIETTE
Moi, madame, je ne vois rien là d'afireux^ vous êtes comme vous étiez avant de l'aimer.
LA COMTESSE
Tu ne conçois pas que mon indifférence va faire son malheur?
HENRIETTE
Il est vrai qu'il perdra beaucoup, en perdant un cœur comme le vôtre, madame; mais puisque vous ne le quittez pas pour en aimer un autre, quel tort avez-vous ? On n'est pas maître de son cœur, et d'ailleurs laissez-le toujours vous aimer, cela ne vous coûtera rien.
LA COMTESSE
Quoi, je le tromperais?
Il sera encore trop henreux.