SCENE II
m™^ varlope, m^^ frangeot.
M""* FRANGEOT.
D'où veiie2-vous comme cela , ma voisine?
Bime VARLOPE.
Ma voisine, je viens de Saint-Laurent.
I\l'"e FRANGEOT.
Moi j'aime mieux les Récollets , j'y vais toujours.
jUnie VARLOPE.
A cause de votre beau-frère le Récollet.
M™" FRANGEOT.
Ne croyez pas que c'est lui que je vais voir , il vient bien cbez nous ; et puis les dimanclies il précbe toujours ailleurs , on ne le trouve jamais. Où est le voisin?
Mme VARLOPE.
Mon mari?
M™« FRANGEOT.
Oui.
jime VARLOPE.
Bon ! est-ce qu'il ne m'a pas quittée dès deux heures pour aller aux Champs-Elysées?
»!■"« FRANGEOT.
Il V va donc toujours ?
nime VARLOPE.
Plus que je ne voudrais. Ils sont là une troupe qui jouent au cochonnet, ou qui parient.
Mme FRANGEOT.
Qu'est-ce que c'est que cela le cochonnet?
Bime VARLOPE.
Vous ne le connaissez pas? c'est un jeu qu'on joue avec des boules. Je ne voudrais pourtant pas en dire du mal.
M™"' FRANGEOT. *
Pourquoi ilonc?
jVirae VARLOPE.
Parce que, c'est là que ofiou niari a fait connaissance ayec mon père.
JI"e FRANGEOT.
Oui?
Bime VARLOPE.
Sûrement ; mon père est marchand de bois , comme vous savez, et nous demeurions au Roule : quand il a vu qu'il pourrait avoir un gendre menuisier qui lui ferait vendre du bois, il Ta amené chez nous ; moi , qui me doutais bien pourquoi c'était faire, j'en suis devenue amoureuse; il me venait voir tous les dimanches , et puis nous nous sommes mariés.
M"'e FRANGEOT.
Cela s'est fait comme cela?
3ime VARLOPE.
Oui vraiment.
Mme FRANGEOT.
Il est fort bien le voisin Varlope.
M'ne VARLOPE.
Surtout depuis qu'il a un habit noir et une perruque à nœuds ; c'est moi qui l'ai voulu.
mme FRANGEOT.
Vous avez bien fait. 11 faut soutenir sou état.
IVime VARLOPE.
Voilà ce que je lui al dit. Cela est plus cher, mais ce sont les pratiques qui paient tout cela.
Mme FRANGEOT.
Sans doute.
Mme VARLOPE.
Et , Dieu merci , il eu a de bonnes à présent , elles sont toutes dans la finance.
M™" FRANGEOT.
Cela est bien heureux, aussi vous devenez une grosse dame, ma voisine.
mme VARLOPE.
Ecoulez donc , je ne me laisse manquer de rien , comme de raison ; mais ce qui m'embarrasse , ma voisine , c'est que j'ai acheté' un bonnet à la mode , et je ne sais pas \e mettre sur ma téie.
W"^ FRANGEOT.
C'est qu'il est trop eu avant, ou ne voit pas assez les chevenx, et puis ils sont trop plats.
jime VARLOPE.
Je le sais bien.
M"'^ FRANGEOT.
' Voyez-moi. TI faut avancer les cbeveux , et reculer le bonnet. I^aissez-moi foire. (Elle la raccommode.) M"* VARLOPE.
C'est que je trouve que l'on a l'air dun chat fâché j ne trouvez-vous pas, ma voisine?
!«■"« FRANGEOT.
On dit que cest la mode , tout le monde est comme cela : voyez aux Boulevards,
mine VARLOPE.
J'en viens.
»!""= FRANGEOT.
Y avez-vous vu la voisine Tubleu?
jVime VARLOPE.
Non.
Mme FRANGEOT.
Elle y est pourtant , à ce que ma dit dame Jeanne.
Miue VARLOPE.
A propos , ma voisine, que je vous dise donc. Savez-vous la nouvelle?
jime FRANGEOT.
Qu'est-ce que c'est, ma voisine? • '.(1 . î?ï
mnie VARLOPE.
Ils ont pris un laquais.
M^f FRANGEOT.
Tout de bon , ma voisine?
Hjme VARLOPE.
Oui , vraiment, c'est un paysan de la Villetle; le perruquier lui a mis ses cheveux en queue ce matin pour la premièri; fois,
3|me FRANGEOT.
Ces gens-là se ruineront , ma voisine.
jXime VARLOPE.
Ils commencent à avoir de bonnes pratiques, à ce qu'ils disent , mais ce n'est pas tout.
3ime FRANGEOT.
Comment donc 7
jyme VARLOPE.
La voisine Tubleu apprend à chanter dans la musique
M^ie FRANGEOT.
C'est un conte que vous me faites là.
jyime VARLOPE.
Je vous dis que non, ma voisine; c'est le frère de ma couturière qui lui montre; il s'appelle M. le Creux., il est à l'opéra : je crois même qu'il soupera ici aujourd'hui avec nous.
]yjme FRANGEOT.
Ah .' j'en serai bien aise ; il faudra le prier de chanter.
jime VARLOPE.
Tenez, voilà le voisin le Noir, il le connaît bien , lui.
^ime FRANGEOT,.
Allons, cela est bon.