LE BAILLI , GROS-JEAN
Eh bien , Gros-Jean, vous voilà donc enfin de retour?
GROS-JEAN
Oui, monsieur lebaiUi, à vot' sarvicej commenlvousenva i^
l5o i.i: MARI ABSENT.
Fort bien, Gros-Jcaii , fort bien. Votre voyage vous a-t-il valu bien de Fargeal?
GROS-JEAN
Il devait m'en valoir- mais j'ai mangé tout ce que j'avais porté y encore bien beureux d'en avoir eu assez.
LE BATLLI.
Et comment cela? Votre oncle avait des vignes, à ce que vous m'aviez dit.
GROS-JFAN.
Oui , mais la justice a tout vendangé ; c'est comme la grêle, monsieur le baijii : c'est même encore pire; car tous les frais ont fauclié le reste ; et personne n'a eu rien , que deux ou trois créanciers , qui disent encore qu'on leur a pris les trois quarts de ce qu'ils devaient avoir.
Cela arrive quelquefois comme cela.
Tout le monde mourrait à présent, que je ne voudrais pas me baisser pour avoir un héritage.
Vous avez raison.
GROS-JEAN
Ne parlons plus de cela , monsieur le bailli. Quelle nouvelle y a-t-il ici? Comment se porte ma femme?
Votre femme se porte très-bien j mais il y a bien des nouvelles depuis votre départ.
GROS-JEAN
Comment donc! et sont-elles bonnes du moins?
Oui , elles ne sont pas mauvaises.
GROS-JEAN
Eh, pardi , monsieur le bailli , comptez-moi donc un peu ça.
Vous savez , quand VOUS êtes parti, que nous avions ^un nouveau seigneur qui venait d acheter cette terre-ci ?
GROS-JEAN
Oui, vraiment, et je n'étions pas fâché délre délivré de l'autre. Celui-ci est-il meilleur?
LE BA7LLI.
Je vous en réponds ; c'est un homme qui aime k faire le bien du paysan.
Voilà un brave liomme^ pardi, c'ii-là.
Mais il veut qu'on travaille. Il prétend que ce village sera très-riche dans quatre ans , si on veut faire ce qu il dira.
GROS-JEAN
Et pourquoi pas 7 D'abord qu'on veut notre bien , monsieur le bailli , c'est raisonnable.
Il dit aussi qu'il veut prouver qi* plus on a d'enfants ^ et plus on est riche.
GROS-JEAN
Oui , tant vaut l'homme , tant vaut la terre. Mais il faut pouvoir les élever, ces enfants j ils ne travaillent pas en venant au monde.
Il sait bien cela ; et pour qu'il y ait beaucoup d'enfants dans son village , et qui se portent bien , voici ce qu'il a imaginé.
GROS-JEAN
Voyons, voyons j j'aimons déjà ce seigneur-là , raoi, mon-^ sieur le baiUi.
Écoutez bien.
GROS-JEAN
Oh, par la mordié, je n'en pardrons pas un mot, voyezvous!
Chaque enfant qui viendra au monde pendant dix ans, il donnera au père cent ëcus.
GROS-JEAN
Cent écus ! Et quand cela commencera-t-il 7
Oh , il y a déjà plus d'un an de passé.
GROS-JEAN
Plus dun an! Je suis hien malheureux de mètre en allé, j'aurions déjà gagné cent écus au moins.
Mais , depuis votre départ , votre femme est accouchée.
GROS-JEAN
Ma femme est accouchée , monsieur le hailli? Mais il y a dix-huit mois ; et quand je suis parti , elle n était pas grosse.
Il faut donc le dire au seigneur ^ car il veut que les enfants soient réellement du mari.
GRpS-JEAN.
Gardez-vous-en hicn, monsieur le bailli. Je ne sais ce que je dis. Oh , sûrement je me rappelle...
Prenez-y garde.
J aurai donc les cent écus?
Oui y par enfant.
GROS-JEAN
Pardi , ce n'est pas tout perdre ; mais c'est un seigneur d'or! Que je suis fâché de m être en allé î
Tenez , voilà votre femme. Vous lui avez grande obligation de cet argent-là.
GROS-JEAN
Ah, pardi, je vous en réponds. Je vois bien que sans elle je ne les aurois jamais eus.
LE MARI ABSEWT. iD)