IV ENTR ACTES
peindre, et non de ces grandes passions qui émeuvent l'âme trop fortement, et dont les impressions sont en rapport avec la vigueur de caractère des personnages. Loin de moi un goût et une critique trop sévères. Ma seule lâche se réduit à deux objets : le premier, de faire connaître les finesses qui distinguent un petit talent agréable, et qui est recherché dans la société; le second, de déterminer des règles convenables pour le jeu de chaque personnage en particulier, et d'exposer la manière de rendre les différents rôles des Proverbes.
Eludier la nature dans toute sa simplicité, c'est le fruit de l'observation d'un esprit juste. Rendre la vérité du jeu de la physionomie, le mode d'être de certains hommes, les imiter en peignant leurs défauts avec discernement, exprimer les sensations qu'ils auront faites sur votre imagination, c'est tout le secret de l'art, c'est atteindre le but qu'on s'est proposé. Ce talent d'observation suppose dans l'acteur de l'intelligence, du tact. Ce que l'amateur de proverbes doit éviter avec soin, c'est d'imiter certains gestes, certains tics forcés d'acteurs de théâtres publics, surtout certaine manière de parler avec affectation , des intonations fausses ou peu naturelles. Il doit se garantir de tous ces prestiges scéniques, de ce charlatanisme d'emprunt, qui éblouissent des spectateurs sans goût, mais qui ne trompent point l'homme qui a du jugement. Il doit se persuader que si le public souffre, dans un acteur qu'il affectionne, un tic, un nazonnement ridicules, c'est qu'il sait que celui-ci rachète ces divers défauts par des talents acquis et des qualités qui surpassent ces défauts. S'il prend les mouvements forcés d'une fougue insipide pour les élans d'une inspiration pleine de chaleur, et les criaillements