‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 223 sur 339 · DU TOME I. XV · texte numérisé non relu

DU TOME I. XV

Les deux Anglais. — // ne faut pas jeter le manche après la cognée. (Pag. 9.)

Un bûcheron ayant laissé tomber dans une rivière profonde le Ter de sa cognée, désespéré des efforts inutiles qu'il faisait pour la recouvrer, jeta le manche, afin quiîs fussent perdus ensemble, l'un lui devenant inutile saus le secours de l'autre. Voilà latiab'.e; voici l'histoire : On peut voir, par l'exemple du duel qui eut lieu le 10 juillet i547, sous Henri 11, entre Jaruac et la Chàtaigneraye , qu'il ne faut désespérer de rien. La fortune prit le parti de Jaruac au moment où il semblait devoir succomber , et par un coup adressé au jarret de son rival, elle lui procura la victoire. Le coup de Jarnac a passé depuis en proverbe, pour signifier une ruse, un retour imprévu de la part d'un ennemi. Senèque a dit , je ne sais pas trop pourquoi : Qui niliil potest sperare , desesperet niliil. Ce-st quand on n"a plus rien à espérer, qu'il ne faut désespérer de rien. En voici la traduction en sens inverse : Belle Pliilis , on désespère , alors qu'on espère toujours.

Ce proverbe a fourni le sujet d une comédie jouée à l Odéon, ou plutôt la comédie jouée à TOdéon est extraite mot pour mot, à très-peu de chose près, d'une historiette fort touchante de Dubois-Fontanelle, de Grenoble, qui probablement lui-même n''a fait qu'étendre l'action du proverbe de Carmontelle. L'infortune et la félicité se touchent; e'est quand on se croit le plus malheureux , qu'on est souvent près de cesser de l'être. Telle est la morale de l'historiette et du proverbe.

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