‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 248 sur 339 · PROVERBE XXII · texte numérisé non relu

PROVERBE XXII

L'Abbé de Coure-dîner. — Qui s'attend à l'écuelle d' autrui, dine souvent par cœur. (Pag. 289.)

Gela veut dire qu il ne faut compter que sur soi-même, et vivre de son bien. Qui se repose sur l'aide des autres, est souvent abusé. Le proverbe espagnol , Si tjueres ser bien servido , servi te tu niismo, présente un sens analogue à celui du proverbe ; ou encore cet autre , A lo que puedes solo , no espères a otro. La société se compose de deux grandes classes , selon Champîort : ceux qui ont plus de dîners que d'appétit, c'est le plus petit nombre ; et ceux qui ont plus d'appétit que de dîners , c'est le plus grand nombre. Le fameux Montmaiu-, la fleur des parasites, était de cette dernière classe.

PROVERBE XXIIL

Le Chasseur et les Joueurs. — La balle va au joueur. (Pag. 309.)

C'est-à-dire , que les occasions se présentent d'elles-mêmes à ceux qui les cherchent. Lappiication générale de ce proverbe a pour but moral de prouver que quelques précautions que prenne un coupable pour dérober aux yeux de la justice

Xl ENTRACTES DES PIlO VERBES

divine et humaine les effets d'une funeste passion , il ne peut tôt ou tard éviter le clidtiment de sa faute. Dans oc proverbe , le sens littéral manque de certaine justesse, en ce que c'est une espèce de jeu de mots , qui porte sur le coup de fusil que reçoit vSaint-Romain , plutôt que sur le fond même de l'action dramatique.

J>e jeu est un vertige engendré par l'ennui et la cupidité. C'est surtout rinfernal passe-temps des garnisons. Le jeu , le vin , les femmes (nous entendons les femmes de mauvaise compagnie) , le duel et le désœuvrement , c'est à peu près la carte de toutes les villes de garnison. Il y en a certainement plus qu'il n'en faut pour perdre sa bourse, son esprit, sa santé et la vie. Les lois romaines ne permettaient d'autres jeux que ceux, propres à rendre le coi'ps plus adroit et plus robuste ; mais elles étaient mal observées. Tacite rapporte que les Germains, ce peuple si belliqueux, jouaient leurs propres personnes. Bosman , que les nègres de Juida en fout autant , malgré lasévéritédcs lois qui le leurdéfendaientexpressément. Rœmpfcr assure que tous les Japonais surpris hasardant de l'argent au jeu , sont punis de mort. Les jeux sont autant de gouffres où vont s'engloutir tour à tour nos meilleures qualités. Ovide conseille aux gens empressés de réussir dans le monde^ de savoir tous les jeux. Le sentiment de luadame Deshoulicres . exprim*' en beaux vers , est passé en maxime.

Le désir cl^- ijagiier, qui unit et jour occupe,

Est un dangereux, aignillon.

6ourent, quoique l'esprit, quoique le cœur soit bon,

On commence par être dupe,

On finit par être fripon.

Un jeune abbé, qui , admis pour la première fois dans une des meilleures maisons de Paris , fut invité à faire une partie de piquet avec la maîtresse du logis , lui gagnait une somme assez considérable. La dame, surprise d'un bonheur aussi constant, eut quelques soupçons, et après avoir examiné attentivement l'abbé : Quoi, monsieur, dit-elle, vous reprenez, Je crois , dans votre écart/ — Oui, madame, répond l'abbé

DU TOME I. Xlj

froidement. Est-ce que vous ny reprenez pas? — Non, monsieur , ce n'est pas l'usage. ■ — ' Il fallait donc le dire , madame. On força l abbé de restituer largent qu'il avait escamoté , et on le cbassa.

Les hommes ne sont pas heureux au jeu, disait malii^nement un excellent prince , à une époque oi!i les terames de la cour avaient l'habitude et la fureur de ti'icher.

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