‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 226 sur 339 · PROVERBE V · texte numérisé non relu

PROVERBE V

Le Suisse malade. — L'entente est au diseur. (Pag. 43.)

Le sens de ce proverbe est que celui qui parle entend bien ce qu'il veut dire, et qu'il y a quelque chose de caché que lui seul entend.

Cette fière raison, dont on fait tant de bruit. Contre les passions n'e^t pas un sûr remède : Ln pen de vin la trouble

et surtout celle des Suisses. Le docteur Roselin, avec sa tisanne , ne ressemble point au docteur Bonnet , que Voltaire a dépeint dans sou poème de La Guerre de Genève.

Bonnet accourt , Bunnet , le médecin De (jui Lausanne admire la science; De son grand art il connaît tout le fia : Aux iœpotens il prescrit l'exercice; D'après Haller, il décide qu'en Suisse Qui but TROP d'ean doit guérir par le tIb.

DU TOME I. Xix

La franchise et la naïveté forment !e principal caractère du Suisse j mais on lui reproche, non sans quelque raison, d'être entêté et surtout peu sobre. On en jugera par les traits suivants :

Le Suisse, tout en bnvanl, di-manJe encore à boire. Verse à la ronde et se fait nue gioire , En s'enivraut, d'enivrer son voisin.

Aussi dit-on proverbialement : // boit comme un Sid<!se aux i5 cantons. Deux soldats et un Suisse buvaient ensemble plusieurs bouteilles de vin dans une cour, et, comme il pleuvait, le Suisse avait soin, toutes les fois qu'on lui versait à boire , d'élever son chapeau au-dessus de son verre , de peur qu'il n'y tombât une goutte d'eau. La précaution n'était pas inutile, il y en avait peut-être déjà assez, le cabaretier y ayant pourvu d'avance.

Un Suisse se sentant indisposé alla consulter un médecin , qui lui ordonna un lavement le soir, le lendemain matin une saignée et un lavement, et le matindu jour suivant une médecine. Le Suisse étant retourné chez lui, ht réflexion qu il avait un voyage à faire le lendemain. Comme il ne pouvait pas retarder ce vovage , il s'avisa de prendre le soir même tout ce que le médecin lui avait ordonné, et partit sans songer depuis à son mal.

Le major est le loustic de la pièce. Le lecteur sera peutêtre curieux de connaître l'original qu'on appelle loustic. En jargon militaire, dans les troupes, chaque compagnie a ordinairement un rieur en titre d'ofîice. Les Suisses ont aussi leurs rieurs ou plaisants, qu'ils nomment loustics; mais comme ils ne sont pas en état de faire beaucoup de dépense eu esprit, si l'on s'en rapporte au préjugé vulgaire , ils n'en ont qu'un par régiment. Sa charge n est pas fort difficile à rempHr, car il suffit qu'il ouvre la bouche, pour que l'on croie qu'il a dit quelque plaisanterie.

Un jour que tout le régiment des Gardes-Suisses allait à Versailles pour passer la revue, le loustic était dans les pre-

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