‹ Proverbes dramatiques de Carmontelle (volume 4)Chapitre 250 sur 339 · PROVERBE XXV · texte numérisé non relu

PROVERBE XXV

LHisTOiRE. — Promettre et tenir sont deux. (Pag. SS-;.)

Pronietter non e dare , ma per matto contentare, disent les IiaiicDS. Il en est du conteur de ce proverije comme de beaucoup d'historiens , qui ne tiennent ctTcctivemcnt pas ce qu'iis ont promis dans leurs préfaces. Il est vrai que dans une préface on est libre de tout dire; aussi les Italiens lappellent-ils la salsa dtl libro. Le commandeur de Cantac est le véritable portrait de bien des historiens. Stern , dont l'esprit est si original, lait une description de l'historien, qui offre des rapports frappants de ressemblance avec la difficulté de concilier les faits, les divagations plaisantes du commandeur, dont le nom se termine par une désinence traîtresse à la vérité.

A quelles peines ue s'expose point en effet un bomme qui se meta écrire l'histoire? Ne iùt-ce que celle du petit Poucet, il ne sait jamais les obstacles et les embarras qu il pourra rencontrer, ni les détours qu'il sera ob igé de prendre, ni les digressions qu'il sera forcé de faire. Il a cinquante écarts à faire sur sa route, tantôt avec une faction, tantôt avec une autre. Il n'en est pas sitôt de'barrassé , que des vues , des perspectives politiques se présentent à ses yeux , et l'arrêtent. D'ailleurs , combien n'a-t-il pas

De relations à concilier.

D'anecdotes à recueillir.

D'inscriptions à déchiffrer, De particularités à remarquer, De traditious à éplaclier, De personnages à caractériser, D éloges à débiter.

De pasqoinades à publier "^

DU TOME I. xliij

PROVEPtBE XXVI.

Le Bal. — // donne des verges pour se fouetter. (Pag. 349-)

Manière familière de parler lorsqu'une personne fournit , dans la discussion des arguments contre lui et dans le cours de la vie, des moyens de lui nuire ou de le tourner en ridicule.

Un personnage de distinction eut une aventure assez singulière dans un bal , et qui a quelque analogie avec l'action du proverbe et une scène dune pièce de Favard. CestM. Bonneau; tout le monde conuait ça. Une jolie femme dont il s'était amouraché , lui avait donné un rendez-vous à cette assemblée. Il ne manque pas de s'y trouver; il la poursuit avec vivacité^ enfin, il obtient d'elle quelle sera sensible à son amour, et que la récompense suivra de près ce tendre a-veu. La dame avait un masque qu'elle ne voulut jamais quitter, pas même dans ces moments où le sentiment s'exprime avec plus de liberté. Le couple amoureux et satisfait se sépare, en se faisant mille protestations d'une tendresse mutuelle. Le personnage était enchanté de sa bonne fortune. Un amant heureux est rarement discret. Il raconte sa victoire à l'un de ses amis, qui en fait part à un autre amij mais quel est son désappointement, lorsqu'une circonstance malencontreuse vient détruire sa douce illusion, et lui apprendre que l'objet de ses pensées n'était rien autre qu'une vieille fille toute bourgeonnée, qui avant vu le Comte, et s'étant aperçue qu'il poursuivait au bal une jolie personne, eut la pensée et l'adresse, pour redresser les torts de la fortune et justifier le svstème des compensations humaines, de prendre le même déguisement et d'écarter sa rivale! Le mvstifié, tout furieux, reçut les compliments de tout monde, et la vieille fille dit effrontément : // croit avoir été ma dupe, c'est moi qui ai été la sienne. Monsieur est bien meilleur à voir qu'à avoir y et, en vérité, ce n'était pus la peine que je fisse une pareille sottise.

xliv ENTu'ACTtS DES PUOVERBES DU T. I.

Vn linmme de ro})C, nommé Goussaud, passait pour cire le clief-d œuvre de la bètlse. Il se Ironvail un jour dans une socit'-t''; tjueUju'un impatiente d un coup qu'il venait de perdre au jeu par sa faute, s'écria en colère : Parbleu/ iljaut avouer que je suis un franc Goussaud. Le Rot)in, de Tinterpeler : Monsieur, vous êtes un sol?- — C'est ce que je voulais dire, repartit le joueur.

On faisait lever la main à un teinturier, qui lavait toute noire -.Oltz votre ^and, mon ami, lui dit le juge. — Mettez vos luNittesy monsieur, lui répondit le teinturier.

PROVERBE XXVir.

Le Pf.intbf. en cul-de-sac. — Nécessité n'a pas de loi. (Pag 565.)

S'il n'y s'agit pas de la foi , ajoule-t-on ordinairement. Les Italiens ont un proverbe remarquable par sa singulière analogie avec celui-ci : Perjame e lecito atterar le leggi.

La conséquence de ce proverbe vaut une salade de Gascon .

Piaule a dit : Quid vis egestas imperat. Le besoin fait tout faire.

L action de ce proverbe roule sur une circonstance où l'envie ne prend ordinairement à personne d v mettre le nez. Il n'y a que feu Paparel, de dégoûtante mémoire, qui n'eût point trouvé à redire à la nécessité où se trouve le peintre en culde-sac d'accomplir ses nécessités. Ce que c'est que les ressources d'une langue! Cbacnn a son goût, dit Stern. M. Paparel n'avait qu à se baisser et prendre, les parasites ne l'incommodaient point. Cela pouvait convenir aussi à un auteur du quart du siècle dernier, à qui les feuilles volantes étaient souvent nécessaires, et qui les traitait avec autant de respect que les Turcs font des chiffons de papiers, et des ouvrages duquel Rivarol disait fort méchamment, qu'ils étaient pensés dans la rue et écrits sur la borne.

entr'actes des proverbes. xh

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