‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 220 sur 339 · ENTR ACTES · texte numérisé non relu

ENTR ACTES

(le bas étage , il les fait parler selon leur génie et leur goùl; mais lorsque ce sont des personnes de haut parage, on peut rcniarcmer f|ue Carnionlelle leur fait tenir un hiDgagc approprié à la délicatesse de leur goût, 5 la frivolité de leurs mœurs, et «urloul au ton de la bonne ciunpagnic, que lui même était plus que personne à portée de connaître, puisqu'il était reçu et accueilli dans les salons des grands cl d»-s riches. Plusieurs de ces drames, dont l'action est régulière, sont écrits avec feu ; et l'on voit qti'il ne manquait h l'auteur que de vouloir reloucher ce qui courait sous sa plume, et de ne pas tant se fier à la facilité de son iniagination.

Tout le monde n'est pas en état de juger de l'effet d'une pièce à la leclure : voilù pourquoi les sociétés particulières des environs de Paris jouent rarement d'autres pièces que celles qui ont été représentées sur des théâtres publics. Si l'on en propose d'autres, après les avoir lues légèrement, on en revient aux pièces connues, parce que la manière de les jouer est indiquée par les comédiens, et que, tout en convenant qu'il ne faut pas les copier, on devient leur imitateur sans le savoir; ce qui ennuie trèsfort ceux qui jissistenl b ces représentations. Pour éviter cet inconvénient, il faudrait réfléchir, et beaucoup, sur son rôle, et peut-être qu'avec de l'étude, on pourrait le jouer d'une manière neuve. Piélléchir sur mon rôle! s'écriera l'acteur de société. Il faudrait passer trop de temps, à peine ai-je celui de l'apprendre; et puis, je crois que lorsqu'on sent un rôle , il ne faut pas beaucoup de réflexions pour le jouer. Voilà comme raisonne quelquefois l'homme du monde ; il croit posséder, sans y avoir jamais pensé, un talent qui, pour les gens du métier, ne s'obtient

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qu'après une élude profonde et une habitude continuelle du théâtre.

Les pièces non encore représentées ont un attrait que n'ont plus celles qui sont trop connues : elles procurent aux acteurs l'occasion d.^ faire briller leur talent. La curiosité des spectateurs alors est prolongée; elle tient h l'effel que doit produire !a pièce, et l'on s'intéresse davantage à son action. Telle pièce qui aura beaucoup de vérité , jouée par les gens du monde , plaira plus sur un théâtre particulier qu'entre les mains d'acteurs de profession, qui jouent pour le parterre, à qui ils s'adressent, afin d'en être applaudis, surtout dans les à parte et les monologues , où ils seujblent vouloir le haranguer.

Lorsqu'on joue en société des pièces nouvelles , c'est que, pour l'ordinaire les auteurs sont de cette société : on croit leur faire grâce en jouant leurs pièces, et même avoir beaucoup de complaisance de les écouter, lorsqu'ils vous expliquent le sens et le Ion de chaque rôle; encore quelquefois ne les écoute-ton pas. Le meilleur moyen, dira-t-on, quand on veut faire jouer une pièce nouvelle, ce serait de mettre à côté des noms des personnages ceux des acteurs connus qui ont brillé dans des rôles analogues, comme cela se pratique au théâtre : par ce moyen, on serait à même de désigner l'acteur de société qui conviendrait au rôle, d'après son genre d'esprit et de talent reconnu. On ne dit plus, je remplis le rôle d'amoureux, de caractère, de valet; mais on dit, je joue le rôle d'un tel, de Préinlle, de Moté, de Fleury.

Une observation qui arrête une troupe de société, est qull peut arriver que si la pièce nouvelle ne réussit pas, et quelquefois parce qu'elle sera mal jouée , les mêmes

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gens, qui seraient fâchés de voir des pièces connues, diront aussi, pourquoi ne pas jouer des pièces qui ont un succès assuré? On pourrait leur répondre, que des pièces de Molière mal jouées ne réussissent pas davantage, et qu'on souffre encore plus de les voir esiropiées.

Il y a cependant des exemples de pièces non jouées h Paris que l'on n'avait pas cru bonnes h la lecture, et qui ont eu le plus grand succès sur les théâtres de province. Ou imagine h Paris qu'il ne saurait y avoir de goût, de ton, d'esprit, de sentiment ailleurs. Pourquoi ne jugeraiton pas aussi sainement en province? Exempt de prévention , l'on n'y est pas toujours pressé de décider, et l'on ne rougit pas de s'être amusé, parce qu'un freluquet à tête légère se sera écrié, en sortant de la représentation d'une pièce nouvelle: Cela est misérable, dëteslable! Là encore, on ne se croit pas obligé d'applaudir, parce qu'un autre fat ou un sot ami de l'auteur aura dit avec exagération: Depuis Molière, on n'a rien fait de mieux que cette pièce-là! Le goût y est peut-être moins raffiné, mais il est plus naturel, et le spectateur n'y base son jugement que sur les sensations que l'action dramatique lui a fuit éprouver.

Si l'on joue ces Proverbes avec gaieté et naturel, ils réussiront, mais il faut en bannir la caricature; elle est aussi contraire au bon goût qu'à la vérité. Le spectateur délicat n'est pas disposé à applaudir aux jeux de mots, aux fréquentes équivoques, aux phrases obscures et trop prétentieuses, aux plaisanteries trop triviales et trop bouffonnes.

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