‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 235 sur 339 · PROVERBE XII · texte numérisé non relu

PROVERBE XII

Le Seigneur Auteur. — Un peu d'aide fait grand bien. (Pag. i5,.)

Mais pas trop n'en faut, disent les Italiens. Lorsqu'ils demandent de la pluie , et qu'elle tombe en trop grande abondance : Le bon Dieu est bon , il est trop bon. Un Vénitien , essayant d'eniourcher un cheval , implorait l'intercession de la Vierge. Il prit si lort son élan , qu'il sauta par-dessus la selle. Notre-Dame, dit-il en se relevant et faisant la grimace, m'a un peu trop aidé. Grands et petits , on a beau faire , il faut toujours se dire, comme le Fiacre dit aux. courtisanes dans la pièce du Moulin de Javelle : Vous autres et nous autres, nous ne pouvons nous passer les uns des autres.

L'idée de ce proverbe est ingénieuse. Les caractères du duc et des deux poètes^ Roallant et Décousu , sont rendus au na-

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lurel , et font ressortir l'importauce ridicule de l'un et la jalousie de métier des deux autres. 11 y a en effet dans le monde

Des protégés si bas , des protecteurs si bclcs.

Le duc n'est qu'un sot qui , pour se donner des airs de bel esprit, dit qu il a peu de mémoire, se plaint de sa migraine et de ses vapeurs , affecte de Thumeur, de la distraction et un certain dérangement dans tout ce qu'il fait, pour faire croire que son g(^nie est assoupi , qu'il ue peut rien créer aujourd'hui: il en était de même la veille ; enfin , c'est un imposteur qui vent paraître n'avoir que de grandes idées, et à qui même son valet-dc-chambre propose d en prêter, à condition sans doute de ne jîoint les rendre : c'est un de ces esprits du grand monde à qui il ne manque rien pour être tout-à-fait nul. Ronllant et Décousu, à qui leurs noms conviennent bien, sont de pauvres diables , dignes auxiliaires du duc, et de la classe de ceux que Boileau a définis par ces vers :

Un aotenr qui, pressé don besoin importun, Le soir entend crier ses entrailles à jeun, Guùte peu d'Ht'iicon les douces promenades.

Combien d'auteurs modernes, auxquels la nature a tout donné pour être et rester sots , et à qui l'on peut appliquer justement cet adage emprunté à Virgile, Sic vos non vobis , vont, comme le duc du proverbe, et sans faire semblant de rien , h la cour des aides !

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