‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 144 sur 339 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

Mme FRANGEOT, Dame JEANNE.

DAME JEANNE

Ah ! mou dieu , madame Fraogeot , je ne savais pas que c'était vous qui sonniez.

Mme FRANGEOT.

Il n'y a pas de mal , dame Jeanne , il n y a pas de mal.

DAME JEANNE

C'est que je vous ai fait un peu attendre , parce que je faisais frire du pain pour des épinards.

M™« FRANGEOT.

Et vous teniez la queue de la poêle , n'est- il pas vrai?

DAME JEANNE

Oui, madame, et Ton est bien embarrassé, comme dit cet autre.

j^me FRANGEOT.

Est-ce qu'elle n'est pas ici la voisine ïubleu ?

Non. Si vous voulez vous asseoir, elle va revenir bientôt, car elle est allée aux Boulevards j il vient de pleuvoir, et elle n'a pas son parapluie.

M™e FRANGEOT.

Et le voisin?

DAME JEANNE

l \l[ est allé à Ménil-Montant, chez un procureur , qui veul faire blanchir sa maison de campagne.

2 88 LES voisi:\s

M™« FRANGEOT.

Vous avez bien plus d'ouvrage à présent qne lorsque vous demeuriez à la Bulte-Saiut-Roch, et que le voisin Tubleu peignait des portraits , n'est-ce pas , dame Jeanne ?

DAME JEANNE

Écoutez donc , dans ce temps-là nous nous couchions tous les trois quelquefois sans souper. Quand j'ai m qu'ils n'avaient guère besoin de moi , je les ai quittés , et je suis revenue avec eux quand ils ont été dans ce quartier-ci.

Bjme FRANGEOT.

C'est mon mari et moi qui leur avons conseillé d'y venir, et de se mettre dans la grande peinture.

DAME JEANNE

Ah ! dame , vous leur avez donné là un bon conseil ; ils font bonne chère à présent.

Mme FRANGEOT.

Aussi je ne reconnais pas la voisine.

Elle engraisse tous les jours.

JI™e FRANGEOT.

Ce n'est pas là ce que je veux. dire.

DAME JEANNE

Ah ! j'entends , elle a ses boutons de diamant dès le matin.

jjime FRANGEOT.

On ne peut pas être autrement, il faut bien être habillé ; je veux dire qu'elle devient fière.

DAME JEANNE

Et lui donc? Ah î pardi , il faut voir ! et comme ils gâtent leur enfant!

M™e FRANGEOT.

Il est bien laid.

DAME JEANNE

Dites-leur cela, et allez vous chauffer à leur feu : ils le trouvent bien joli, eux. La mère lui dit : Mon fils, qu'est-ce qne tu

veux être , quand tu seras grand? Ambassadeur, maman, parce nue j'aurai uu beau carrosse. Il a raison, Cbouchoux, ditelle à son mari; je veux qu'il ait un carrosse quand il sera grand. Eh mais , répond-il , peut-être deux , que sait-on?

M°>° FRANGKOT.

Ils ne disaient pas tout cela à leur Butte-Saint-Rocb, à leur quatrième étage , n'est-ce pas?

Ah ! je vous eu réponds ; mais les honneurs changent les mœurs , comme dit cet autre.

M"* FRANGEOT.

Ce sont de bonnes gens , et je les aime beaucoup , plus le mari que la femme,

DAME JEANNE

C'est toujours comme cela, nous autres nous aimons mieux les hommes. INe leur dites pas tout ce que je viens de vous dire, je ne serais pas bonne à jeter aux chieus. Tenez , quoique ce petitTubleu soit bien méchant, je l'aime, malgr,' qu'il m'égratigne toute la journée ; mais je l'ai vu naître , et puis sa mère dit : Il faut bien qu'il s'amuse à quelque chose.

M"e FRANGEOT.

C'est un vilain enfant!

DAME JEANNE

Il est chez sa tante la faïencière; il leur casse tous les jours quelque chose : ils nous le renverront demain. J'entends quelqu'un ; j'ai oublié de fermer la grille.

IW""^ FRANGEOT.

C'est la voisine Varlope.

DAME JEANNE

Je m'en vais travailler à mon souper, moi.

LliS VOISINS

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