SCÈNE IV
IjE bailli , CATHERINE moutraut un enfant qu'elle porle. GROS-JEAIV.
Eh , (lis donc, femme, est-ce un fîeu ou une fille , que j'ons pour ces cent écus 7
CATHERINE
c'est tous les deux, Gros- Jean.
GROS-JEAN , avec joie.
Quoi , j'ons deux enfants 7
CATHERINE
Oui, vraiment, mon ami.
Ah, parguë, femme, c'est un trésor! Quoi, monsieur le bailli, j'aurai six cents francs7
Oui, tu peux y compter.
GROS-JEAN
Voilà une brave femme, monsieur le bailli !
LE BAILLI, à Catherine.
Cela va bien.
CATHERINE, au Bailli.
Oh, je vais le rendre encore plus content.
LE BAILLI , à Catherine.
Prenez garde à ce que vous direz.
CATHERINE
Ah, Gros- Jean, nous aurons plus de six cents francs.
GROS-JEAN
Comment donc7
CATHERINE
Ces deux enfants-là sont venus ensemble, vois-tu.
GROS-JEAN
Oui7
l54 LE MARI ABSEKT.
CATHERINE
Eh bien, je suis grosse encore, je vas en avoir aussi deux, cela fera douze cents francs.
GROS-JEAN, avec joie.
Pardi, l'as raison.
LE BAILLI, à part.
Cette fenime-lk me ruinera. (A Catherine.) Mais vous n êtes pas grosse?
CATHERINE
Cela ne fait rien : je le deviendrai.
GROS-JEAN
Quest-ce que t'as, dis donc, femme? Mais quel bonheur. monsieur le bailli I
Oui, cela est très-heureux.
GROS-JEAN
Mais si cela va comme cela tous les ans j v'ià que j'aurous six cents francs de rente.
Je vous le disais bien, votre femme vous enrichira.
GROS -JEAN
Partli, c'est bien vrai. Je croyais d'abord devoir te gronder...
LE BAILLI, à Gros-Jean.
Qu'est-ce que vous allez dire?
Olî! rien, rien, monsieur le bailli; je nous observerons.
CATHERINE
Pourquoi donc vouloir me gronder, mon ami?
GROS-JEAN
Oh! je dis gronder; ce n'est pas gronder, à moins que ce soit te gronder de ce que tu n'étais pas venue avec moi.
CATHERINE
J'auraîS été bien aise d'y aller.
GROS- JEAN
Eh pardi non, j'en aurions été bien fàchë.
LE MARI ABSENT. l55
* CATHERINE
Comment, c'est bien vrai?
GROS-JEAN
Sans doute 5 ne faut-il pas que les enfants soient faits ici , monsieur le bailli?
Sûrement.
GROS-JEAN
Allons, allons, c'est bon. As-tu préparé à sçuper?
CATHERINE
Oui, mon ami.
Eh bien, allons boire à la santé d'un si bon seigneur. Monsieur le bailli, en voudriez-vous prendre votre part?
Pourquoi pas? j'aime les braves gens, les honnêtes gens.
GROS-JEAN
Allons, venez donc; car je vous aimons bien aussi nous; n'est-ce pas, Catherine?
CATHERINE
Oh, pour cela, oui 5 et ce sera toujoura^ut de même.
GROS-JEAN
Tu as raison; femme. Allons, allons souper, je parlerons un peu de cela à la table.