PROVERBE XLIV
L'Auteur et l'Amateur. — Plus de bruit que de besogne. (Pag. 279.)
Qu'en sort-il souvent?
Du vent.
liC rôle de Loureville est très-commun dans le monde.
Quand de vanter ses faits In vois un bommc avide ,
Ce n'est pas or totit ce qui luit :
Frappe sur des tonneaux , tn verras le pin» vide
Faire toujours le plu» de bruit.
DU TOME II. Ixiij
Ily a en effet des esprits cliagrins et jaloux qui ne trouvent jamais rien de bien , pas même dans un couplet de fête , ou dans un quatrain à Iris. De plus, il y a un grand nombre d'imbecilles , capables de rien , qui se donnent des airs d hommes de goût , critiquent tout , sabrent tout, et n ont jamais que ce perpétuel refrain , vous n'y ttes pas , ce n'est pas cela , et si vous leur demandez cequil faut, ils vous répondent encore vous n'y êtes pas , ce n'est pas cela ! Il n'y a pas moyen de les en faire sortir. Loureville est en poésie ce qu étaient en politique le célèbre Mélra , le baromètre de l'arbre de Cracovie, et l'abbé trente mille hommes. Cet amateur d'opéra veut, dans un chef-d'œuvre du genre , le coup darchet obligé , la naissance de Vénus , le triomphe d Amphitrite , les tritons avec leurs conques , les Néréides , le palais de Neptune formé de glaçons verts , d herbes et de pierres rouges , le récitatif, et lenfer au dernier acte: comme les deux Cracovistes voulaient absolument la destruction de l'empire du croissant , la mort du grand-turc , le passage du Danube, la prise de Belgrade, et trente mille hommes pour faire la conquête de la Chine : ni plus ni moins.
Il semble que ces vers devenus fameux, aient été faits pour le premier.
Triton trottait devant et tirait de sa conque De si ravissants sons, qu'il ravissait quiconque A ses puissants accents son oreille prétait-. Ah! la charmaute , hélas! musique qne c'était.
Pastoureau est un pauvre regrattier du Parnasse qui mâcLe du laurier à vide : que d'embarras il se donne pour contenter son Mécène qui finit , après s'être bien frotté le Iront, par ne trouver rien de mieux, que ce qu'a rimé Pastoureau I Ce proverbe estune petite critique de l'Opéra. Si Rousseau qui, dans un accès de mauvaise bumcur, à comparé les nuées de l'Opéra à des étendages de blanchisseuses , et les a appelées les majestueuses guenilles du ciel, eut pu voir à quel degré de perfection est parvenu l'art des décorations, même sur les petits théâtres , il n'aurait pas traité avec autant d'irrévérence l'a-
Ixiv e>"tr'actes des proverbes
Cad 'mic des pirouettes cl des coups de laioiis. Il y a nussi en polili(jue beaucoup de Loureville (jui tieuneiil le dé de 1.» conversation, el semblent diriger du doigt toutes les afl'aires de rKurope. Ces corvpbées de coterie, ont toujours la même mesure de considérations, de r('>llexions, de combinaisons, d'abstractions cl de diversions à leur service. Que. le (\w soit la force de vos raisons , vous ne pourrez jamais les cf>nvaincre, tant ils mettent d'obstination à soutenir leur llicse accnulunn'e : ils ont une réponse banale à tout. Vous êtes oblij;és de les laisser maîtres du champ de bataille de la discussion. Ils croienlvousaV'Mr vaincu, ils nevous ont fin obséd<'; d'ailleurs la bienséance, l'air, le ton et lintluence du saion exigent que vous n'avez aucune idée à vous j et puis après cela, soyez assez sots pour parler politique.