‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 224 sur 339 · PROVERBE III · texte numérisé non relu

PROVERBE III

Le Poulet. — Les Battus payent l'amende. (Pag. 17.)

C'était l'ancienne coutume de Lorry, en Orléanais , qui a donné naissance à ce proverbe. Son origine est confirmée au Mémorial de la chambre des comptes , aux années i44^ ^^

X\j ENTRACTES DES PROVERBES

1468. Voici la traduction, conforme à l'original en latin. «Si C|utî(|ucs linhitants de I.orrv jettent follement leurs gages de bataille, et que puis après ils s'accordent , du consentement du prévosl , l'un et l'autre seront condamnés à l'amende de deux sols six deniers; s'ils combattent, les pl< ges (i) de celui qui aura été vaincu seront tenus de payer cent douze sols. Au\ autres gages de bataille, le vaincu j;erdait bien sa cause, mais il n'était pas tenu de payer aucune amende. » De là vient le proverbe que quand un bomme , maltraité par ses parties , lest encore par ses juges , il est de la coutume de Lorry, où le batlu paye l'amende. C était aussi la coutume de Metz , comme on peut le voir dans Ibistoire des évèques de cette ville.

Une aventure arrivée au cardinal Dubois a pu donner à Carmoutelie 1 idée de ce proverbe. Ce cardinal, doué d'un certain espi it, mais dont toute la vie fut un scandale, mangeait habituellement une aile de poulet tous les soirs. Un soir, à l'heure qu on allait le servir, un chien emporta le poulet : ses gens n"y surent autre chose que d'en remettre un autre à la broche. Le cardinal demande à l'instant son poulet. Le maître-d hôtel , prcvovant la fureur où il le mettrait en lui disant le fait, ou lui proposant d'attendre plus tard que l'heure ordinaire, prend son parti , et lui dit froidement : Monseigneur, vous avez soupe. J'ai soupe? repondit le cardmal. Sans doute, Monseigneur ; il est vrai que vous avez peu mangé, vous paraissiezjort occupé d'ajfaires ; mais, si vous voulez, on vous servira un second poulet, cela ne tardera pas . Le médecin Chirac , qui le voyait tous les soirs , arrive dans ce moment : les valets le préviennent, et le prient de les seconder. ParbLu , dit-il , voici quelque chose d'étrange ! Mes gens veulent me persuader que j'ai soupe. Je n'en ai pas le moindre souvenir; et qui plus est, je me sens beaucoup d'appétit. Tant mieux , répond Chirac, le travail vous aura épuisé; les premiers morceaux n'auront que réveillé votre appétit, et vous pourriez sans danger manger encore, mais

(l) Témoin».

DU TOME I. Xvij

peu. Faites servir Monseigneur, dit-il aux gens ,ye le ven-ai achever son souper. Le poulet îut apporté. Le cardina! regarda comme une marque évidente de santé , de souper deux, fois de fordonnance de Cliirao , l'apôtre de l'abstinence , et fut, en mangeant, de la meilleure humeur du monde.

C est également le titre d'une comédie de Dorvigny, qui a tourné la tèle à tout Paris, et qui a (ait la réputation unique d'un acteur assez médiocre , nommé Vo!ange. Cette pièce a été jouée et suivie avec fureur. C est un phénomène, dans les annales du théâtre, qu'une pièce de ce genre, qui, tous les jours , subissait deux représentations sans fatiguer et rassasier le public : et cependant c'en est, comme dit Jeannot. Question : Quel était le plus sot du public ou de l'auteur?

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