PROVERBE XI
La Sortie de la Comédie Française. — La moitié du monde se moque de l'autre. (Pag. I2i.)
On peut y ajouter cet autre proyerbe : La pelle se moque du fourgon. Il arrive souvent à Tliomme de reprocher à son semblable de grands défauts , tandis qu'il en a lui-même de plus grands encore ; et , comme le dit fort bien Phèdre , Sibi non cavere et aliis consilium dare slultum est: Il n'appartient qu à un fou de donner des conseils , et de croire que lui seul n'en a pas besoin. Les orgueilleux sont sols ; ils s'ignorent eux-mêmes : ils voient parla itement les défauts des auties ; ils sont aveugles sur leurs propres imperfections. On connaît le proverl>e qui dit que nous apercevons une paille dans l'œil du voisin , et que nous ne voyons pas une poutre dans le nôtre ; et communément
L'on se voit d'nn antre œil qiron ne voit son prochain.
Moysant de Brieux dit dans son Origine des façons de parler triviales : Le chaudron mdchure la poêle. Un voisin ditlhme sou voisin ; une p.... crieà la p.... Màchurer signifie noircir, et tigurément, décrier, détracter, et dérive du mot languedocien mascara, qui vent dire charbonner, barbouiller, noircir. Les Italiens disent : La padella dice al manico , tu seinero, la poêle dit au manche, tu es bien noir; ce qui offre encore plus de justesse. Et les Elspagnols s'expriment ainsi : Dice la sartena a la c aider a, tir te alla cul negro ; la poêle dit au chaudron , retire-toi , cul noir. Mais Horace , le grand peintre des ridicules, avait dit avant tout cela : Qui te deridit, caudani trahit, tel qui se moque de vous, a aussi son ridi-
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cule ; et littéralement, ti'aùie sa queue, par allusion au chiffon que les polissons de son temps attachaient au dos des passants, comme les petits polissons le font encore aujourd hui dans le temps du carnaval. Madame Deshoulières était bien pénétrée de la vérité , que la moitié du monde se moque de l'autre , lorsqu'elle s'en fait ainsi l'application :
Personae ne lit pour a|)pren(lie :
On ne lit que pour me critiquer.
Ce proverhe est un tableau fidèle de tous les petits manèges de la coquetterie et de la fatuité. Chacun s'évite pour ne pas s'obliger. On médit tout bas des absents. Le chapitre des petites passions libertines n'y est pas oublié. C'est tout comme aujonrdhui ; et tel théâtre n'est maintenant de mode, que parce qu'on y trouve l'occasion qu'on désire, et souvent l'objet qu'on n'y cherche pas. Il y a quelquefois plus d'opposition réelle dans les spectateurs qu'il n'y en a dans les pièces qu'on représente , et la nature pourrait y être prise plutôt sur le fait dans les loges que sur la scène.