‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 218 sur 339 · DES PROVERBES. V · texte numérisé non relu

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d'une voix glapissante pour les sons passionnés interprètes de l'âme, il se tourmente, il s'épuise, il étouffe son pcr sonnage, il fatigue son auditoire; il ne joue pas, il ne fait que parodier; ce n'est plus enfin qu'une opération mécanique à laquelle l'esprit n'a aucune part.

Comme l'homme est porlé de sa nature à contrefaire les défaut» des autres , il faut modérer ce penchant, qui presque toujours dégénère en charu;e. 11 ne faut pas dépasser le but, comme le font beaucoup d'acteurs qui ont cette malheureuse aptitude; elle étouffe souvent en eux les plus brillantes qualités. C'est surtout la prétention des comédiens de ce siècle, de se singer les uns les autres, défaut détestable qui ne détruit pas le talent des modèles, et qui souvent ne fait pas briller celui des copies : mais la malignité y trouve son compte. C'est également le défaut de quelques auteurs dramatiques, qui se croient le privilège de rendre leurs pièces plus piquantes par ces espèces decaricalures, souvent méchantes et scandaleuses. Favard le leur reproche d'une manière ingénieuse dans les vers suivants :

Contre les mœurs en général De la satire faire usage.

Frapper les défauts en total.

C'est être sage; ' Mais berner un particulier, Et désigner le personnage Par rhabit, l'air et le métier.

Cela passe le badinage.

On peut, avec des talents factices et de la vogue, en imposer quelques instants à des esprits superficiels et pré-

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venus; mois l'afTélerie, les gestes guindés el faux, le jeu prétentieux, ne tiennent pas long- temps la place des grâces naturelles, de la simplicité de cet enthousiasme qui caractérise le vrai talent. Il est un sentiment qui captive le public, et auquel il revient toujours, c'^st le naturel; c'est le cœur qu'il faut remuer, c'est re>prit qu'il faut égayer : il faut se délier des caprices de son imagination , surprendre, loucher et phiire; voilà tous les degrés qu'un acteur intelligent doit parcourir.

Le grand art de l'acteur des proverbes est de rendre fidèlement la pensée de l'auteur, ou, s'il se livre aux élans de son imagination, de ne point dénaturer celle pensée, en retendant. Dans les proverbes , on devient souvent auteur soi-même. Alors, on doit ajouter de nouvelles finesses à un rôle; non seulement exécuter, mais créer, et distinguer avec mesure ce qu'il faut dire et ce qu'il faut atténu^', pour ne pas outrer ou affaiblir son rôle. On peut remarquer que la plupart des actions dramatiques ne sont que le développement d'idées qui se rapportent à une fin unique, qu'on peut exprimer par un proverbe. Il faut que tons les accessoires s'y rattachent. Brodez, si vous voulez, mais brodez arti.»tement, et que la broderie, en relevant le fond, ne l'élouffe pas sous un vain luxe d'ornements. L'on n'amuse le spectateur que par la représentation de la plus exacte vérité; et, en effet, le but de toute action dramatique est de représenter avec le plus de perfection possible, le naturel des personnages : or, il faut consulter les mœurs, les habitudes, les mouvements, les gestes de ces personnages.

La gaieté doit être le véritable Apollon de l'acteur des proverbes; il manque son but, s'il torture son visage pour

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lui donner l'air de la gaieté. Toujours caché derrière son personnage, il ne doit nous l'aire apercevoir que lui. Il doit nous divertir plus par la manière dont il dit et fait les choses qui entrent dans l'esprit du personnage, que par le personnage lui-même; et il nous égnye d'autant plus, qu'il sait mieux cacher l'intention de le faire. Que le "visage soit à l'unisson du sentiment, qu'il repousse cette froide monotonie qui donne un caractère d'insipidité à tout ce qu'elle débite. La variété de la physionomie décèle le talent; elle peint l'intelligence de l'acteur, la sensibilité de son âme, les diverses émotions qu'elle éprouve: il doit la composer suivant le rang, les convenances, l'âge et le caractère de la personne qu'il représente, et mesurer ses mouvements à la situation dans laquelle le personnage se trouve placé.

La vérité de l'attitude, de la démarche, du maintien, du geste, n'importe pas moins à la vérité de l'action que l'expression vraie de la physionomie; les gestes ont une signification déterminée qu'il faut rendre à propos, pour concorder avec les intentions et l'esprit du personnage. Un contresens dans le ton, dans le geste, gâte tout l'esprit d'un rôle : il importe plus de frapper juste, que de frapper fort. Le plaisir que l'on éprouve de la fidélité d'une action dramatique résulte du contraste, bien saisi, que l'acteur sait établir entre l'efi'et qu'il doit produire sur les personnages qui concourent avec lui à l'action, et l'effet réciproque qu'ils doivent produire sur lui; de sorte qu'ils se servent mutuellement d'ombre et de lustre tour à tour. C'est le grand art du comédien d'animer ses coacleurs, et de leur communiquer le feu qui l'inspire. De là naît l'ensemble d'une représentation théâtrale. Tout est en

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harmonie, et le jeu particulier de chaque acteur ressort mieux aux yeux du puhlic satisfait.

L'acteur doit alors éviter le défaut de la plupart des comédiens, qui est, lorsqu'ils n'ont plus rien à dire, de se croire dispensés de pn^ndre part à raction de la pièce, comme si elle n'était plus combinée pour qu'ils en fissent partie : alors ils jettent des œillades déplacées sur les loges et sur l'assemblée, ce qui fait un effet contraire à l'intérêt de la représentation.

J'insiste surtout sur la nécessité de ne point imiter le jeu de certains comédiens : ce sont très-souvent de mauvais guides. Le comédien, oblij;é d'égayer un public difficile à émouvoir, remplace souvent le naturel par l'afféterie ; il en coniracle l'iiabilude, et les éloges qu'il a pu recevoir de quelques spectateurs de mauvais goût, lui persuadent qu'il a acquis le vrai talent de plaire, et le peu qu'il possédait se trouve ainsi étouffé. L'acteur des proverbe*, qui ne doit pas compte au public, mais renfermé dans le cercle d'une société disposée à l'indulgence, doit bannir de son jeu Ions les dehors d'emprunt, se fier à son intelligence, et aborder franchement le caractère d'originalité qui distingue son personnage. Par exemple, il ne suffit pas de dire sarulis, adnsias,jé mê flatte, pour rendre le personnage d'un Gascon; il faut que le jeu animé de la physionomie, la vivacité de l'expression, la démarche assurée, l'œil malin, la tournure grotesque et négligée, peignent le naturel vantard et la loquacité de l'hisbilanl des bords de la Garonne. Il faut que l'ensemble de son jeu ne sente point l'étude. Le rôle qui paraît le plus simple est souvent celui qui a demandé le plus de soin et coûté le plus de peines pour le bien rendre; comme le danseur

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